Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

importer dans le Littré

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1importer v. a. (in-por-té)

  1. 1Terme de commerce. Introduire dans un pays des productions étrangères, une industrie créée à l'étranger, etc. Cette industrie fut importée en France par un tel.

    • Si on vendait le feu et l'eau, il devrait être permis de les importer et de les exporter d'un bout de la France à l'autre Voltaire, Polit. et législation, Diatribe à l'auteur des Éphém.
    • Les Hambourgeois et même les Hollandais avaient contracté l'habitude de fréter les vaisseaux de ces étrangers, pour importer chez eux les productions des plus riches climats de l'Europe Raynal, Hist. phil. XVIII, 29
    • Absolument.

      • Ne valait-il pas mieux importer en franchise et obtenir à bon compte par la voie libre ce qui nous coûte si cher par la voie de la douane ? BLANQUI, dans le Dict. de BESCHERELLE.
  2. 2Fig. Introduire dans une langue un mot étranger. Le commerce et l'industrie importent journellement des expressions étrangères ; c'est ainsi que la navigation à la vapeur a importé le verbe stopper, arrêter la machine d'un navire.

    • Il se dit aussi d'une maladie introduite. Les vaisseaux importèrent la peste en cette ville.

  3. 3S'importer, v. réfl. Être importé. Ces marchandises ne s'importent guère en France.

Étymologie

Lat. importare, de in, dans, et portare, porter.

2importer v. n. (in-por-té)

  1. 1Être important, être de conséquence.

  2. 2Importer de, avoir l'importance de, y aller de.

    • En matière d'État, ne fût-ce qu'un atome,Sa perte quelquefois importe d'un royaume Corneille, Attila, I, 2
    • L'on pouvait reprocher à Fernand avec beaucoup de justice, qu'il savait mal garder ses places, de négliger ainsi les bons avis qui lui étaient donnés, et de prendre le parti le moins assuré dans une nouvelle qui ne lui importait pas moins que de sa ruine Sent. de l'Acad. sur le Cid
    • D'où vient donc qu'il aurait attendu si tard à donner un avis qui importait à son roi de la conservation de sa vie ! ARN., Apol. pour les cath. I, 21
    • Il avait, disait-il, un procès qui lui importait de dix mille francs Regnard, Voyage de Pologne.
  3. 3Il se prend aussi comme verbe impersonnel.

    • Quand l'effet est certain, il n'importe des causes Corneille, Sophon. V, 4
    • Il importe si bien, que de tous vos repasJe ne veux en aucune sorte La Fontaine, Fabl. I, 5
    • Mais il n'importe ; car vous ne voulez vous servir longtemps de ce raisonnement Pascal, Prov. 17
    • Dans une vie si égale il n'importe pas à cette princesse où la mort frappe : on n'y voit point d'endroit faible par où elle pût craindre d'être surprise Bossuet, Mar.-Thér.
    • Et, le remplissant [Satan] de fiel et d'amertune contre nous, elle [l'envie] le contraint d'avoir recours à la fraude, à la tromperie, à ses artifices malicieux ; il ne lui importe pas pourvu qu'il nous perde Bossuet, 2e sermon, Démons, 2
    • Il ne lui importait quelles mœurs eussent ces peuples Montesquieu, Esp. x, 14
    • Un chrétien pour eux est un homme qui va au prêche tous les dimanches : quoi qu'il fasse dans l'intervalle, il n'importe pas J.-J. Rousseau, Lett. au maréchal de Luxembourg, 20 fév. 1761
    • C'est au temps à révéler ce qu'il importerait à l'historien de savoir Raynal, Hist. phil. V, 9
  4. 4Importer, s'emploie dans plusieurs locutions négatives ou interrogatives, ou avec peu, pour exprimer l'indifférence qu'on a, le peu de cas qu'on fait.

    • N'importe, servons-la, méritons son amour Corneille, Sertor. II, 5
    • Épousez ou Didyme ou Cléante ou quelque autre,Ne m'importe pas qui, mon choix suivra le vôtre Corneille, Théod. II, 4
    • La pensée du peu de place que nous tenons dans ce grand univers, et combien il importe peu, à la fin du monde, qu'il y ait eu un comte de Bussy heureux ou malheureux Mme de Sévigné, Lett. à Bussy, 13 août 1688
    • Il vient, dit-il [Jésus-Christ], comme un voleur.... comme un voleur, direz-vous, indigne comparaison ! n'importe qu'elle soit indigne de lui, pourvu qu'elle nous effraye et qu'en nous effrayant elle nous sauve Bossuet, Mar.-Thér.
    • Qu'importe que vous puissiez vous en servir, si vous ne vous en servez pas ? Bourdaloue, 9e dim. après la Pentec. Dominic. t. III, p. 177
    • Que m'importe, seigneur, sa haine ou sa tendresse ? Racine, Andr. II, 2
    • Qu'importe sa pitié, sa joie et sa vengeance ? Voltaire, Mérope, IV, 2
    • Qu'importe, leur dit-il, que Derar soit pris ou mort ? Dieu est vivant et vous regarde, combattez Voltaire, Mœurs, 6
    • Plusieurs d'entre eux ne voulaient que faire un livre, n'importait quel, pourvu qu'il fût accueilli J.-J. Rousseau, 3e promen.
    • Espérant que vos lettres continueront à me parvenir.... ayant peut-être été ouvertes, mais n'importe pas, pourvu qu'elles parviennent J.-J. Rousseau, Lett. à Lalliaud, 8 octob. 1768

Remarque

Il faut employer de avec l'infinitif quand le second verbe se rapporte au régime : Il importe à votre frère de partir ; mais, quand le second verbe ne se rapporte pas au régime, il faut mettre que avec le subjonctif : Il importe à votre frère que vous partiez.

Étymologie

Lat. importare, porter dans, de in, en, et portare, porter. Si l'on suit l'historique, on voit comment importer a pris le sens d'être de conséquence : une chose importe, par exemple la conservation de la vie, c'est-à-dire elle apporte avec soi.... ; puis, absolument, une chose importe. Dès lors, la transition est faite ; et du sens de porter dans ou importer, on touche au sens de avoir de l'importance.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander