Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

horreur dans le Littré

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horreur s. f. (o-rreur)

  1. 1La sensation physique qui fait que la peau devient chair de poule et que les cheveux se hérissent.

  2. 2Se dit des choses qui causent un sentiment d'effroi mêlé d'admiration, de respect, etc.

  3. 3Mouvement accompagné de frémissement et causé par quelque chose d'affreux. Ce spectacle nous glaça d'horreur. (Ce prologue a été attribué à la Prude dans l'édit. de Kehl ; il appartient à la comédie de l'Échange).

    • Sentiments d'horreur.

      • Que d'horreurs vous me jetez dans l'âme ! Corneille, Sur. V, 4
    • Faire horreur, exciter le sentiment de l'horreur.

    • Familièrement et par exagération. Cela fait horreur, est à faire horreur, se dit d'une chose extrêmement laide, ou faite sans goût, sans habileté.

    • Familièrement. C'est une horreur, c'est une personne, une chose affreuse.

    • Fi ! l'horreur ! se dit pour marquer la répugnance.

    • Ah ! l'horreur, se dit dans le même sens.

      • L'une d'elles, qui le connaissait un peu, dit en le regardant de côté [Memnon devenu borgne] : Ah ! l'horreur ! Voltaire, Memnon.
  4. 4Haine, aversion, dégoût, exécration.

    • Avoir horreur de, éprouver une aversion mêlée de dégoût.

      • Celles de ma naissance ont horreur des bassesses Corneille, Rodog. III, 3
      • Les infamies qu'il [le nouveau quiétisme] a héritées de la secte des béguards.... je pourrais dire d'abord qu'on a horreur de traiter de telles matières Bossuet, Ét. d'orais. X, 3
      • On frémirait en le prononçant, et l'on aurait horreur de soi-même Bourdaloue, 9e dim. après la Pentec. Dom.
      • Le roi eut horreur de tout ce qu'il entendait Fénelon, Tél. XI
    • Être en horreur à quelqu'un, lui inspirer une haine mêlée d'horreur.

      • David m'est en horreur Racine, Athal. II, 7
      • Baal est en horreur dans la sainte cité Racine, ib. V, 6
      • Il nous croit en horreur à toute la nature Racine, Esth. I, 3
      • Ma mémoire est en horreur FÉNEL., Télém. XVIII
    • Objet d'horreur.

  5. 5Horreur du vide, antipathie par laquelle on supposait que la nature tendait toujours à combler les vides à mesure qu'ils se formaient.

    • Que la pesanteur de la masse de l'air produit tous les effets qu'on a jusques ici attribués à l'horreur du vide Pascal, Pes. de l'air, II
    • C'est d'un semblable raisonnement que l'horreur de la nature pour le vide et cent autres chimères prirent naissance MAIRAN, Élog. abbé de Molières
  6. 6Ce que certaines choses ont d'effrayant, de sinistre. L'horreur d'un cachot. L'horreur des combats.

    • L'horreur d'un supplice, la cruauté d'un supplice.

    • Fig. Il se dit des souffrances morales. Vous ne connaissez pas toute l'horreur de sa situation. Pour comble d'horreur. L'horreur de ma misère.

    • Une belle horreur, se dit des choses qui font éprouver un sentiment d'effroi mêlé d'admiration. La belle horreur d'un orage.

      • Bien que les poëtes excellents, qui ont quelquefois le secret de nous faire sentir des chagrins délicieux et des tristesses agréables, aient encore celui de nous faire voir de belles horreurs BRÉBEUF, Pharsale, Avert. sur la 3e partie.
      • Enfin le jour, un jour sombre parut ; il vint s'ajouter à cette grande horreur [l'incendie de Moscou], la pâlir, lui ôter son éclat Ségur, Hist. de Nap. VIII, 6
    • Il se dit au pluriel dans un sens analogue. Les horreurs de la guerre, de la famine. Être en proie aux horreurs de la misère.

    • Les horreurs de la mort, les angoisses de l'agonie.

    • Par extension.

      • Le duc de Grammont était lors dans les horreurs de la taille [l'opération par laquelle on extrait la pierre de la vessie] Saint-Simon, 33, 129
  7. 7L'énormité d'une action cruelle, infâme.

    • Il se dit au pluriel dans le même sens. La vie de ce tyran n'est qu'un tissu d'horreurs.

      • Il faut que le courroux du ciel l'accable quelque jour.... il me fait voir tant d'horreurs que je souhaiterais qu'il fût déjà je ne sais où Molière, D. Juan, I, 1
      • Mon esprit ne se résoudrait jamais à se jeter parmi tant d'horreurs [les excès des révolutionnaires anglais], si la constance admirable avec laquelle cette princesse a soutenu ces calamités ne surpassait de bien loin les crimes qui les ont causées Bossuet, Reine d'Anglet.
      • Et je l'ai vue aussi cette cour peu sincèreDes crimes de Néron approuver les horreurs Racine, Bérén. II, 2
      • De toutes les horreurs, va, comble la mesure Racine, Athal. III, 5
      • Il retrace vivement à notre imagination les horreurs d'une vie entière de crime Massillon, Carême, Lazare.
      • C'était un débordement de l'armée qui se mit à piller, violer, massacrer, et faire toutes les horreurs que la licence la plus effrénée inspire Saint-Simon, 29, 88
      • On ne connaît que trop les étonnantes horreurs d'Alexandre VI Voltaire, Jenni, 11
      • Les horreurs qui accompagnèrent la conquête de cet État et la tyrannie qui la suivit en firent un désert Raynal, Hist. phil. II, 19
      • Si l'ennemi échappait à ce danger [l'incendie de Moscou], du moins n'aurait-il plus d'asile, plus de ressources ; et l'horreur d'un si grand désastre, dont on saurait bien l'accuser, soulèverait toute la Russie Ségur, Hist. de Nap. VIII, 2
  8. 8Les choses déshonorantes qu'on attribue à quelqu'un. On m'a dit des horreurs de cet homme-là.

    • Pour moi qui, quoique très jeune alors, ai vu naître toutes ces horreurs [libelles diffamatoires], je sais très bien que l'envie en fut la seule cause Voltaire, Mélang. litt. Mém. sur la satire, la sat. après Despréaux.
    • Existe-t-il, a-t-il jamais existé un méchant assez artificieux pour donner de la consistance aux horreurs qu'il débite d'autrui par les horreurs qu'il confesse de lui-même ? Diderot, Claude et Nér. I, 61
    • Y pensez-vous, monsieur ? quoi ! Florise et GéronteVous comblent d'amitié, de plaisirs et d'honneurs,Et vous mandez sur eux quatre pages d'horreurs ! Gresset, Méchant, II, 1
    • Basile : De toutes les choses sérieuses, le mariage étant la plus bouffonne, j'avais pensé.... - Suzanne : Des horreurs Beaumarchais, Mar. de Fig. I, 9
    • Par extension et plaisanterie.

      • On m'a dit mille horreurs de cette montagne de Tarare Mme de Sévigné, 23
  9. 9Très familièrement. Injure. Il nous a dit des horreurs.

    • Propos obscènes. Il s'approcha de cette femme et lui débita mille horreurs.

Étymologie

Provenç. horror, orror ; espagn. horror ; ital. orrore ; du lat. horrorem, horrere, avoir en horreur, se hérisser, causatif du radical sanscrit, harsch, hérisser. Suivant un mauvais désir de latinisme, on tenta, au XVIe siècle, de faire horreur du masculin comme tant d'autres noms en eur.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander