haïr v. a. (ha-ir)
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1Avoir pour quelqu'un un sentiment qui fait que nous lui voulons du mal.
Rodrigue : Ton malheureux amant aura bien moins de peine à mourir de ta main qu'à vivre avec ta haine. - Chimène : Va, je ne te hais point
Corneille, Cid, III, 4- Fais-toi des ennemis que je puisse haïr Corneille, Hor. I, 1
...Je hais tous les hommes, Les uns parce qu'ils sont méchants et malfaisants, Et les autres pour être aux méchants complaisants
Molière, Mis. I, 1- Et jusqu'à je vous hais, tout s'y dit tendrement Boileau, Sat. III
Vous me haïssez trop pour ne me plus aimer
BOURSAULT, Ésope à la cour, II, 1- Et je souhaiterais, dans ma juste colère,Que chacun le haït, comme le hait son père Racine, Théb. I, 5
- L'on hait avec excès lorsque l'on hait un frère Racine, ib. III, 6
- Ah ! je l'ai trop aimé, pour ne point le haïr Racine, Andr. II, 1
- Si je la haïssais, je ne la fuirais pas Racine, Phèdre, I, 1
- Quand vous me haïriez, je ne m'en plaindrais pas Racine, ib. II, 5
- Mais le roi qui le hait, veut que je le haïsse Racine, Iphig. V, 1
Je l'aime [Mme de Montespan], et ne puis me persuader qu'elle me haïsse
Mme de Maintenon, Lett. à Mme de St-Géran, 14 juin 1679Regretter ce qu'on aime est un bien, en comparaison de vivre avec ce qu'on hait
La Bruyère, IV- Tel vous aime, dit-il, n'en croyez rien, il ment ;Vous dit-on qu'on vous hait, croyez-le aveuglément DUFRÉNY, Réconc. norm. II, 7
Albert : Vous ne m'aimez donc pas ? - Agathe : Non, mais, en récompense, Je vous hais à la mort
Regnard, Fol. amour. II, 2Il y a des hommes dont il est glorieux d'être haï
Diderot, Claude et Nér. II, 2On ne hait pas toujours ceux qu'on rend malheureux
LA CHAUSSÉE, Mélanide, V, 2- Et, pour se rassurer, en vain il sacrifieCeux qu'il hait, ceux qu'il craint, ceux dont il se défie MASSON, Helv. II
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Haïr quelqu'un ou quelque chose comme la peste, comme la mort, le haïr extrêmement.
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En un sens particulier, haïr quelqu'un de, lui en vouloir à cause de.
- Mais je hais vos messieurs de leurs honteux délais Molière, Amph. III, 8
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Absolument.
Je hais quelquefois Et moins que je ne veux et moins que je ne dois
Corneille, Sertor. III, 4- Dire qu'on ne saurait haïr,N'est-ce pas dire qu'on pardonne ? Molière, Amph. II, 6
- Quand il hait une fois, il veut haïr toujours Racine, Théb. II, 3
- ....il faut désormais que mon cœur,S'il n'aime avec transport, haïsse avec fureur Racine, Andr. I, 4
On a dit en latin qu'il coûte moins cher de haïr que d'aimer
La Bruyère, IVVous qui croyez que ne pas perdre vos ennemis, c'est leur pardonner, et qui bornez la loi qui vous ordonne d'aimer, à ne haïr qu'avec mesure
Massillon, Or. fun. Villars.- Haïr est le tourment le plus affreux de tous LA CHAUSSÉE, Gouvern. II, 6
Et pourquoi, monsieur, voulez-vous haïr quelqu'un ? la peine est toute du côté de celui qui hait
LEGRAND, le Philanthrope, sc. 14
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Faire haïr, rendre odieux ; se faire haïr, se rendre odieux. Cela le fit haïr de ses voisins. Ce roi s'est fait haïr de ses sujets. Vous lui faites baïr ceux qu'il devrait aimer.
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Faire haïr se construit aussi avec la préposition à.
Quel horrible péché me fait haïr des cieux, DESPORTES, ; je dirais plutôt haïr aux cieux ; et, de fait, on dit : Vous me l'avez fait haïr ; or, qui doute que me ne soit datif, comme : Vous me donnez ; on dit : Cette action l'a fait haïr au roi ; cela l'a fait haïr à tous ceux qui l'aimaient
Malherbe, Comment. sur Desportes, Œuvres, t. IV, p. 347
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2En parlant des choses, avoir de l'aversion, de la répugnance.
Il n'aimait que la chasse et haïssait fort l'étude
Scarron, Rom. com. I, 13Je hais ce qui est faux
Mme de Sévigné, 507Haïr mon âme, dit saint Augustin, c'est, dans le sens de l'Évangile, haïr mes propres haines et mes propres affections
BOURDALOUE, 3e dim. après la Pentecôte, Dominic. t. Il, p. 370- Je ne peux pas savoir auparavantSi j'aimerai le mariage ;Mais je sais bien que je hais le couvent IMBERT, Jaloux sans amour, II, 5
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Il se dit quelquefois des choses dont on reçoit quelque incommodité. Haïr le froid, le chaud.
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Haïr que, avec le subjonctif.
M. de la Vallière est mort je ne sais comment ; je hais toujours que les hommes aient mal au derrière ; on lui a fait plusieurs opérations....
Mme de Sévigné, 16 oct. 1676
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3Haïr à, avec un infinitif. Avoir de la répugnance pour.
Je hais mortellement à vous parler de tout cela ; pourquoi m'en parlez-vous ? ma plume va comme une étourdie
Mme de Sévigné, 440- Tel qui hait à se voir peint en de faux portraits,Sans chagrin voit tracer ses véritables traits Boileau, Épît. IX
Ils haïssent autant à les voir [les femmes] avec de la céruse sur le visage, qu'avec de fausses dents
La Bruyère, III
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4Haïr avec la négation s'emploie familièrement dans le sens d'aimer assez, et alors il prend à ou de quand il est suivi d'un infinitif.
Elles ne haïssent pas de primer dans ce nouveau genre de vie
La Bruyère, IIIDes défauts dont nous ne haïssons pas à être raillés
La Bruyère, VLa bonne dame ne haïssait pas le vin d'Espagne
Hamilton, Gramm. 9Peut-être ne haïssez-vous pas des abus qui vous laissent tranquilles
Massillon, Car. Mélange.Mais à quoi jugez-vous que la comtesse ne le hait pas ?
Marivaux, le Legs, ISi je n'étais pas canusi [prêtre du Japon], je ne haïrais pas d'être quaker
Voltaire, Dial. 16Je ne hais pas à garder les dindons
Voltaire, Lettre Thibouville, 22 mai 1768Le bon vin me paraît une excellente chose, et je ne hais point à m'en égayer
J.-J. Rousseau, Hél. I, 23
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5Se haïr, v. réfl. Avoir de la haine pour soi.
Je me hais de te voir ainsi mésestimée
Régnier, Élégie II- Excuse un malheureux qui perd tout ce qu'il aime,Que tout le monde hait et qui se hait lui-même Racine, Andr. III, 8
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En termes de religion, se haïr soi-même, haïr en soi la nature humaine.
Nulle autre religion [que la chrétienne] n'a proposé de se haïr ; nulle autre religion ne peut donc plaire à ceux qui se haïssent et qui cherchent un être véritablement aimable
PASCAL, Pensées, XI, 4, édit. HAVET.Ils [ceux qui croient] ne veulent aimer que Dieu, ils ne veulent haïr qu'eux-mêmes
PASCAL, ib. XIII, 7
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Avoir une haine réciproque. Cessez de vous haïr.
Remarque
1. C'est une erreur de Génin ; on peut voir à l'historique que la contraction remonte aux temps les plus anciens, le présent étant écrit je hé ou il hait. 2. Voltaire a deux fois manqué à aspirer l'h : Et : C'est une grosse faute.
Étymologie
Wall. hére, hêre ; du germanique : gothique, hatan, haïr ; anglo-sax. hatian ; anc. sax. hetian ; allem. mod. hassen ; angl. to hate. La forme en ir indique que le mot vient plus particulièrement de l'anglo-saxon hatian ; le t est tombé comme tombe le t ou le d dans meür, du latin maturus, ouïr du latin audire, etc.