Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

guinder dans le Littré

1 article· 21 citations· rimes· synonymes· conjugaison

guinder v. a. (ghin-dé)

  1. 1Lever en haut par le moyen d'une machine.

    • Nous admirâmes les peines qu'ils [les ennemis] eurent à guinder leur canon si haut Saint-Simon, 40, 220
    • Il [le roi d'Eldorado] donna l'ordre sur-le-champ à ses ingénieurs de faire une machine pour guinder ces deux hommes extraordinaires hors du royaume [il s'agit de franchir des montagnes droites comme des murailles qui entourent Eldorado] Voltaire, Candide, 18
    • Vous avez beau dire et beau faire, Charles Quint n'a jamais brûlé de Luthériens à petit feu ; on ne les a pas guindés au haut d'une perche en sa présence, pour les descendre à plusieurs reprises dans le bûcher Voltaire, Lett. Gaillard, 28 avril 1769
  2. 2Fig. Donner une élévation factice. Guinder son style. Se guinder l'esprit.

    • Il ne faut pas guinder l'esprit ; les manières tendues et pénibles le remplissent d'une sotte présomption Pascal, Géométr. II
    • Ils font voir par là que la vertu ne leur est guère naturelle, et qu'il leur a fallu de grands efforts pour guinder leurs âmes jusques à l'état où ils sont si fiers de se faire voir NICOLE, Essais, t. III, p. 140, dans POUGENS
    • Vous avez guindé la sculpture Béranger, Pauvres amours.
  3. 3Se guinder, v. réfl. Se hisser soi-même, se porter à un lieu plus élevé.

    • Les uns se soulevaient eux-mêmes, les autres se guindaient avec des cordes Vaugelas, Q. C. VII, 11
    • Par extension.

    • Terme de fauconnerie. Se guinder, se dit d'un oiseau qui s'élève à perte de vue.

  4. 4Fig. Prendre des airs de grandeur.

    • C'est vraiment une plaisante chose à voir que cette cour [de Bonaparte] et comme tout cela se guinde peu à peu Paul-Louis Courier, Lett. I, 125
    • Affecter trop d'élévation dans les choses morales, dans les choses d'esprit.

      • Je trouve qu'il est bien plus aisé de se guinder sur de grands sentiments, de braver en vers la fortune, accuser les destins et dire des injures aux hommes, que d'entrer comme il faut dans le ridicule des hommes Molière, Critique, 7
      • Toutes les fois qu'on se veut guinder au-dessus des nues, on s'y perd, ou, pour parler plus simplement, on manque de précision et de justesse Bossuet, Ét. d'orais. II, 14
      • On n'a pas été plus indulgent pour Callisthène, qui, en certains endroits de ses écrits, ne s'élève pas proprement, mais se guinde si haut qu'on le perd de vue Boileau, Longin, Sublime, chap. 2
      • Il n'était pas comme les rois de l'Inde,Qu'on ne voit point, qui craignent le grand jour,Et dont la majesté sur la terreur se guinde LAMOTTE, dans DESFONTAINES
      • Il est plus facile de prendre l'essor et de se guinder sur de grands sentiments, que d'attraper une plaisanterie fine et délicate Lesage, Diable boit. 14
      • Il vaut mieux écrire froidement que de se guinder VAUVENARGUES, Dial. Isocrate, Démosth.
      • Ceux qui pensent peu, s'occupant beaucoup des mots et cherchant des expressions extraordinaires, sont sujets à se guinder au delà du naturel, et donnent dans le ridicule et dans le phébus LA HARPE, Corresp. t. II, p. 308, dans POUGENS
  5. 4Terme de pontonnier. Faire le guindage (voy. GUINDAGE au Supplément).

Étymologie

Wallon, wainî, guinder, monter un cric ; espagn. et portug. guindare ; ital. ghindare ; de l'anc. h. allem. windan ; angl. to wind, hisser.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander