jaloux, ouse adj. (ja-loû, loû-z')
-
1Qui est zélé pour, qui tient beaucoup à, qui est fort attaché à quelque chose (sens étymologique et le premier de tous, le mot venant du latin zelosus).
- N'attendons pas leur ordre et montrons-nous jalouxDe l'honneur qu'ils auraient à disposer de nous Corneille, Nicom. V, 9
- Vous n'avez qu'à choisir, car chacun est jalouxDe l'honneur d'être votre époux La Fontaine, Fabl. IX, 7
Combien les Romains furent jaloux de la liberté
Bossuet, Hist. III, 6Toujours vive pour ce grand prince [Louis XIV], toujours jalouse de sa gloire
Bossuet, Mar.-Thér.- Soit que son cœur, jaloux d'une austère fierté,Enviât à nos yeux sa naissante beauté.... Racine, Brit. II, 2
- Comment pouvez-vous croireQue je sois moins que vous jalouse de ma gloire ? Racine, Baj. II, 3
- Et mon père est jaloux de son autorité Racine, Iphig. III, 7
Dona Béatrix, fort jalouse du pouvoir de ses charmes, conçut un dépit mortel de n'avoir pas eu la préférence
LE SAGE, Diable boit. ch. 9, dans POUGENS- Je ne suis pas jaloux d'un si triste avantage LACHAUSSÉE, Mélanide, I, 4
-
Jaloux contre, zélé contre.
Vous trouverez des âmes recueillies, simples, mortes à elles-mêmes, qui sont jalouses contre leur amour-propre, pour donner tout à l'amour de Dieu
FÉNEL., t. II, p. 187
-
Qui a à cœur, qui est très désireux de. Je suis jaloux d'acquérir votre estime.
- Du droit de commander je ne suis point jaloux Corneille, Sertor. III, 2
- Mon esprit peu jaloux de vivre en la mémoire Voltaire, M. de Cés. III, 2
- Qu'il serve donc les grands, les flatte, les ménage....De ses honteux trésors je ne suis point jaloux,Une pauvreté libre est un trésor si doux ! A. CHÉNIER, Élégies, XVI
- Jaloux de donner à ma belleLe duplicata de mes traits,Je demande quel est l'ApelleLe plus connu par ses portraits DÉSAUGIERS, l'Atelier du peintre.
-
2Qui est peiné de ne pas obtenir ou posséder ce qu'un autre obtient ou possède.
Les dieux devinrent jaloux des bergers
Fénelon, Tél. IINe soyez point jaloux du succès des autres
Fénelon, ib. XINos ennemis, si jaloux autrefois de nos prospérités, peuvent à peine se persuader nos malheurs et nos pertes
Massillon, Carême, Mot. de conv.Condé était jaloux en héros, et Louvois en ministre
Voltaire, Louis XIV, 9
-
Jaloux sur une chose, qui la dispute par jalousie.
De tels princes ne savent que se défier de tout le monde également ; ils sont jaloux sur les moindres choses
Fénelon, Tél. XXIV
-
Il se dit des choses, dans le même sens.
Certain fat qu'à sa mine discrète Et son maintien jaloux j'ai reconnu poëte
Boileau, Sat. III- Mais pouvaient-ils tromper tant de jaloux regards ? Racine, Bajaz. I, 1
- Rome vous voit, Madame, avec des yeux jaloux Racine, Bérén. I, 5
-
Il s'emploie dans ce sens comme substantif.
- L'éclat de son grand nom lui fait peu de jaloux Corneille, Hor. II, 3
- Tout mort qu'il paraissait, il fit mille jaloux Corneille, Poly. I, 4
- C'est un bien qui me doit faire mille jaloux Molière, le Dép. III, 9
Nous faisions des jaloux
Molière, Femmes sav. II, 2Ce garçon-là fera bien des jaloux
Mme de Sévigné, 102Les jaloux de la France n'auront pas éternellement à lui reprocher les libertés de l'Église toujours employées contre elle-même
Bossuet, le Tellier.Les jaloux du crédit et des grandes richesses de Clausus tournèrent à mal les intelligences qu'il avait prises avec Rome
LE P. CATROU, dans DESFONTAINESTous les jaloux de la France y donnant les mains et le souhaitant
D'ARGENSON, Mém. t. II, p. 390, 1860
-
3Particulièrement. Tourmenté par la crainte de l'infidélité, jaloux par amour.
- Pour juste aux yeux de tous qu'en puisse être la cause,Une femme jalouse à cent mépris s'expose Corneille, Sophon. II, 1
- Un amour si tranquille excite mon courroux ;C'est aimer froidement que n'être point jaloux Molière, Fâcheux, II, 4
- Si Titus est jaloux, Titus est amoureux Racine, Bérén. II, 5
- Moi jaloux ! qu'à ce point ma fierté s'avilisse ! Voltaire, Zaïre, I, 5
- Libertin par ennui, jaloux par vanité Beaumarchais, Mar. de Fig. I, 4
-
Il se dit aussi des sentiments.
....C'est ton humeur mutine, Et trop jalouse et déplaisante à Dieu, Qui te retient pour mille ans en ce lieu [purgatoire]
La Fontaine, Féronde.- Je ne viens point ici, par de jalouses larmes,Vous envier un cœur qui se rend à vos charmes Racine, Andr. III, 4
De mille soins jaloux jusqu'alors agitée
Racine, Bajaz. II, 5- Tu sais combien de fois ses jalouses tendressesOnt pris soin d'assurer la mort de ses maîtresses Racine, Mith. I, 1
- De ce soupçon jaloux écoutez-vous l'erreur ? Voltaire, Zaïre, I, 5
- De mes transports jaloux l'injurieuse offense Voltaire, ib. IV, 3
- Conçois-tu bien l'excès de mes fureurs jalouses ? Voltaire, Fanat. II, 4
-
Substantivement. Un jaloux. Une jalouse.
- Ma jalouse en fureur n'est pas femme à souffrir.... Corneille, Médée, II, 5
- Où fuyez-vous ? -Où vous ne serez point, trop odieux jaloux Molière, D. Garc. II, 6
....Tu ne seras pas de ces jaloux affreux, Habiles à se rendre inquiets, malheureux, Qui, tandis qu'une épouse à leurs yeux se désole, Pensent toujours qu'une autre en secret la console
Boileau, Sat. XElle y vint enfin avec son jaloux, qui visita d'abord, selon sa coutume, tous les appartements, les caves et les greniers
Lesage, Diabl. boit. ch. 9, dans POUGENS- Quoi ! vous joignez encore à cet ardent courrouxLa fureur des soupçons, ce tourment des jaloux ? Voltaire, Alz. IV, 1
- Il est de faux jaloux, j'en trouve chaque jour ;Et l'amour-propre fait peut-êtreAutant de tyrans que l'amour IMBERT, Jaloux sans amour, I, 4
-
4Dans l'Écriture sainte, le Dieu jaloux, c'est-à-dire le Dieu qui veut être adoré seul.
Je suis le Seigneur votre Dieu, un Dieu jaloux, qui punis l'iniquité des pères sur les enfants jusqu'à la troisième et la quatrième génération de ceux qui me haïssent
Saci, Bible, Deutér. V, 9Comme il [Dieu] est beaucoup plus jaloux de nos affections que de nos respects, il est visible qu'il n'y a point de crime qui lui soit plus injurieux ni plus détestable que d'aimer souverainement les créatures, quoiqu'elles le représentent
Pascal, Lett. 1er avril 1648C'est du cœur qu'il [Dieu] est jaloux, et, pour ne le point irriter, on ne doit non plus partager son culte que son amour
Bossuet, 2e instr. past. § 130- Ce Dieu jaloux, ce Dieu victorieux,Frémissez, peuples de la terre,Ce Dieu jaloux, ce Dieu victorieuxEst le seul qui commande aux cieux Racine, Esth. I, 5
Croyons-nous que Dieu, qui s'appelle un Dieu jaloux, soit moins sensible et moins délicat que l'homme ?
Massillon, Carême, Vérit. culte.
-
5Fig. et poétiquement. Qui fait obstacle, qui envie. Un voile jaloux dérobait ses charmes à tous les yeux.
- Mais depuis le moment que cette frénésieDe ses noires vapeurs troubla ma fantaisie,Et qu'un démon jaloux de mon contentementM'inspira le dessein d'écrire poliment Boileau, Sat. II
- J'accuserai les vents et cette mer jalouse,Qui retient, qui peut-être a ravi Lapeyrouse A. CHÉNIER, Fragm. d'un poëme sur l'Amérique
- Temps jaloux, se peut-il que ces moments d'ivresse,Où l'amour à longs flots nous verse le bonheur,S'en volent loin de nous de la même vitesseQue les jours de malheur ? Lamartine, Méd. I, 13
-
6Terme militaire. Qui est en jalousie, exposé aux attaques. Place jalouse, place exposée, et dont on peut facilement s'emparer.
-
Par extension, périlleux.
Lauzun se divertit à s'arrêter dans les endroits les plus jaloux, dès qu'il s'aperçut de la conduite de ces messieurs avec lui
Saint-Simon, 149, 174
-
-
7Terme de marine, sur la Méditerranée. Qui souffre des vagues de la mer, qui roule beaucoup en parlant d'un petit bâtiment, d'une barque, etc. dont l'agitation est comparée à celle d'un jaloux. Cette barque est jalouse. Il n'y a point de bâtiments plus jaloux.
-
Il se dit également des berlines et autres voitures semblables, quand elles sont sujettes à pencher d'un côté ou de l'autre.
-
Proverbes
Il ne dort non plus qu'un jaloux
, c'est-à-dire il ne saurait dormir. Il en est jaloux comme un gueux de sa besace
. Sans les jaloux on vivrait
, c'est-à-dire que, quelque chose que l'on fasse, on trouve toujours des compétiteurs et des antagonistes.
Étymologie
Bourguig. jaullou, jailou ; Berry, jaleux ; provenç. gelos, gilos ; espagn. zeloso ; portug. cioso ; ital. geloso ; du lat. zelosus (QUICHERAT, Addenda), qui vient de zelus, zèle.