horreur s. f. (o-rreur)
-
1La sensation physique qui fait que la peau devient chair de poule et que les cheveux se hérissent.
La peau, se retirant sur elle-même, fera dresser les cheveux, dont elle enferme la racine, et causera ce mouvement qu'on appelle horreur
Bossuet, Conn. II, 12- D'une subite horreur leurs cheveux se hérissent Boileau, Lutr. III
-
2Se dit des choses qui causent un sentiment d'effroi mêlé d'admiration, de respect, etc.
- Après cela, docteur, va pâlir sur la Bible....Perce la sainte horreur de ce livre divin Boileau, Sat. VIII
- Et, dans la sacristie entrant, non sans terreur,En percent jusqu'au fond la ténébreuse horreur Boileau, Lutr. III
Le ciel brille d'éclairs, s'entr'ouvre, et parmi nous Jette une sainte horreur qui nous rassure tous
Racine, Iph. V, 6Il est saisi d'une horreur divine
Fénelon, Tél. XVIIISaisie d'une horreur de religion à la seule présence du sanctuaire
Massillon, Av. Disp.- Mais, quand il m'accablait de cette sainte horreur,La persuasion n'a point rempli mon cœur Voltaire, Fanat. IV, 2
Tout en fait sentir la religieuse horreur [de l'église gothique]
Chateaubriand, Génie. III, I, 8- La nuit est ton séjour, l'horreur est ton domaine Lamartine, Médit. I, 2
-
3Mouvement accompagné de frémissement et causé par quelque chose d'affreux. Ce spectacle nous glaça d'horreur. (Ce prologue a été attribué à la Prude dans l'édit. de Kehl ; il appartient à la comédie de l'Échange).
- Et délivre mes yeux de l'horreur de te voir Corneille, Héracl. III, 2
- Mais par la sainte horreur que vous fait l'infamie Corneille, Théod. III, 3
- Malgré la juste horreur que son crime me donne Racine, Andr. IV, 3
- Quel jour mêlé d'horreur vient effrayer mon âme ! Racine, Esth. III, 4
- Le ciel avec horreur voit ce monstre sauvage Racine, Phèdre, V, 6
- Dans l'infidèle sang baignez-vous sans horreur Racine, Athal. IV, 3
- Sais-tu l'excès d'horreur où je me vois livrée ? Voltaire, Mérope, IV, 4
- La pitié, non l'horreur, doit régner sur la scène Voltaire, Prude, prol.
On sut par lui [un général blessé et abandonné] ce crime : un frémissement d'horreur se propagea dans la colonne, il parvint jusqu'à l'empereur
Ségur, Hist. de Nap. IX, 8
-
Sentiments d'horreur.
Que d'horreurs vous me jetez dans l'âme !
Corneille, Sur. V, 4
-
Faire horreur, exciter le sentiment de l'horreur.
- Trouvez-vous doux les noms de perfide et de traître ? -Je sais qu'aux généreux ils doivent faire horreur Corneille, Héracl. III, 5
Cette âme qui s'est tant aimée et tant cherchée, ne se peut plus supporter aussitôt qu'elle est seule avec elle-même ; sa solitude lui fait horreur
Bossuet, la Vallière.Dont les proscriptions font horreur en les lisant
Bossuet, Hist. I, 9Vices qui font horreur à la nature
Bossuet, ib. II, 12- Elle a craint qu'Hippolyte, instruit de ma fureur,Ne découvrît un feu qui lui faisait horreur Racine, Phèdre, V, 7
- Va, je la désavoue, et tu me fais horreur Racine, Andr. V, 3
Les rameurs chantaient à l'honneur de Vénus et de Cupidon des vers qui devaient faire horreur à ceux qui aiment la vertu
Fénelon, Tél. IVLe vice grossier fait horreur
Fénelon, ib. VII
-
Familièrement et par exagération. Cela fait horreur, est à faire horreur, se dit d'une chose extrêmement laide, ou faite sans goût, sans habileté.
- Vous êtes aujourd'hui coiffée à faire horreur Gresset, Méch. I, 5
-
Familièrement. C'est une horreur, c'est une personne, une chose affreuse.
-
Fi ! l'horreur ! se dit pour marquer la répugnance.
-
Ah ! l'horreur, se dit dans le même sens.
L'une d'elles, qui le connaissait un peu, dit en le regardant de côté [Memnon devenu borgne] : Ah ! l'horreur !
Voltaire, Memnon.
-
4Haine, aversion, dégoût, exécration.
- L'injuste horreur qu'elle eut toujours des rois Corneille, Pomp. IV, 3
- Que la vertu du fils....Vainque la juste horreur que vous avez du père Corneille, Héracl. I, 4
- Vous avez aimé cette erreurPour qui vous ne deviez avoir que de l'horreur Molière, Psyché, IV, 5
Elle [l'Église] a pour le meurtre une horreur toute particulière
Pascal, Prov. 14- Sait-il toute l'horreur que ce Juif vous inspire ? Racine, Esth. III, 1
- Burrhus pour le mensonge eut toujours trop d'horreur Racine, Brit. I, 2
- Vous trouverez partout l'horreur du nom romain Racine, Mithr. III, 1
Il te manquait encor ces perfides amours Pour être le supplice et l'horreur de mes jours
Racine, Mithr. III, 1- J'ai pris la vie en haine et ma flamme en horreur Racine, Phèdre, I, 3
Quelle innocence ! quelle vertu ! quelle horreur du vice !
Fénelon, Tél. VIIIl [l'éléphant] a une horreur si grande pour le cochon, que le seul cri de cet animal l'émeut et le fait fuir
Buffon, Quadrup. t. XIV, p. 291Presque toutes les femmes ont une horreur invincible pour les araignées, les crapauds, les couleuvres
Mme de Genlis, Adèle et Théod. t. I, p. 140, dans POUGENS
-
Avoir horreur de, éprouver une aversion mêlée de dégoût.
- Celles de ma naissance ont horreur des bassesses Corneille, Rodog. III, 3
Les infamies qu'il [le nouveau quiétisme] a héritées de la secte des béguards.... je pourrais dire d'abord qu'on a horreur de traiter de telles matières
Bossuet, Ét. d'orais. X, 3On frémirait en le prononçant, et l'on aurait horreur de soi-même
Bourdaloue, 9e dim. après la Pentec. Dom.Le roi eut horreur de tout ce qu'il entendait
Fénelon, Tél. XI
-
Être en horreur à quelqu'un, lui inspirer une haine mêlée d'horreur.
David m'est en horreur
Racine, Athal. II, 7Baal est en horreur dans la sainte cité
Racine, ib. V, 6- Il nous croit en horreur à toute la nature Racine, Esth. I, 3
Ma mémoire est en horreur
FÉNEL., Télém. XVIII
-
Objet d'horreur.
- Il ne peut endurer que l'horreur de la GrècePour prix de ses forfaits épouse la princesse Corneille, Méd. II, 5
Il devint l'horreur du genre humain
Bossuet, Hist. I, 10
-
5Horreur du vide, antipathie par laquelle on supposait que la nature tendait toujours à combler les vides à mesure qu'ils se formaient.
Que la pesanteur de la masse de l'air produit tous les effets qu'on a jusques ici attribués à l'horreur du vide
Pascal, Pes. de l'air, IIC'est d'un semblable raisonnement que l'horreur de la nature pour le vide et cent autres chimères prirent naissance
MAIRAN, Élog. abbé de Molières
-
6Ce que certaines choses ont d'effrayant, de sinistre. L'horreur d'un cachot. L'horreur des combats.
- Après que j'aurai vu trébucher son orgueilDe son char de triomphe en l'horreur du cercueil Rotrou, Bélis. II, 17
L'hiver est ici dans toute son horreur ; je suis dans les jardins ou au coin de mon feu ; on ne peut s'amuser à rien
Mme de Sévigné, 22 nov. 1671Ces secondes vies que notre faiblesse nous fait inventer pour couvrir en quelque sorte l'horreur de la mort
Bossuet, le Tellier.- Partez ; mais à ces mots les champions pâlissent,De l'horreur du péril leurs courages frémissent Boileau, Lutrin, IV, vers supprimés.
- Mais à mes tristes yeux votre mort préparéeDans toute son horreur ne s'était pas montrée Racine, Baj. II, 5
- C'était pendant l'horreur d'une profonde nuit :Ma mère Jésabel devant moi s'est montrée,Comme au jour de sa mort pompeusement parée Racine, Ath. II, 5
- Et que les mêmes coupsDans l'horreur du tombeau nous réunissent tous Voltaire, Adél. IV, 5
Il n'y a pas trois cents ans que je [Phénix] vis ici la nature sauvage dans toute son horreur
Voltaire, Princ. de Babyl. 6- Ainsi de Mahomet vous regrettez les fers,Le tumulte des camps, cette horreur des déserts Voltaire, Fanat. I, 2
- Quoi ! j'ai percé l'horreur de cette nuit profonde Casimir Delavigne, Paria, I, 2
-
L'horreur d'un supplice, la cruauté d'un supplice.
-
Fig. Il se dit des souffrances morales. Vous ne connaissez pas toute l'horreur de sa situation. Pour comble d'horreur. L'horreur de ma misère.
-
Une belle horreur, se dit des choses qui font éprouver un sentiment d'effroi mêlé d'admiration. La belle horreur d'un orage.
Bien que les poëtes excellents, qui ont quelquefois le secret de nous faire sentir des chagrins délicieux et des tristesses agréables, aient encore celui de nous faire voir de belles horreurs
BRÉBEUF, Pharsale, Avert. sur la 3e partie.Enfin le jour, un jour sombre parut ; il vint s'ajouter à cette grande horreur [l'incendie de Moscou], la pâlir, lui ôter son éclat
Ségur, Hist. de Nap. VIII, 6
-
Il se dit au pluriel dans un sens analogue. Les horreurs de la guerre, de la famine. Être en proie aux horreurs de la misère.
- Il a dans ces horreurs passé toute la nuit Racine, Esth. II, 1
Lucrèce, chez les Romains, avait fait son poëme de la nature ; Virgile, ses Bucoliques ; Cicéron, ses livres de philosophie, dans les horreurs de la guerre civile
Voltaire, Mœurs, 82- Peux-tu mêler l'amour à ces moments d'horreurs ? Voltaire, Alz. IV, 4
- Ô frère, ô triste objet d'un amour plein d'horreurs Voltaire, Fanat. V, 4
Tu [France] ne sens point du nord les glaçantes horreurs
André Chénier, Hymne à la France.
-
Les horreurs de la mort, les angoisses de l'agonie.
-
Par extension.
Le duc de Grammont était lors dans les horreurs de la taille [l'opération par laquelle on extrait la pierre de la vessie]
Saint-Simon, 33, 129
-
7L'énormité d'une action cruelle, infâme.
- Quelle horreur d'embrasser un homme dont l'épéeDe toute ma famille a la trame coupée ! Corneille, Hor. V, 3
- On fait plus, on m'impute un coup si plein d'horreurPour me faire un passage à vous percer le cœur Corneille, Rod. V, 4
- Un tel excès d'horreur rend mon âme interdite Racine, Phèdre, IV, 2
La multitude et l'horreur de vos iniquités
Massillon, Carême, Fausse conf.- Hélas ! le crime veille et son horreur me suit Voltaire, Zaïre, V, 8
- Dans quel palais profane a-t-on vu plus d'horreur ! Voltaire, Olympie, V, 7
- Tant d'horreur n'entre point dans une âme si belle Voltaire, Tancr. III, 3
Il se trame ici quelque horreur
Beaumarchais, Mère coup. I, 2
-
Il se dit au pluriel dans le même sens. La vie de ce tyran n'est qu'un tissu d'horreurs.
Il faut que le courroux du ciel l'accable quelque jour.... il me fait voir tant d'horreurs que je souhaiterais qu'il fût déjà je ne sais où
Molière, D. Juan, I, 1Mon esprit ne se résoudrait jamais à se jeter parmi tant d'horreurs [les excès des révolutionnaires anglais], si la constance admirable avec laquelle cette princesse a soutenu ces calamités ne surpassait de bien loin les crimes qui les ont causées
Bossuet, Reine d'Anglet.- Et je l'ai vue aussi cette cour peu sincèreDes crimes de Néron approuver les horreurs Racine, Bérén. II, 2
- De toutes les horreurs, va, comble la mesure Racine, Athal. III, 5
Il retrace vivement à notre imagination les horreurs d'une vie entière de crime
Massillon, Carême, Lazare.C'était un débordement de l'armée qui se mit à piller, violer, massacrer, et faire toutes les horreurs que la licence la plus effrénée inspire
Saint-Simon, 29, 88On ne connaît que trop les étonnantes horreurs d'Alexandre VI
Voltaire, Jenni, 11Les horreurs qui accompagnèrent la conquête de cet État et la tyrannie qui la suivit en firent un désert
Raynal, Hist. phil. II, 19Si l'ennemi échappait à ce danger [l'incendie de Moscou], du moins n'aurait-il plus d'asile, plus de ressources ; et l'horreur d'un si grand désastre, dont on saurait bien l'accuser, soulèverait toute la Russie
Ségur, Hist. de Nap. VIII, 2
-
8Les choses déshonorantes qu'on attribue à quelqu'un. On m'a dit des horreurs de cet homme-là.
Pour moi qui, quoique très jeune alors, ai vu naître toutes ces horreurs [libelles diffamatoires], je sais très bien que l'envie en fut la seule cause
Voltaire, Mélang. litt. Mém. sur la satire, la sat. après Despréaux.Existe-t-il, a-t-il jamais existé un méchant assez artificieux pour donner de la consistance aux horreurs qu'il débite d'autrui par les horreurs qu'il confesse de lui-même ?
Diderot, Claude et Nér. I, 61- Y pensez-vous, monsieur ? quoi ! Florise et GéronteVous comblent d'amitié, de plaisirs et d'honneurs,Et vous mandez sur eux quatre pages d'horreurs ! Gresset, Méchant, II, 1
Basile : De toutes les choses sérieuses, le mariage étant la plus bouffonne, j'avais pensé.... - Suzanne : Des horreurs
Beaumarchais, Mar. de Fig. I, 9
-
Par extension et plaisanterie.
On m'a dit mille horreurs de cette montagne de Tarare
Mme de Sévigné, 23
-
9Très familièrement. Injure. Il nous a dit des horreurs.
-
Propos obscènes. Il s'approcha de cette femme et lui débita mille horreurs.
-
Étymologie
Provenç. horror, orror ; espagn. horror ; ital. orrore ; du lat. horrorem, horrere, avoir en horreur, se hérisser, causatif du radical sanscrit, harsch, hérisser. Suivant un mauvais désir de latinisme, on tenta, au XVIe siècle, de faire horreur du masculin comme tant d'autres noms en eur.