Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

haïr dans le Littré

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haïr v. a. (ha-ir)

  1. 1Avoir pour quelqu'un un sentiment qui fait que nous lui voulons du mal.

    • Haïr quelqu'un ou quelque chose comme la peste, comme la mort, le haïr extrêmement.

    • En un sens particulier, haïr quelqu'un de, lui en vouloir à cause de.

    • Absolument.

      • Faire haïr, rendre odieux ; se faire haïr, se rendre odieux. Cela le fit haïr de ses voisins. Ce roi s'est fait haïr de ses sujets. Vous lui faites baïr ceux qu'il devrait aimer.

      • Faire haïr se construit aussi avec la préposition à.

        • Quel horrible péché me fait haïr des cieux, DESPORTES, ; je dirais plutôt haïr aux cieux ; et, de fait, on dit : Vous me l'avez fait haïr ; or, qui doute que me ne soit datif, comme : Vous me donnez ; on dit : Cette action l'a fait haïr au roi ; cela l'a fait haïr à tous ceux qui l'aimaient Malherbe, Comment. sur Desportes, Œuvres, t. IV, p. 347
  2. 2En parlant des choses, avoir de l'aversion, de la répugnance.

    • Il se dit quelquefois des choses dont on reçoit quelque incommodité. Haïr le froid, le chaud.

    • Haïr que, avec le subjonctif.

      • M. de la Vallière est mort je ne sais comment ; je hais toujours que les hommes aient mal au derrière ; on lui a fait plusieurs opérations.... Mme de Sévigné, 16 oct. 1676
  3. 3Haïr à, avec un infinitif. Avoir de la répugnance pour.

  4. 4Haïr avec la négation s'emploie familièrement dans le sens d'aimer assez, et alors il prend à ou de quand il est suivi d'un infinitif.

    • Elles ne haïssent pas de primer dans ce nouveau genre de vie La Bruyère, III
    • Des défauts dont nous ne haïssons pas à être raillés La Bruyère, V
    • La bonne dame ne haïssait pas le vin d'Espagne Hamilton, Gramm. 9
    • Peut-être ne haïssez-vous pas des abus qui vous laissent tranquilles Massillon, Car. Mélange.
    • Mais à quoi jugez-vous que la comtesse ne le hait pas ? Marivaux, le Legs, I
    • Si je n'étais pas canusi [prêtre du Japon], je ne haïrais pas d'être quaker Voltaire, Dial. 16
    • Je ne hais pas à garder les dindons Voltaire, Lettre Thibouville, 22 mai 1768
    • Le bon vin me paraît une excellente chose, et je ne hais point à m'en égayer J.-J. Rousseau, Hél. I, 23
  5. 5Se haïr, v. réfl. Avoir de la haine pour soi.

    • En termes de religion, se haïr soi-même, haïr en soi la nature humaine.

      • Nulle autre religion [que la chrétienne] n'a proposé de se haïr ; nulle autre religion ne peut donc plaire à ceux qui se haïssent et qui cherchent un être véritablement aimable PASCAL, Pensées, XI, 4, édit. HAVET.
      • Ils [ceux qui croient] ne veulent aimer que Dieu, ils ne veulent haïr qu'eux-mêmes PASCAL, ib. XIII, 7
    • Avoir une haine réciproque. Cessez de vous haïr.

Remarque

1. C'est une erreur de Génin ; on peut voir à l'historique que la contraction remonte aux temps les plus anciens, le présent étant écrit je hé ou il hait. 2. Voltaire a deux fois manqué à aspirer l'h : Et : C'est une grosse faute.

Étymologie

Wall. hére, hêre ; du germanique : gothique, hatan, haïr ; anglo-sax. hatian ; anc. sax. hetian ; allem. mod. hassen ; angl. to hate. La forme en ir indique que le mot vient plus particulièrement de l'anglo-saxon hatian ; le t est tombé comme tombe le t ou le d dans meür, du latin maturus, ouïr du latin audire, etc.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander