Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

ivre dans le Littré

1 article· 14 citations· rimes· synonymes

ivre adj. (i-vr')

  1. 1Qui a l'esprit troublé par le vin ou une liqueur alcoolique. Il est ivre, il chancelle.

  2. 2Fig. Qui a l'esprit troublé par une passion.

    • En cela toute contraire au pauvre M. Fouquet, qui était ivre de sa faveur, et qui a soutenu héroïquement sa disgrâce Mme de Sévigné, 348
    • Dès que cette reine, ivre d'un fol orgueil, De la porte du temple aura passé le seuil Racine, Athal. V, 3
    • Ce peuple ivre de joie, et volant après lui,Le nomme son héros, sa gloire, son appui Voltaire, Tancr. V, 4
    • Cassandre, ivre d'amour, de douleur et de rage Voltaire, Olymp. IV, 1
    • Saint-Simon, ivre jusqu'à la manie de son titre de duc et pair, prétendait que l'assemblée des princes du sang, des pairs, des ducs héréditaires et des officiers de la couronne, représenterait parfaitement les parlements de la première, de la seconde et du commencement de la troisième race Duclos, Règne de Louis XIV, Œuv. t. V, p. 64, dans POUGENS
    • On était ivre du désir d'applaudir, et l'on a applaudi jusqu'à satiété Mirabeau, Collection, t. I, p. 171
    • Ivre de volupté, de tendresse et d'horreur Alfred de Musset, Poés. nouv. la Nuit de mai

Synonymes

IVRE, SOÛL. Ivre indique que l'esprit est troublé par les vapeurs de vin ; soûl, que l'on a bu jusqu'à satiété. L'homme ivre n'est pas toujours soûl ; l'homme soûl n'est pas toujours ivre ; remarquez aussi que, quand soûl est complétement synonyme d'ivre, il est du bas langage. De même au figuré : un homme est ivre de gloire, quand la gloire agit sur son esprit comme les fumées du vin ; il en est soûl, quand il a de la gloire au point d'en être rassasié, fatigué, désenchanté.

Étymologie

Berry, ébriat ; provenç. ibre, ivre ; espagn. et portug. ebrio ; ital. ebbro, ebro ; du lat. ebrius, qui vient, d'après les étymologistes latins, de e, hors, et bria, sorte de mesure : mot à mot qui est hors de la mesure. Mais ce qui rend cette étymologie peu sûre, c'est que bria est un mot probablement étranger et récent, et peut-être douteux, car on lit aussi ebria et hebria au lieu de bria. Le Berry dit ébriat, qui paraît représenter le latin ebriācus.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander