Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

jaloux dans le Littré

1 article· 57 citations· rimes· synonymes

jaloux, ouse adj. (ja-loû, loû-z')

  1. 1Qui est zélé pour, qui tient beaucoup à, qui est fort attaché à quelque chose (sens étymologique et le premier de tous, le mot venant du latin zelosus).

  2. 2Qui est peiné de ne pas obtenir ou posséder ce qu'un autre obtient ou possède.

    • Les dieux devinrent jaloux des bergers Fénelon, Tél. II
    • Ne soyez point jaloux du succès des autres Fénelon, ib. XI
    • Nos ennemis, si jaloux autrefois de nos prospérités, peuvent à peine se persuader nos malheurs et nos pertes Massillon, Carême, Mot. de conv.
    • Condé était jaloux en héros, et Louvois en ministre Voltaire, Louis XIV, 9
    • Jaloux sur une chose, qui la dispute par jalousie.

      • De tels princes ne savent que se défier de tout le monde également ; ils sont jaloux sur les moindres choses Fénelon, Tél. XXIV
    • Il se dit des choses, dans le même sens.

    • Il s'emploie dans ce sens comme substantif.

      • L'éclat de son grand nom lui fait peu de jaloux Corneille, Hor. II, 3
      • Tout mort qu'il paraissait, il fit mille jaloux Corneille, Poly. I, 4
      • C'est un bien qui me doit faire mille jaloux Molière, le Dép. III, 9
      • Nous faisions des jaloux Molière, Femmes sav. II, 2
      • Ce garçon-là fera bien des jaloux Mme de Sévigné, 102
      • Les jaloux de la France n'auront pas éternellement à lui reprocher les libertés de l'Église toujours employées contre elle-même Bossuet, le Tellier.
      • Les jaloux du crédit et des grandes richesses de Clausus tournèrent à mal les intelligences qu'il avait prises avec Rome LE P. CATROU, dans DESFONTAINES
      • Tous les jaloux de la France y donnant les mains et le souhaitant D'ARGENSON, Mém. t. II, p. 390, 1860
  3. 3Particulièrement. Tourmenté par la crainte de l'infidélité, jaloux par amour.

  4. 4Dans l'Écriture sainte, le Dieu jaloux, c'est-à-dire le Dieu qui veut être adoré seul.

    • Je suis le Seigneur votre Dieu, un Dieu jaloux, qui punis l'iniquité des pères sur les enfants jusqu'à la troisième et la quatrième génération de ceux qui me haïssent Saci, Bible, Deutér. V, 9
    • Comme il [Dieu] est beaucoup plus jaloux de nos affections que de nos respects, il est visible qu'il n'y a point de crime qui lui soit plus injurieux ni plus détestable que d'aimer souverainement les créatures, quoiqu'elles le représentent Pascal, Lett. 1er avril 1648
    • C'est du cœur qu'il [Dieu] est jaloux, et, pour ne le point irriter, on ne doit non plus partager son culte que son amour Bossuet, 2e instr. past. § 130
    • Ce Dieu jaloux, ce Dieu victorieux,Frémissez, peuples de la terre,Ce Dieu jaloux, ce Dieu victorieuxEst le seul qui commande aux cieux Racine, Esth. I, 5
    • Croyons-nous que Dieu, qui s'appelle un Dieu jaloux, soit moins sensible et moins délicat que l'homme ? Massillon, Carême, Vérit. culte.
  5. 5Fig. et poétiquement. Qui fait obstacle, qui envie. Un voile jaloux dérobait ses charmes à tous les yeux.

  6. 6Terme militaire. Qui est en jalousie, exposé aux attaques. Place jalouse, place exposée, et dont on peut facilement s'emparer.

    • Par extension, périlleux.

      • Lauzun se divertit à s'arrêter dans les endroits les plus jaloux, dès qu'il s'aperçut de la conduite de ces messieurs avec lui Saint-Simon, 149, 174
  7. 7Terme de marine, sur la Méditerranée. Qui souffre des vagues de la mer, qui roule beaucoup en parlant d'un petit bâtiment, d'une barque, etc. dont l'agitation est comparée à celle d'un jaloux. Cette barque est jalouse. Il n'y a point de bâtiments plus jaloux.

    • Il se dit également des berlines et autres voitures semblables, quand elles sont sujettes à pencher d'un côté ou de l'autre.

Proverbes

Il ne dort non plus qu'un jaloux, c'est-à-dire il ne saurait dormir. Il en est jaloux comme un gueux de sa besace. Sans les jaloux on vivrait, c'est-à-dire que, quelque chose que l'on fasse, on trouve toujours des compétiteurs et des antagonistes.

Étymologie

Bourguig. jaullou, jailou ; Berry, jaleux ; provenç. gelos, gilos ; espagn. zeloso ; portug. cioso ; ital. geloso ; du lat. zelosus (QUICHERAT, Addenda), qui vient de zelus, zèle.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander