Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

idéal dans le Littré

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idéal, ale adj. (i-dé-al, a-l')

  1. 1Qui n'a d'existence que dans l'idée, dans l'esprit. Des êtres idéaux.

    • Plus une philosophie est subtile et idéale, plus elle est vaine et inutile pour expliquer des choses qui ne demandent qu'un sens droit pour être connues La Bruyère, XVI
    • Ne voyant rien d'existant qui fût digne de mon délire, je le nourris dans un monde idéal que mon imagination eut bientôt peuplé d'êtres selon mon cœur J.-J. Rousseau, Confess. IX
    • L'hypothèse de Ptolémée cesse alors d'être purement idéale et propre uniquement à représenter à l'imagination les mouvements célestes LA PLACE, Expos. I, 11
    • Le langage idéal de la musique Mme de Staël, Corinne, XV, 4
    • Chimérique. Richesses idéales.

  2. 2Par extension, qui réunit toutes les perfections que l'esprit peut concevoir, indépendamment de la réalité.

  3. 3S. m. Assemblage abstrait de perfections dont l'âme se forme l'idée, mais sans pouvoir y atteindre complétement.

    • Des traits qui portent l'empreinte des passions, mais ne retracent point l'idéal de la beauté Mme de Staël, Corinne, XVIII, 3
    • Il règne ici [dernière scène d'Alzire] un idéal de vérité au-dessus de tout idéal poétique Chateaubriand, Génie, II, II, 7
    • Le modèle intérieur du poëte, de l'artiste.

      • Le sujet de ce tableau n'est pas clair ; l'idéal n'en est pas assez caractéristique Diderot, Salon de 1765, Œuv. t. XIII, p. 198, dans POUGENS
      • Scène froide et mauvaise, où la misère de l'idéal n'est point rachetée par le faire Diderot, Salon de 1767, t. XIV, p. 364
      • Il y a entre le mérite du faire et le mérite de l'idéal la différence de ce qui attache les yeux et de ce qui attache l'âme Diderot, ib. p. 421
      • Quel que soit le faire, point de vraie beauté sans l'idéal Diderot, ib. p. 421
      • Le beau, celui même qu'on appelle idéal, en sculpture, comme en peinture, doit être un résumé du beau réel de la nature FALCONET, Réflex. sur la sculpture, t. III, p. 5
    • Au plur. Faut-il dire des idéals, comme on dit des chorals, ou des idéaux ? L'usage n'a pas prononcé. L'adjectif fait idéaux au pluriel. Le substantif peut le suivre ; cependant il semble que les idéals conserve mieux le sens du mot et a une forme moins lourde ; en traduisant la pièce de Schiller intitulée die Ideale, ne vaudrait-il pas mieux dire les Idéals que les Idéaux ?

  4. 3Ajoutez : Sur la question, discutée au Dictionnaire, de savoir s'il faut dire, au pluriel, idéaux ou idéals, voici des exemples contradictoires. En prenant en considération les exemples du Dictionnaire et ceux du Supplément, on peut penser qu'il est préférable de dire, comme M. Taine, idéaux au pluriel de l'adjectif ; mais que, au pluriel du substantif, les idéals est admissible comme présentant plus rapidement à l'esprit le sens de ce mot, qui, en cet emploi, n'est pas ancien.

    • On ne les aperçoit pas [le Christ et la Vierge] à la façon des personnages idéaux, reculés dans une antiquité lointaine, ou confinés dans un ciel supérieur : on les sent corporels H. TAINE, Journ. des Débats, 18 nov. 1866
    • Cette tendance réaliste..., qui consiste à déshabiller familièrement les idéals les mieux gardés par le charme ou le respect AUBRYET, Monit. univ. 30 sept. 1867, p. 1257, 4e col.

Synonymes

IDÉAL, CHIMÈRE, UTOPIE. Gardons-nous de confondre l'idéal et la chimère ; la chimère est une fantaisie, une imagination sans raison, une conception contre nature ; les anciens en donnaient bien l'idée quand ils formaient leurs chimères de parties qui ne peuvent aller ensemble, le corps d'une chèvre, la tête d'un lion et la queue d'un dragon ; l'idéal n'est point cela : il n'est rien de monstrueux ; c'est proprement une chose existante prise dans sa perfection ; sans doute cette perfection n'est pas actuellement réalisée, mais la réalité y tend, c'est sa destinée, sa règle, l'ordre le meilleur où elle puisse être, et où elle s'efforce de se placer, c'est, dans la vie privée, la sainteté, dans la vie publique, la justice et la fraternité la plus complète, c'est-à-dire la perfection ; et il est également sûr que l'homme y tend et qu'il n'y arrivera jamais.

Étymologie

Lat. idealis, de idea, idée.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander