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un seul est le mot juste.

honte dans le Littré

1 article· 77 citations· rimes· synonymes

honte s. f. (hon-t')

  1. 1Déshonneur, opprobre, humiliation (ce qui est le sens étymologique et ancien).

  2. 2Sentiment pénible qu'excite dans l'âme la pensée ou la crainte du déshonneur.

    • Seigneur, ce que je suis ne me fait point de honte Corneille, D. Sanche, I, 3
    • La honte se met entre la vertu et le péché pour empêcher qu'on ne la quitte ; puis entre le péché et la vertu pour empêcher qu'on ne la reprenne Bossuet, Pensées chr. VIII
    • Il n'eut point de honte d'écrire que... Bossuet, Hist. II, 3
    • Ce lui serait une honte de se dire... Bossuet, ib. 6
    • Elle lui pardonna son crime [au gouverneur qui avait fait tirer sur la reine], le livrant pour tout supplice à la honte d'avoir entrepris sur la vie d'une princesse si bonne et si généreuse Bossuet, Reine d'Anglet.
    • La nature, dit Tertullien, a couvert tout le mal de crainte ou de honte Bossuet, Sermons, Vaines excuses des pécheurs, 2
    • La honte est une passion que la nature raisonnable excite en nous et qui nous détourne, sans que nous remarquions même ni comment ni pourquoi, de tous les excès et de toutes les impuretés du vice Bourdaloue, Exhort. sur la flagellat. de J. C.
    • Et que, pour retourner à Dieu, vous repreniez cette honte du péché que vous aviez perdue Bourdaloue, 13e dim. après la Pentec. Dominic.
    • La honte du bien, dit saint Bernard, est en nous la source de tout mal, et la honte du mal est le principe de tout bien Bourdaloue, Exh. sur la Flagellat. de J. C. t. II, p. 79
    • Combien de fois une honte criminelle vous a-t-elle fermé la bouche dans des occasions où il fallait s'expliquer hautement ! Bourdaloue, Myst. Épiphan. t. I, p. 112
    • Je pourrais la décrire dans ces lieux sombres et retirés, où la honte tient tant de langueurs et de nécessités cachées, versant à propos des bénédictions secrètes sur des familles désespérées qu'une sainte curiosité lui faisait découvrir pour les soulager Fléchier, Aiguillon.
    • Je veux voir son désordre et jouir de sa honte Racine, Bajaz. IV, 6
    • La sagesse n'a point de honte de paraître enjouée Fénelon, Tél. VIII
    • Personne n'a jamais mieux su soulager et les besoins d'autrui et la honte de les avouer Fontenelle, des Billettes.
    • La honte, compagne de la conscience du mal, était venue avec les années J.-J. Rousseau, Confess. III
  3. 3Courte honte, insuccès.

    • Un homme s'en retourne, s'en revient avec sa courte honte quand il a reçu l'affront de n'avoir pu réussir en quelque entreprise. Cette locution est singulière ; et, comme elle manque d'historique, on ne sait comment l'expliquer avec quelque sûreté. Provisoirement, on peut penser que courte honte signifie proprement honte à court délai, honte qui arrive tout de suite.

  4. 4Mauvaise honte, fausse honte de ce qui n'est pas blâmable, et quelquefois même de ce qui est louable.

    • Par je ne sais quelle bonté, ou, si l'on veut, mauvaise honte, je n'ai pas la force de rien refuser de ce que l'on me demande avec opiniâtreté Scarron, Œuvres, t. I, p. 177
    • Mais aucun de ces maux n'égala les rigueursQue la mauvaise honte exerça dans les cœurs ;De ce nid à l'instant sortirent tous les vices Boileau, Ép. III
    • La mauvaise honte est le mal le plus dangereux et le plus pressé à guérir FÉNEL., Éduc. des filles, ch. 9
    • Ce n'est pas le vrai honneur, c est une mauvaise honte qui me retient Fénelon, Dial. des morts anc. dial. 45
    • Il [Charles XII] avait conservé, dans l'inflexibilité de son caractère, cette timidité qu'on nomme mauvaise honte Voltaire, Charles XII, 8
    • Fausse honte, timidité mal placée, honte non justifiée.

    • Sotte honte, synonyme de fausse honte.

      • Je crois qu'il y eut en cette occasion plus d'orgueil à parler qu'il n'y aurait eu de sotte honte à se taire J.-J. Rousseau, Confess. VIII
  5. 5Dans le langage biblique, la honte, les parties que l'on doit cacher.

    • C'est pourquoi j'ai relevé vos vêtements sur votre visage, et on a vu votre honte Saci, Bible Jérémie, XIII, 26

Remarque

1. On dit également : je n'ai point honte d'avoir fait cela, et je n'ai point de honte d'avoir fait cela. Dans la première phrase, honte est pris dans un sens général et indéterminé ; dans la deuxième, honte est pris dans un sens partitif. En effet la honte est un sentiment susceptible de plus et de moins. 2. Avoir honte à, avoir honte de. On a essayé d'établir une distinction, disant qu'on se sert de à quand le verbe exprime une action, et de de quand il exprime un état : il a honte à mentir, il a honte d'avoir menti ; mais, avec quelque soin qu'on examine ces deux locutions, on ne peut voir aucune différence appréciable de sens, et c'est l'oreille qui doit déterminer le choix. 3. Avoir ses hontes bues, locution singulière, mais dont on verra l'origine à l'historique. Un poëte du XIIIe siècle représente l'antechrist faisant verser à pleins brocs la honte ; il insiste sur cette fiction et sur cette figure de la honte bue. Cette fiction et cette figure ont eu assez de crédit pour introduire dans la langue la locution, qui, si on n'avait le poëme d'où elle provient, demeurerait inexplicable. C'est Génin qui a trouvé cette excellente explication.

Synonymes

HONTE, PUDEUR. Les reproches de la conscience causent de la honte. Les sentiments de modestie produisent la pudeur.

Proverbes

Que honte ne vous fasse dommage, c'est-à-dire il ne faut pas qu'une mauvaise honte empêche de faire une chose qui n'est point blâmable et qui peut être utile. Un peu de honte est bientôt passé, on surmonte facilement un sentiment de honte pour quelque avantage.

Étymologie

Bourg. onte ; provenç. ancta, amta, anta ; ital. onta ; de l'anc. h. allem. hônida ; vieux saxon, honda, déshonneur, de même radical que honnir. Honte a été des deux genres. Un dérivé hontage a été très usité.

Supplément

HONTE. - HIST. XVIe s. Ajoutez : (cité par M. Eman Martin, Courrier de Vaugelas, 1er déc. 1874, p. 130, qui comble ainsi la lacune que j'avais signalée en disant que courte honte n'avait point d'historique).

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander