Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

hardi dans le Littré

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1hardi, ie adj. (har-di, die)

  1. 1Qui ose beaucoup. De hardis aventuriers. Hardi comme un lion. Il est très hardi auprès des femmes. Un hardi réformateur.

    • Hardi à, suivi d'un infinitif.

      • Celui-là [Turenne], d'un air plus froid, sans jamais rien avoir de lent, plus hardi à faire qu'à parler Bossuet, Louis de Bourbon.
      • Les hommes toujours hardis à juger les autres, sans épargner les souverains Bossuet, Mar. Thér.
      • Mais un traître qui n'est hardi qu'à m'offenser Racine, Mithr. II, 4
    • C'est un hardi joueur, se dit d'un homme qui joue gros jeu ou qui tient avec petit jeu.

    • On dit dans le même sens : être hardi au jeu.

    • Terme de fauconnerie. Rendre le faucon hardi, lui donner goût à la chasse.

  2. 2Ferme, intrépide, assuré. Il avait la mine hardie en ce péril.

  3. 3En parlant des choses, qui dénote de la hardiesse. Un projet hardi. Une action, une entreprise hardie.

  4. 4Insolent, effronté. Voilà un drôle bien hardi. Hardi comme un page. Un hardi coquin. Cette fille a l'air hardi.

  5. 5Qu'il est dangereux ou difficile de soutenir, en parlant de doctrines, d'opinions, etc. Mettre en avant les idées les plus hardies. Les doctrines hardies des novateurs.

    • Collins, magistrat de Londres, auteur du livre de la liberté de penser et de plusieurs autres ouvrages aussi hardis que philosophiques Voltaire, Phil. Newt. I, 4
    • La philosophie de Memmius est quelquefois un peu hardie ; on peut faire même reproche à celle de Cicéron et de tous les grands hommes de l'antiquité Voltaire, Memmius, préface.
  6. 6Terme de littérature. Heureusement hasardé. Pensée, métaphore hardie. Un style hardi.

    • Il fallait que la scène [dans l'Orphelin de la Chine] fût dans une salle de Confucius.... que tout fût neuf et hardi, que rien ne se ressentît de ces misérables bienséances françaises.... Voltaire, Lett. d'Argental, 17 sept. 1755
    • Cela est bien hardi, c'est-à-dire c'est une licence, une alliance de mots qui étonne la critique et qu'elle n'ose ni approuver ni condamner.

    • En termes d'art et de littérature, qui hasarde avec succès. Pinceau hardi. Ce maître d'écriture a la plume hardie.

      • Il faudrait une main plus hardie que la mienne pour entreprendre de représenter ce qui est en vous et en elle Voiture, Lett. 5
      • Ô toi.... Qui, par les traits hardis d'un bizarre pinceau, Mis l'Italie en feu pour la perte d'un seau Boileau, Lutr. IV
    • C'est une plume hardie, il a la plume hardie, se dit d'un auteur qui a un style hardi, et aussi d'un auteur qui écrit librement sur des matières délicates. Voltaire fut durant une grande partie du XVIIIe siècle une plume hardie.

  7. 7Dans certains arts, conçu, exécuté avec une aisance qui ne dénote ni hésitation ni timidité. Le dessin de ce tableau est noble et hardi. Une écriture hardie. Le jeu de ce musicien est hardi. Exécution hardie. Des traits hardis.

    • Il se dit aussi de certains ouvrages d'art qui ont quelque chose d'extraordinaire et de grand. Il y a dans ce tableau des poses très hardies.

    • En architecture, il se dit des ouvrages qui, malgré leur masse, présentent élégance et légèreté. Les cathédrales gothiques sont hardies. Un clocher hardi. Un escalier hardi.

  8. 8Terme de manége. Branche hardie, branche du mors dont le levier forme une longue saillie. Les branches hardies servent à ramener la tête du cheval.

  9. 9Hardi, loc. interj. qui sert à exciter.

    • Là, hardi ! tâche à faire un effort généreux En le tuant, tandis qu'il tourne le derrière Molière, Sgan. 21

Étymologie

Provenc. ardit ; ital. ardito. Hardit est le participe du verbe hardir, que nous disons aujourd'hui enhardir ; hardir répond à l'ancien haut allemand hartjan, endurcir, rendre fort, de l'anc. haut all. harti, dur, en parlant des choses, fort, hardi, en parlant des personnes. La loi de Grimm ramène directement harti au sanscrit kratu, celui qui achève et aussi puissance ; c'est le grec ϰρατὺς, fort.

2hardi s. m. (har-di, h aspirée) supplément

  1. Nom d'une ancienne monnaie qui avait surtout cours en Guyenne sous la domination anglaise, et qui valait trois deniers tournois.

    • Le 18 octobre 1467, Louis XI, ayant trouvé avantageuse dans le système duodécimal cette coupure de la valeur de trois deniers, prescrivit de frapper des hardis, copiés de ceux d'Angleterre ; ils étaient à trois deniers de loi, c'est-à-dire qu'ils contenaient un quart de leur poids d'argent fin, tandis que le denier tournois n'était qu'à un denier de loi DE SAULCY, Journ. offic. 20 fév. 1877, p. 1296, 2e col.

Étymologie

Bas-lat. ardicus, arditus, DU CANGE, ainsi dit soit de Philippe III, surnommé le Hardi, soit de Richard 1er, roi d'Angleterre, qui eut le même surnom.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander