infini, ie adj. (in-fi-ni, nie)
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1Qui n'est pas fini, qui est sans bornes.
Après avoir fait, ainsi que des fleuves, un peu plus de bruit les uns que les autres, ils [les hommes] vont tous se confondre dans ce gouffre infini du néant, où l'on ne trouve plus ni rois, ni princes, ni capitaines....
Bossuet, Gornay.Ce qu'on peut affirmer sans crainte, c'est que Dieu est infini, et que l'esprit de l'homme est bien borné
Voltaire, Dict. phil. infini.Pourquoi serait-il impossible qu'il y eût seulement une certaine quantité d'êtres ? Je conçois bien mieux la nature bornée que je ne conçois la nature infinie
Voltaire, Lett. à Mme***, 1776Une chose infinie n'est même que cette chose finie à laquelle nous ôtons les termes et les bornes ; ainsi l'idée de l'infini n'est qu'une idée de privation et n'a point d'objet réel
Buffon, Homme, arithm. sociale.
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Il se dit des attributs de Dieu.
Que s'il est une telle justice, souveraine et par conséquent inévitable, divine et par conséquent infinie
Bossuet, Anne de Gonz.
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Dont on ne peut assigner les bornes, le terme. Un espace infini. Une durée infinie.
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Qui ne doit pas avoir de fin.
Qui nous dira qu'une justice infinie ne s'exerce pas à la fin par un supplice infini et éternel ?
Bossuet, Anne de Gonz.
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2Par exagération, très grand en étendue, en durée. On a du haut de ce coteau une vue infinie. La mer infinie se déroulait à nos pieds.
Je pense que vos conversations ont été bien infinies
Mme de Sévigné, 227Il serait inutile de vous redire toutes nos conversations, vous les imaginez aisément, et cela rendrait cette lettre infinie
Mme de Sévigné, 380Quelquefois je trouve une longueur infinie d'un ordinaire à l'autre
Mme de Sévigné, 15 nov. 1684Combien de fois a-t-il essayé de bannir du palais ces lenteurs affectées et ces détours presque infinis que l'avarice a inventés.... !
Fléchier, Lamoignon.
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Très grand en nombre, innombrable.
Le sort donne aux plus grands, par d'infinis exemples, De sa légèreté des marques assez amples
Rotrou, Bélis. II, 9Les compliments qu'on vous fait sont infinis
Mme de Sévigné, 15 avr. 1671Cette bonne duchesse a quitté son cercle infini pour me venir voir
Mme de Sévigné, 15 mai 1689Il voit Jérusalem prise et saccagée ; un pillage effroyable et des désordres infinis
Bossuet, Hist. II, 4Les dépenses et les exactions étaient infinies
Bossuet, ib. I, 10Des ouvrages infinis remplis de doctrine et de lumière paraissent pour aider à la piété des fidèles
Massillon, Or. fun. Louis XIQue Moïse même malgré sa timidité.... ait rendu ce peuple inquiet et intraitable, docile à des préceptes pénibles et infinis
Massillon, Panég. St Franç.Les devoirs infinis d'un pénible ministère
Massillon, Or. fun. Villars.Si vous sentez ces penchants infinis qui s'opposent encore en vous à la loi de Dieu
Massillon, Carême, Prière 1On se prescrit des aumônes qui flattent la vanité et on se calme sur des restitutions infinies que la loi de Dieu nous prescrit
Massillon, Carême, Culte.
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Je serais infini, je ne finirais pas de dire, d'exposer.
Disons le même des autres exemples ; je serais infini, si j'entreprenais de les parcourir tous
Bourdaloue, Dim. de la Septuagés. Dominic. t. I, p. 374
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Fig.
Quand je ne considérerais pas, monseigneur, les infinies obligations que je vous ai
Voiture, Lett. 83- Des deux côtés mon mal est infini Corneille, Cid, I, 9
- Je croirai toutefois mon bonheur infini Corneille, Cinna, V, 3
J'aperçois Bélisaire ; opposez, Antonie, à ses vœux infinis une force infinie
Rotrou, Bélis. II, 3Je suis extrêmement touchée de sa retraite [du cardinal de Retz] ; je vous manderai comme il s'y trouvera ; il nous paraît que son courage est infini
Mme de Sévigné, 26 juin 1675- vouloir affronter des travaux infinis ? Racine, Mithrid. III, 1
Combattu par ces agitations infinies qui partagent le cœur au moment d'un changement
Massillon, Carême, Prod.La dissipation infinie où nous avons vécu nous rend l'uniformité des devoirs plus ennuyeuse
Massillon, Carême, Dégoûts.- Mes remords infinisOnt égalé mon crime et vengé mon pays Voltaire, Brut. V, 7
- Quand mes yeux, éclairés du feu de son génie,Le virent s'élever dans sa course infinie Voltaire, Fanat. I, 4
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3S. m. Ce dont la grandeur n'a point de limite ; on entend par infini non pas ce qui est actuellement sans bornes déterminées, mais ce qui ne peut pas absolument en recevoir, à quelque titre et en quelque rapport que ce soit.
Mon entendement, qui est fini, ne peut comprendre l'infini
Descartes, Rép. aux 1res obj. 5Ainsi se fait une espèce d'infini et d'éternel
Pascal, dans COUSINManque d'avoir contemplé ces infinis
Pascal, ib.L'unique ressource qui reste à l'auteur, c'est de dire qu'il peut y avoir des infinis les uns plus grands que les autres
Fénelon, t. III, p. 178Je ne puis comprendre qu'un infini réel hors de moi ait pu imprimer en moi, qui suis borné, une image ressemblante à la nature infinie
Fénelon, Exist. II, 1, Idée de l'infini.L'infini en durée est lié d'une chaîne non interrompue ; cet infini se perpétue dans l'instant même où je dis qu'il est passé ; le temps a commencé et finira pour moi, mais la durée est infinie
Voltaire, Dict. phil. Infini.L'infini ne peut se joindre au fini
Voltaire, Voyage de la Raison.Si l'on objecte qu'il y a un infini réel en géométrie, je réponds que non
Voltaire, Métaph. 3On ne doit considérer l'infini, soit en petit, soit en grand, que comme une privation, un retranchement à l'idée du fini
Buffon, Ess. arith. mor. Œuv. t. X, p. 158- Et devant l'infini, pour qui tout est pareil,Il est donc aussi grand d'être homme que soleil ! Lamartine, Harm. II, 4
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4L'idée des choses infinies, de Dieu, de l'univers illimité.
Pauvre nature humaine ! nous ne connaissons l'infini que par la douleur
Mme de Staël, Corinne, XIII, 6- Si la prière enfin de ses pleurs vous inonde,Et devant l'infini fait fléchir vos genoux Lamartine, Harm. I, 11
- Comme une goutte d'eau dans l'Océan versée,L'infini dans son sein absorbe ma pensée Lamartine, Méd. I, 28
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5Terme de mathématique. Nom donné aux quantités qui sont plus grandes que toute quantité assignable.
Dès les premiers pas qu'on fait en géométrie on trouve l'infini, et dès les temps les plus reculés des géomètres l'ont entrevu
BUFFON, Essai arithm. mor. Œuvres, t. X, p. 153
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Le calcul de l'infini, la géométrie de l'infini, nom donné autrefois à ce qu'on nomme aujourd'hui calculs différentiel et intégral.
Le terme était arrivé où la géométrie devait enfanter le calcul de l'infini, M. Newton trouva le premier ce merveilleux calcul
Rollin, Hist. anc. t. XIII, livre XXVII, chap. I, p. 134, dans POUGENS.Il [Newton] a inventé le calcul qu'on appelle de l'infini ; il a découvert et démontré un principe nouveau qui fait mouvoir toute la nature
Voltaire, Dict. phil. Newton et Descartes.
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6À l'infini, loc. adv. Sans fin, sans bornes, sans mesure. Les nombres sont divisibles ou peuvent augmenter à l'infini.
En recherchant les pères de mes pères, je ne pourrais pas continuer ce progrès à l'infini
Descartes, Rép. aux 1res obj. 5- La nature fécondeVarie à l'infini les traits de ses dessins Voltaire, Scyth. IV, 1
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À l'infini, en mathématique, signifie souvent ce qui n'existe pas. Deux parallèles ne se rencontrent qu'à l'infini, c'est-à-dire ne se rencontrent pas ; et de même une hyperbole et ses asymptotes ne se rencontrent qu'à l'infini. Une parabole est une ellipse dont le second foyer est à l'infini, c'est-à-dire n'existe pas.
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7Dans le langage ordinaire, à l'infini se prend, par exagération, pour beaucoup.
Il y a une autre sorte d'importuns.... dont le nombre.... va presque déjà à l'infini
BALZAC, liv. III, lett. 3Nous avons causé à l'infini
Mme de Sévigné, 164La Fayette est joli.... il a un beau nom, il est dans le chemin de la guerre, et a tous les amis de sa mère, qui sont à l'infini
Mme de Sévigné, 25 sept. 1689Dès lors on a bien prévu que, la licence n'ayant plus de frein, les sectes se multiplieraient jusqu'à l'infini
Bossuet, Reine d'Anglet.
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À l'infini, en retardant sans limite.
Je vous demande.... de ne point remettre à l'infini les remèdes que M. de la Rouvière veut que vous fassiez
Mme de Sévigné, 17 mars 1680
Remarque
Infini, adjectif rigoureusement négatif, n'admet aucun degré de comparaison. Pourtant, dans le style familier, en ne considérant plus infini que comme signifiant très grand, on lui a quelquefois donné des degrés de comparaison :
Synonymes
INFINI, ABSOLU. L'infini est une grandeur sans limites. L'absolu est ce qui est, en soi, complet, parfait, sans augmentation possible. L'espace infini est sans bornes ; la pureté absolue d'une liqueur est parfaite ; aucune particule étrangère n'y reste, on ne pourrait pas dire qu'elle est infinie. Ils se disent tous les deux de Dieu ; mais ils gardent leur sens propre. La puissance de Dieu est infinie ; mais sa connaissance est absolue. De plus l'absolu s'oppose au relatif, ce que l'infini ne fait pas.
Étymologie
Bourg. infigni ; provenç. infinit, enfenit ; espagn. et ital. infinito ; du lat. infinitus, de in.... 1, et finitus, fini.