habiter v. a. (a-bi-té)
-
1Occuper comme demeure.
Tant que nous sommes détenus dans cette demeure mortelle, nous vivons assujettis aux changements, parce que, si vous me permettez de parler ainsi, c'est la loi du pays que nous habitons
Bossuet, Duch. d'Orl.- Souffrez que pour jamais le tremblant HippolyteDisparaisse des lieux que votre épouse habite Racine, Phèd. III, 5
- Les déserts, autrefois peuplés de sénateurs,Ne sont plus habités que par leurs délateurs Racine, Brit. I, 2
- Abandonnez ce temple aux prêtres qui l'habitent Racine, Athal. II, 3
- Tout ce peuple nombreux dont il est habité,Assemblé par mon ordre, attend ma volonté Racine, Bajaz. III, 5
Ils habitent des champs, des tentes et des chars
Voltaire, Orphel. I, 3Rome est bien belle pendant le silence de la nuit ; il semble alors qu'elle n'est habitée que par ses illustres ombres
Mme de Staël, Corinne, IV, 6
-
On le dit aussi des animaux et des végétaux. Le renne habite les contrées du Nord.
-
Fig. La paix habite ce séjour.
- Smyrne qu'habite encor le souvenir d'Homère André Chénier, Él. VI
-
Familièrement. Ne pas bouger de. Il habite toujours son canapé, son fauteuil.
-
2V. n. Faire sa demeure. Habiter à la campagne.
- Parlez.... sur son tombeau voulez-vous habiter ? Voltaire, Scythes, V, 2
Cicéron, Hortensius, les Gracques habitaient sur ce mont Palatin qui suffit à peine, lors de la décadence de Rome, à la demeure d'un seul homme [Néron]
Mme de Staël, Corinne, IV, 5L'homme vit sur mille points où il n'habite pas, dans mille moments qui ne sont pas encore ; et, si ce développement de sa vie lui est retranché...., la vie sociale est mutilée, la société n'est plus
GUIZOT, Hist. de la civil. en France, 8e leçon.
-
Il se dit des animaux et des plantes.
On a vu, avec des lunettes, de très petites gouttes d'eau de pluie ou de vinaigre ou d'autres liqueurs, remplies de petits poissons ou de petits serpents que l'on n'aurait jamais soupçonnés d'y habiter
Fontenelle, Mondes, 3e soir.
-
Fig.
- Ce n'est point sur ses bords qu'habite la richesse Boileau, Art p. IV
- Que la terreur habite aux portes du palais Voltaire, Zaïre, III, 7
- Mais vous qui m'assuriez, dans mes troubles cruels,Que la paix habitait au pied de ses autels Voltaire, Alz. I, 4
On concevait [dans l'antiquité] une hauteur de vertu plus qu'humaine qui se devait de ne jamais habiter avec la tyrannie
CARREL, Œuv. t. V, p. 311
-
3En termes de dévotion, il se dit de l'impression sanctifiante que Dieu fait sur l'âme.
Ne savez-vous pas que vous êtes le temple de Dieu, et que l'esprit de Dieu habite en vous ?
Saci, St Paul, 1er épît. aux Corinth. III, 16Nous savons que les corps saints sont habités par le Saint-Esprit jusqu'à la résurrection, qui se fera par la vertu de cet esprit qui réside en eux pour cet effet
Pascal, Lett. sur la mort de son père- Le Saint-Esprit revient habiter dans son âme Boileau, Épître XI
- Dieu descend et revient habiter parmi nous Racine, Esth. III, 9
-
En un sens contraire, il se dit de l'impression funeste du péché.
Ce n'est plus moi qui fais cela ; mais c'est le péché qui habite en moi
Saci, Bible, St Paul, Épît. aux Rom. VII, 17
-
4Habiter charnellement avec une femme, ou, simplement, habiter avec une femme, avoir avec elle un commerce charnel.
On dit qu'Apollon, épris de la beauté de sa mère Périctioné, habita avec elle, et que notre philosophe [Platon] dut le jour à ce Dieu
Diderot, Opin. des anc. phil. (Platonisme).
Étymologie
Provenç. et espagn. habitar ; ital. abitare ; du latin habitare, fréquentatif de habere, avoir : avoir souvent, être souvent, habiter.