jouer (jou-é)
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1V. n. Se livrer à un amusement. Ne jouez pas avec ce pistolet, il est chargé. Cet enfant est allé jouer chez son petit camarade.
Laissez donc jouer un enfant et mêlez l'instruction avec le jeu
Fénelon, Éducat. filles, ch. 5
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Fig. Envoyer jouer, ne pas écouter quelqu'un.
Le galant donc.... vous investit Lucrèce, Qui ne manqua de faire la tigresse à l'ordinaire, et l'envoyer jouer
LAFONT., Mandr.
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Ce cheval joue avec son mors, il mâche son mors avec action.
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2Plaisanter, badiner.
Il ne faut point jouer avec ceux qui ont en main l'autorité royale
Retz, III, 2Il est vrai que saint Augustin l'aime trop [Paulin de Nole], et joue et subtilise sur l'amitié d'une manière qui pourrait ne pas plaire
Mme de Sévigné, 25 juin 1690Non pas, marquise ; il n'y avait pas moyen de jouer là-dessus ; car il vous enveloppait dans ses soupçons
Marivaux, Sec. supr. de l'amour, III, 8
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Jouer sur le mot ou sur les mots, faire des allusions, des équivoques sur les mots.
- Ce n'est pas quelquefois qu'une muse un peu fineSur un mot en passant ne joue et ne badine Boileau, Art p. II
Il jouait avec les mots, avec les phrases d'une façon très ingénieuse
Mme de Staël, Corinne, I, 3
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Fig. Jouer avec sa vie, avec sa santé, ne pas ménager sa vie, sa santé.
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Jouer avec la vie, ne point la regarder comme une chose sérieuse et agir en conséquence.
Il faut jouer avec la vie jusqu'au dernier moment
Voltaire, Lett. Mme du Deffant, 15 janv. 1761
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3Se divertir à un jeu quelconque. Jouer à colin-maillard, à la main chaude, aux échecs, au trictrac, à la boule, etc. Jouer avec quelqu'un, contre quelqu'un.
D'abord ils ont joué au volant ; Mme de Chaulnes joue comme vous
Mme de Sévigné, 70Nous jouions au reversis quand les lettres arrivèrent
Mme de Sévigné, 253Il [Mazarin] aimait naturellement le jeu ; mais il ne jouait que pour s'enrichir, et trompait tant qu'il pouvait pour gagner
Hamilton, Gramm. 5Je ne vous conseille pas de jouer de moitié avec moi ; je vous ferais perdre infailliblement
Dancourt, la Désolation des joueuses, sc. 3
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Jouer à quitte ou double, ou jouer quitte ou double, jouer une dernière partie par laquelle on sera acquitté de ce qu'on devait ou bien l'on devra une somme double.
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Fig. Jouer quitte ou double, risquer, hasarder tout, pour se tirer d'une mauvaise affaire.
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Jouer de son reste, jouer de ce qu'on a encore d'argent.
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Fig. Jouer de son reste, achever de consumer son bien.
J'étais en train de jouer de mon reste, lorsque, par le plus grand bonheur du monde, je suis tout à coup devenu sage
Lesage, Estev. Gonzal. ch. 31
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Jouer de son reste, signifie encore prendre un moyen extrême après lequel on n'a plus de ressource.
Toute femme qui veut à l'honneur se vouer, Doit se défendre de jouer, Comme d'une chose funeste ; Car le jeu fort décevant Pousse une femme fort souvent à jouer de tout son reste
Molière, Éc. des f. III, 2
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Enfin, jouer de son reste signifie user des dernières ressources, user de quelque chose qui va finir. Ce ministre qui est menacé, joue de son reste : il case ses amis.
Je m'en vais d'Orléans jouer de mon reste, et me mêler de vous dire encore des nouvelles : vous devinerez les auteurs
Mme de Sévigné, Lett. 11 sept. 1675Les commis des fermes, ayant déjà entendu parler des bienfaits qu'on nous fait espérer, nous font les plus horribles avanies ; ils jouent de leur reste
Voltaire, Lett. Morellet, 31 août 1755
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Jouer à cul levé, jouer chacun à son tour, le premier perdant cédant sa place à un autre, et ainsi de suite.
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Fig. Jouer à boute-hors, supplanter.
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Jouer à qui perd gagne, jouer aux dames une sorte de partie où celui-là gagne qui fait prendre le premier toutes ses dames.
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Fig. et familièrement. Jouer à qui perd gagne, se dit lorsqu'un désavantage apparent produit un avantage réel.
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À certains jeux de cartes, faire jouer, nommer la couleur dans laquelle le coup doit être joué. C'est lui qui fait jouer.
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Jouer sans prendre, ou, simplement, jouer ; et faire jouer sans prendre, ou, simplement, faire jouer, signifie obliger l'adversaire à jouer sans écarter et sans prendre de nouvelles cartes.
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Au quadrille et au tri, jouer sans prendre, jouer sans demander le roi.
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Au jeu de la bête ombrée, jouer sans prendre, faire les levées nécessaires pour gagner sans avoir écarté.
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Jouer se dit particulièrement au jeu de la bête, pour déclarer que l'on s'engage à faire les levées nécessaires pour gagner ce qui va sur le coup, ou à faire la bête.
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Substantivement. Dans cette phrase, usitée à la bouillotte : ouvrir le jouer, proposer une somme quelconque aux autres joueurs.
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Au jeu du mail, jouer au grand coup, jouer à qui poussera le mail le plus loin.
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Ne jouer que pour l'honneur, ou, activement, ne jouer que l'honneur, jouer sans intéresser le jeu.
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Jouer serré, jouer avec prudence et en évitant soigneusement de rien hasarder ; et fig. ne donner aucune prise à l'adversaire dans une discussion, dans une affaire.
Voyons venir, et jouons serré
BEAUMARCHAIS, Mar. de Fig. III, 5
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Jouer de malheur, jouer avec malheur, n'avoir point de chance au jeu.
Vous jouez d'un malheur insupportable, vous perdez toujours
Mme de Sévigné, 9 mars 1672
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Fig.
Je trouvai hier Choiseul avec son cordon, il est fort bien ; ce serait jouer de malheur de n'en pas rencontrer présentement cinq ou six tous les jours
Mme de Sévigné, 503
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On dit, dans le sens contraire, jouer de bonheur.
Il faut convenir que nous jouons d'un grand bonheur
La Bruyère, X.
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Fig. Jouer à jeu sûr, être certain du succès des moyens qu'on emploie dans une affaire.
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Jouer au plus sûr, choisir de deux expédients celui où il y a le moins de risque.
- ....Pour jouer au plus sûr,Il faut me l'amener en un lieu plus obscur Molière, Éc. des f. V, 2
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Fig. Jouer au fin, au plus fin, employer l'adresse, la finesse pour venir à bout de ses desseins.
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Fig. Jouer à, se mettre en danger de.
Ma belle-fille.... fut assez hardie pour passer une fort grande eau sur un cheval qui nagea plusieurs pas.... elle jouait à se noyer
Mme de Sévigné, 29 janv. 1690Il est certain qu'il a joué à nous brouiller ensemble
Mme de Sévigné, 8 févr. 1690
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4Absolument. Avoir l'habitude de jouer de l'argent.
C'est que je joue ; et, comme je suis fort heureux, je mets sur moi tout l'argent que je gagne
Molière, l'Av. I, 5- Elle plaint le malheur de la nature humaineQui veut qu'en un sommeil où tout s'ensevelitTant d'heures sans jouer se consument au lit Boileau, Sat. X
- Il vaut mieux s'occuper à jouer qu'à médire Boileau, ib.
- ....Autour d'un tapis vert,Dans un maudit brelan ton maître joue et perd Regnard, le Joueur, I, 2
- Je reviens aujourd'hui de mon égarement,Et ne veux plus jouer, mon père, absolument Regnard, ib. I, 7
- J'aime, je bois, je joue, et ne vois en celaRien qui puisse attirer ces réprimandes-là Regnard, Distrait, I, 6
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Donner à jouer, recevoir chez soi des joueurs. On ne donne plus à jouer dans cette maison.
Il vaut mieux jouer une tragédie que de donner à jouer à des jeux de hasard ruineux
Voltaire, Lett. de Bordes, sept. 1769
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Il jouerait les pieds dans l'eau, se dit d'un joueur déterminé.
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5Il s'emploie avec le nom de la monnaie qu'on met sur jeu.
Jouer aux écus
Dict. de l'Académie
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Jouer au dernier écu, jouer jusqu'à risquer le dernier écu qui reste dans la poche ; et fig. tout risquer.
Nous avons entendu un de nos orateurs vous proposer, si l'Angleterre faisait à l'Espagne une guerre injuste, de franchir sur-le-champ les mers, et de jouer dans Londres même, avec ces fiers Anglais, au dernier écu, au dernier homme
Mirabeau, Collect, t. III, p. 319
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6Se servir de l'instrument nécessaire pour jouer à tel ou tel jeu. Jouer du battoir, au battoir. Jouer avec une raquette. Jouer de masse.
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Jouer des gobelets, faire des tours de passe-passe avec des gobelets ; et fig. chercher à duper ceux avec qui on traite.
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Jouer des mains, badiner avec les mains, se donner des coups l'un à l'autre avec les mains.
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Jouer des mains, se dit aussi pour se battre tout de bon.
Ou s'il faudra jouer des mains Avec des peuples inhumains
Scarron, Virg. III
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Populairement. Jouer des mains, filouter.
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On dit dans le même sens : jouer de la griffe. Fig. Jouer d'adresse, user d'habileté, de ruse.
Une grosse troupe d'archers, qui me menèrent en prison, après avoir joué de la griffe chez moi et raflé mes meilleurs effets
Lesage, Guzm. d'Alfar. VI, 5Il faut jouer d'adresse
Corneille, le Ment. II, 5- Ma foi, il n'est que de jouer d'adresse en ce monde Molière, Mal. im. interm. I, sc. 6
- Voilà jouer d'adresse et médire avec art Boileau, Sat. IX
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On dit de même : jouer d'industrie.
Agathe avait le bras et la main passables, et je remarquai que la friponne jouait d'industrie pour les mettre en vue le plus qu'elle pouvait
Marivaux, Pays. parv. 5e part.
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Fig. et populairement. Jouer des jambes, courir, et surtout s'enfuir. Il se mit aussitôt à jouer des jambes.
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Jouer des mâchoires, voy. MÂCHOIRE.
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Fig. et populairement. Jouer de la poche, tirer de l'argent de sa poche pour payer.
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Jouer du pouce, faire une dépense, payer ce qui est dû.
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Jouer de la prunelle, parler des yeux, langage dont se servent deux personnes qui ne peuvent se dire ce qu'elles ont à se dire, et surtout un homme et une femme qui se font des signes d'intelligence.
- Rouge, tout interdit, jouant de la prunelle Molière, l'Étourdi, IV, 5
Agathe trouva plus de dix fois le moment de jouer de la prunelle sur moi d'une manière très flatteuse
Marivaux, Pays. parv. 2e part.
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7Se servir d'un instrument quelconque.
- Si tu ne le dis pas, je jouerai de la dague Thomas Corneille, D. Bertrand de Cigarral, IV, 2
À faire des nœuds, à tourner votre rouet pour tout amusement, et à jouer de l'éventail pour toute conversation
BOISSY, Français à Londres, sc. 5
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Jouer de l'espadon, jouer du bâton à deux bouts, etc. les manier avec adresse.
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Jouer du drapeau, le faire voltiger avec adresse.
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Fig. et populairement. Jouer des couteaux, se battre à l'épée.
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8Se servir d'un instrument de musique, en tirer des sons. Jouer du violon, de la harpe, de la flûte, du hautbois, etc.
Écrire par jeu, par oisiveté, et comme Tityre siffle ou joue de la flûte
La Bruyère, XII
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Aujourd'hui, jouer se dit de toute espèce d'instruments ; autrefois il y avait un verbe particulier pour chaque instrument, on disait : toucher du piano ou de l'orgue, pincer de la harpe ou de la guitare, donner du cor, sonner de la trompette, etc.
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9Se mouvoir, agir d'une certaine façon, en parlant des ressorts, des machines. Ce ressort joue en sens inverse de l'autre. Les pièces de cette machine jouent mal entre elles.
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Fig. Faire jouer toutes sortes de ressorts, employer tout son pouvoir, tous les moyens dont on peut disposer.
Les ressorts secrets qu'il fallut faire jouer, pour amasser de quoi fournir à cette dépense, étaient plus humiliants que l'ambassade n'était pompeuse
Voltaire, Charles XII, 7
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On dit dans un sens analogue : faire jouer l'intrigue, les intrigues.
Votre Majesté, qui a eu la bonté de me marquer la satisfaction de ma nouvelle et très mince dignité de secrétaire de l'Académie française, ne peut pas s'imaginer toutes les intrigues qu'on a fait jouer pour m'en écarter
D'ALEMBERT, Lett. au roi de Prusse, 22 août 1772
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Faire jouer les intérêts, les passions, les mettre en jeu.
L'homme injuste, qui met tout en œuvre, qui entre dans tous les desseins, qui fait jouer les passions et les intérêts, ces deux grands ressorts de la vie humaine
Bossuet, Sermons, Justice, 1
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10Avoir un mouvement libre, facile. Cette serrure ne joue pas.
L'illusion si favorable au Panthéon vient, à ce qu'on assure, de ce qu'il y a plus d'espace entre les colonnes, et que l'air joue librement autour
Mme de Staël, Corinne, IV, 2
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Terme de marine. Le vaisseau joue sur son ancre, quand il est agité par le vent et en même temps retenu par son ancre. Le gouvernail joue quand il est en mouvement. Le vent est dit jouer lorsqu'il varie souvent et rapidement. Une pièce joue quand elle est mal consolidée.
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11En termes de charpente, de menuiserie et d'ébénisterie, le bois joue quand, par suite de dilatations ou de contractions, un assemblage se dérange.
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12En termes de jardinage, on dit qu'une plante joue quand, grâce au vent ou aux insectes, les fleurs en sont fécondées par le pollen d'autres variétés, ce qui la rend hybride et lui ôte son caractère de pureté. Ces pensées ont joué. Avec tant de variétés à côté les unes des autres, vos potirons joueront.
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13Jouer, en parlant des cascades, des jets d'eau, etc. qu'on fait jaillir.
Le roi ordonna à d'Antin de lui faire voir [à l'électeur de Bavière] les jardins de Marly, et d'y faire jouer les eaux
Saint-Simon, 362, 31
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Autrefois, jouer se disait activement en ce sens. On joua les eaux.
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Lancer de l'eau. Faire jouer les pompes. Les pompes jouent.
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14Faire explosion. La mine, le fourneau joua. Quand le canon eut joué. Faire jouer une mine.
Des matelots, dans une de leurs réjouissances, s'approchèrent dans des barques sous le môle, dont l'artillerie devait les foudroyer ; elle ne joua point
Voltaire, Louis XIV, 20
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Fig.
On fait sa brigue pour parvenir à un grand poste.... l'amorce est déjà conduite, et la mine prête à jouer
La Bruyère, VIII
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15Jouer se dit des couleurs qui ont différentes nuances.
Cet oiseau [le mainate] n'est guère plus gros qu'un merle ordinaire, son plumage est noir partout, mais d'un noir plus lustré sur la partie supérieure du corps, sur la gorge, les ailes, la queue, et dont les reflets jouent entre le vert et le violet
Buffon, Ois. t. VI, p. 126
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16V. a. Exécuter les différentes combinaisons d'un jeu, d'une partie, d'un coup. Jouer tous les jeux. Jouer une partie de piquet. Jouer un coup habilement.
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À la paume, jouer une balle, pousser une balle.
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Aux échecs, jouer une pièce, la mettre à une autre case ; aux dames, jouer une dame, la pousser d'une case à une autre.
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Jouer une carte, jeter une carte. Jouer cœur, jouer carreau, etc. jouer une carte de ces couleurs.
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En ce sens, il s'emploie neutralement aussi. Jouer en carreau, en cœur, en pique.
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Au piquet, jouer bien les cartes, tirer tout le parti possible de ses cartes. Il écarte bien, mais il joue mal les cartes.
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Au jeu de trictrac. Jouer son coup, avancer deux dames du nombre des points donnés par chaque dé, ou une seule dame de la somme de ces points.
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Jouer le jeu, jouer suivant les règles du jeu. Vous ne jouez pas le jeu.
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Fig. Jouer bien son jeu, se comporter adroitement en quelque affaire, savoir bien dissimuler pour arriver à ses fins. Il a bien joué son jeu.
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Jouer un jeu, le savoir bien jouer, le jouer par préférence, être dans l'usage, dans l'habitude de le jouer.
Quel jeu jouez-vous ? est-ce le whist ? Ne faut-il ni prévoyance, ni finesse, ni habileté, pour jouer l'hombre ou les échecs ?
La Bruyère, XII
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17Hasarder au jeu. Il joua et perdit cent écus dans cette soirée.
Tel homme passe sa vie sans ennui, en jouant tous les jours peu de chose ; donnez lui tous les matins l'argent qu'il peut gagner chaque jour, à la charge qu'il ne joue point : vous le rendrez malheureux
PASCAL, Pens. IV, 2, édit. HAVET.Il me prit envie de la jouer [une jolie lanterne] pour vingt pistoles, si je trouve des femmes assez folles pour cela
Mme de Sévigné, 15 mai 1671Si deux hommes s'avisaient de jouer tout leur bien, quel serait l'effet de leur convention ? l'un ne ferait que doubler sa fortune, et l'autre réduirait la sienne à zéro ; et quelle proportion y a-t-il ici entre la perte et le gain ?
Buffon, Arithm. mor.
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Familièrement. Il jouerait jusqu'à sa chemise, c'est un joueur effréné.
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Jouer gros jeu, voy. JEU.
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On dit dans le même sens : jouer grand jeu.
Je ne permets à personne d'être fripon, mais je permets à un fripon de jouer un grand jeu : je le défends à un honnête homme
La Bruyère, VI
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Au jeu de la bouillotte, jouer le tapis, jouer la passe quand il ne reste plus de prises.
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Fig. Jouer sa vie, s'exposer témérairement.
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18Jouer quelqu'un, jouer avec quelqu'un (uniquement en parlant des jeux de paume et de volant). Je l'ai joué du battoir. Il me gagne toujours, quoiqu'il me joue par-dessous la jambe, par-dessous jambe.
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Fig. et familièrement. Jouer quelqu'un par-dessous jambe, par-dessous la jambe, avoir facilement le dessus.
- Je les aurais joués tous deux par-dessous la jambe Molière, Scapin, I, 2
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Fig. Jouer quelqu'un, le tromper, l'abuser.
- Il voit quand on le joue et quand on dissimule Corneille, Poly. V, 1
- Mettez, pour me jouer, vos flûtes mieux d'accord Molière, l'Ét. I, 4
- Qu'à son gré désormais la fortune me joue ;On me verra dormir au branle de sa roue Boileau, Épître V
- Tel vous semble applaudir qui vous raille et vous joue Boileau, Art p. I
- Mais d'un soin si cruel la fortune me joue.... Racine, Bérén. V, 2
Les députés reconnurent qu'Alcibiade les avait joués
Rollin, Hist. anc. Œuvr. t. IV, p. 19, dans POUGENS
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Jouer les deux, tromper deux personnes ou deux partis qui ont des intérêts opposés, en faisant semblant de les servir l'un contre l'autre.
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Rendre vain, inutile, en parlant des choses.
Ici vous avez joué mes accusations, ébloui vos parents, et plâtré vos malversations
Molière, G. Dand. III, 8
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19Exécuter un air, un morceau de musique sur un instrument, avec des instruments. Jouer une ouverture à grand orchestre. Jouer une contredanse. Jouer un air sur le violon, sur le piano, etc.
Avant que de chanter, il faut que je prélude un peu, et joue quelque pièce, afin de mieux prendre mon ton
Molière, Mal. im. 1er interm. sc. 4
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Absolument. Ce violoniste joue bien.
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20Représenter une pièce de théâtre. Jouer une tragédie, une comédie, un drame, un opéra. On a joué Andromaque de Racine. On jouera le Tartuffe de Molière.
- Vous jouez une pièce nouvelle aujourd'hui Molière, Impromptu, 2
On a joué à Londres une traduction de Tancrède avec un très grand succès ; la pièce m'a paru fort bien écrite
Voltaire, Lett. d'Argental, 8 juill. 1772
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Fig.
On se voit soi-même dans ceux qui nous paraissent comme transportés par de semblables objets ; on devient bientôt un acteur secret dans la tragédie, on y joue sa propre passion
Bossuet, Comédie, 4
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Absolument. Ce comédien joue fort bien.
Nous ne savons pas nos rôles ; et c'est nous faire enrager vous-même, que de nous obliger à jouer de la sorte
Molière, l'Impromptu, 1- Jouez-vous tous deux aujourd'hui ? Molière, ib. 2
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Fig. Jouer une pièce, un tour, un parti à quelqu'un, lui faire un tour ou malin ou méchant.
- L'infâme et lâche tour qu'un prince m'a joué Corneille, Nicom. III, 8
Même on lui dit qu'il jouera, s'il est sage, à ces gens-là quelque méchant parti
La Fontaine, Fabl. VIII, 18- Et tu m'oses jouer de ces diables de tours ? Molière, Sgan. 6
Sans lui, tu te serais mal trouvé de m'avoir joué cette pièce
BRUEYS, Muet, V, 10
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En ce sens, on emploie aussi neutralement jouer. Jouer d'un tour à quelqu'un, lui en jouer d'une, lui en jouer d'une bonne, faire subir à quelqu'un quelque mécompte, quelque mortification.
- Mais assemblons tous les rats d'alentour ;Je lui pourrai jouer d'un mauvais tour La Fontaine, Fabl. XII, 25
- On veut à mon honneur jouer d'un mauvais tour Molière, Éc. des femmes, V, 4
Ce bon apôtre Qui m'en veut donner d'une et m'en jouer d'une autre
Molière, l'Ét. IV, 7- Que mon maître couvert de gloireMe joue ici d'un vilain tour ! Molière, Amph. I, 1
- La fortune m'a bien joué d'un autre tour Regnard, Démocr. III, 2
En voici bien d'une autre, monseigneur, le tripot m'a joué d'un mauvais tour
Voltaire, Lett. Richelieu, 1er fév. 1773Leurs excellences européennes veulent, dit-on, se couper la gorge ; l'Anglais défie l'Allemand ; celui-ci plus rusé lui joue d'un tour de diplomate
Paul-Louis Courier, 2e lett. particulière.
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Fig. Jouer un vilain tour, avec un nom de chose pour sujet, être funeste. Cela pourrait vous jouer un vilain tour.
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21Jouer la comédie, exercer la profession de comédien.
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Absolument. Cet acteur a cessé de jouer.
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Par extension. Jouer la comédie, faire des actions plaisantes pour exciter à rire.
- Est-ce que nous jouons ici une comédie ? -Non, Monsieur, nous ne jouons pas Molière, Pourc. I, 11
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Fig. Jouer la comédie, feindre des sentiments qu'on n'a pas, chercher à paraître ce qu'on n'est pas réellement. Vous le croyez affligé, il joue la comédie.
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Fig. Jouer la douleur, jouer l'homme d'importance, feindre d'être affligé, d'être un homme d'importance.
Vous ai-je dit comme elle a joué l'affligée ?
Mme de Sévigné, 435Vous ne comprendrez combien ce que vous nous avez dit de La Plessis est plaisant, que quand vous saurez qu'il y a un mois qu'elle joue la fièvre quarte
Mme de Sévigné, 243Ce n'est presque plus le bon air que de jouer certaines frayeurs ; aussi bientôt on ne songera plus à avoir peur des chats
MONTCRIF, dans DESFONTAINESElle [la politesse exquise] a fait naître à certaines gens l'idée de jouer la grossièreté et la brusquerie pour imiter la franchise, et couvrir leurs desseins
Duclos, Consid. mœurs, ch. IIIMme de la Ferté-Imbaut, qui joue la dévotion, mais qui ne joue pas la sottise
D'ALEMBERT, Lett. à Voltaire, 15 oct. 1776S'il n'était que vicieux, je n'en désespérerais pas ; mais s'il joue les mœurs et la vertu !
Diderot, Père de famille, I, 5- Comment donc ? vous jouez la passion au mieux BOISSY, Sage étourdi, II, 5
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22Jouer un rôle, le représenter. Un tel a joué le rôle d'Oreste.
Vous voilà tous bien malades d'avoir un méchant rôle à jouer !
Molière, l'Impromptu, 1
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Fig. Jouer un rôle, figurer dans quelque affaire. Il a joué un rôle dans cette misérable intrigue. Tous ceux qui jouèrent un rôle dans cette grande révolution. Il joua un grand rôle dans ces événements.
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Jouer un grand rôle, occuper une grande place dans l'État.
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Absolument. Jouer un rôle, avoir une influence notable dans les affaires, à la cour, etc.
On fut assuré que Mlle de Hautefort ne jouerait jamais un rôle, et que l'empire de Mlle de Lafayette était solidement établi
Mme de Genlis, Mlle de Lafayette, p. 266, dans POUGENS
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Jouer un rôle, se dit quelquefois de choses personnifiées. Le rôle que joue la chimie dans les progrès de l'industrie.
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Jouer le rôle de, agir comme. En ceci il joua le rôle de compère.
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23Jouer un personnage, le représenter. Jouer les pères nobles, les ingénues. Un tel a joué Oreste.
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Fig.
L'orgueil, comme lassé de ses artifices et de ses différentes métamorphoses, après avoir joué tout seul tous les personnages de la comédie humaine, se montre avec un visage naturel et se découvre par sa fierté
LA ROCHEFOUC., Prem. pens. 11Vous êtes sur le théâtre, vous jouez un grand personnage
Mme de Maintenon, Lett. au maréchal de Tessé, 10 févr. 1706
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Fig. Jouer un mauvais personnage, un sot personnage, se comporter mal, se comporter sottement.
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Jouer un petit personnage, être dans un poste peu honorable, ou avoir peu d'influence, peu d'action.
- Que vous jouez au monde un petit personnage ! Molière, Femm. sav. I, 1
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24Jouer un conte, jouer un récit, accompagner un conte, un récit d'une sorte de mise en scène, d'une pantomime expressive.
Coulanges nous joua cela si follement et si plaisamment, qu'autant que cette scène est plate sur le papier, elle était jolie à la voir représenter
Mme de Sévigné, 504Sa gaieté, des saillies piquantes, le talent de conter et même de jouer des contes, de la malice dans le ton avec de la bonté dans le caractère
Condorcet, d'Alembert.
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25Jouer quelqu'un, le tourner en ridicule sur le théâtre, ou autrement.
Cela est bon pour toi ; mais pour moi, je ne veux pas être joué par Molière
Molière, Impromptu, 3Je pense pourtant, marquis, que c'est toi qu'il joue dans la Critique
Molière, ib. 3Je le trouve bien plaisant d'aller jouer d'honnêtes gens comme les médecins
Molière, Mal. im. III, 3- Après avoir joué tant d'auteurs différents Boileau, Épitre I
Aristophane t'a joué [Socrate] sur le théâtre, tu as passé pour un impie, et on t'a fait mourir
Fénelon, Dial. des morts anc. 15Cette petite pièce [l'Amour médecin] est d'un meilleur comique que le Mariage forcé ; elle fut accompagnée d'un prologue en musique, qui est l'une des premières compositions de Lulli ; c'est le premier ouvrage dans lequel Molière ait joué les médecins
Voltaire, Vie de Molière.
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Jouer quelqu'un, le tromper.
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Jouer une chose, s'en moquer.
Il y a beaucoup de choses qui méritent d'être moquées et jouées, de peur de leur donner du poids en les combattant sérieusement
Pascal, Prov. X
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26En parlant d'une chose, imiter une autre chose, en avoir l'apparence. Cette étoffe joue la soie.
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27Se jouer, v. réfl. Se livrer à un divertissement (ici se jouer est un verbe neutre à forme réfléchie, comme s'enfuir, s'écrier, se taire).
Si on lui baillait des poupées pour se jouer, il ne s'en offenserait pas
Guez de Balzac, 7e disc. de la cour.Ces deux rivaux un jour ensemble se jouants, Comme il arrive aux jeunes gens
La Fontaine, Fabl. X, 12- Que veut dire ceci ? nous nous jouons, je crois Molière, Mélic. I, 2
On n'est point capable de se jouer longtemps, lorsqu'on a dans l'esprit une passion aussi sérieuse que celle que je sens pour vous
Molière, Comt. d'Esc. 1Voyez comme ces petites filles se jouent rudement
Mme de Sévigné, 70Plus il cherche à se jouer innocemment, plus il se trouble et s'amollit
Fénelon, Tél. VIIOn voyait même, dans les pâturages, les loups se jouer au milieu des moutons
Fénelon, Tél. XVIICe Dieu, c'est celui qui mesure les eaux de la mer dans le creux de sa main ; qui tient entre ses mains les foudres et les tempêtes ; qui dit, et tout est fait ; qui se joue en soutenant l'univers
Massillon, Avent. Circ.- Ils font en se jouant et la paix et la guerre Voltaire, Triumv. I, 1
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Faire quelque chose en se jouant, faire quelque chose en s'amusant, sans effort.
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Dans le style élevé, se jouer se dit de choses auxquelles on attribue une sorte de dessein de se divertir.
Les divers canaux qui formaient ces îles semblaient se jouer dans les campagnes
Fénelon, Tél. IUn zéphyr léger se joue dans nos voiles
Fénelon, ib. IVCe n'est point saisir la touche de la nature que de la considérer ainsi ; les coups de pinceau dont elle se joue à la superficie fugitive des êtres, ne sont point le trait de burin fort et profond dont elle grave à l'intérieur le caractère de l'espèce
Buffon, Ois. t. IX, p. 352
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Se jouer de quelque chose, faire sans peine ce qui pour d'autres semble difficile. Il se joue de toutes les difficultés.
Il y a certaines familles qui, par les lois du monde, doivent être irréconciliables ; les voilà réunies ; et où la religion a échoué quand elle a voulu l'entreprendre, l'intérêt s'en joue et le fait sans peine
La Bruyère, VIIIUn Créqui, plus grand le jour de sa défaite que dans les jours de ses triomphes ; un Luxembourg qui semblait se jouer de la victoire
Massillon, Or. fun. Louis XI
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28Se jouer d'une chose, s'en moquer, ne pas la traiter sérieusement, la traiter d'une manière dérisoire.
- Aussi ne vois-je rien qui soit plus odieux....Que ces francs charlatans, que ces dévots de placeDe qui la sacrilége et trompeuse grimaceAbuse impunément et se joue à leur gréDe ce qu'ont les mortels de plus saint et sacré Molière, Tart. I, 6
Mes pères, c'est se jouer des paroles
Pascal, Prov. IL'autre jour, Madame et Mme de Monaco prirent d'Hacqueville, pour s'en aller courir les rues incognito.... comme Madame n'est point sur le pied d'être galante, elle se joue parfaitement bien de sa dignité
Mme de Sévigné, 19 juill. 1675- Avec quelle insolence et quelle cruautéIls se jouaient tous deux de ma crédulité ! Racine, Baj. IV, 5
Les dieux, qui se jouent des desseins des hommes, nous réservaient à d'autres dangers
Fénelon, Tél. ISouffrirez-vous, Neptune, disait-elle, que ces impies se jouent de ma puissance ?
Fénelon, ib. VIPeu de traités font mieux voir combien la religion sert de prétexte aux politiques, comme on s'en joue, et comme on la sacrifie dans le besoin
Voltaire, Ann. Emp. Ferdinand II, 1635
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Disposer de quelque chose arbitrairement et selon le caprice.
Vous vous jouiez de la vie des hommes ; vous n'aimiez personne ; qui vouliez-vous qui vous aimât ?
Fénelon, Dial. des morts mod. Louis XI, la Balue.
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Dans le style élevé et poétique, il se dit des choses qui semblent se moquer.
- La mort nous les ravit, la fortune s'en joue Corneille, Poly. IV, 3
Allez dans les hôpitaux.... là vous verrez en combien de sortes la maladie se joue de nos corps
Bossuet, Sermons, Résurr. dern. 2Semblable à un rocher escarpé qui cache son front dans les nues et qui se joue de la rage des vents
Fénelon, Tél. VIIElle sentait toujours je ne sais quoi qui repoussait tous ses efforts et se jouait de ses charmes
Fénelon, ib. VIIJe ne peux répondre que de mes sentiments ; la destinée se joue de tout le reste
Voltaire, Lett. Mme Du Deffant, 20 juillet 1751- Dans le stérile espoir d'une gloire incertaine,L'homme livre, en passant, au courant qui l'entraîneUn nom de jour en jour dans sa course affaibli ;De ce brillant débris le flot du temps se joue ;De siècle en siècle il flotte, il avance, il échoueDans les abîmes de l'oubli Lamartine, Méd. II, 5
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29Se jouer de quelqu'un, se moquer de lui. Ne voyez-vous pas qu'on se joue de nous ?
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Se jouer de quelqu'un, en faire un jouet.
Ils s'étaient flattés de n'avoir à faire qu'à un roi jeune et sans expérience, et avaient espéré de s'en jouer comme d'un enfant
Rollin, Hist. anc. Œuvr. t. VIII, p. 95, dans POUGENS
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On dit dans un sens analogue : Le chat se joue de la souris qu'il a prise, il feint de la laisser échapper pour la ressaisir aussitôt.
- Le jeune prince alors se jouerait de ma museComme le chat de la souris La Fontaine, Fabl. XII, 5
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Se jouer de quelqu'un, le décevoir, tromper ses desseins, son attente.
Ô dieux ! est-ce ainsi que vous vous jouez des hommes ?
Fénelon, Tél. IX
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Se jouer de quelqu'un, le tromper en lui donnant de belles paroles. Il m'a longtemps donné des espérances, il se jouait de moi.
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30Terme de féodalité. Se jouer de son fief, pouvoir le démembrer, et même en vendre une partie, sans qu'il fût rien dû au suzerain, pourvu qu'on retînt la foi entière et quelque droit seigneurial et domanial sur la partie aliénée.
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31Fig. Se jouer à quelqu'un, l'attaquer inconsidérément.
- Ces canailles-là s'osent jouer à moi Molière, Préc. sc. 8
Ce pauvre hère, voyant qu'il ne fallait pas se jouer à une ogresse....
PERRAULT, Contes, 46Mon père lui montra bien qu'il se jouait à plus fort que lui
Fénelon, t. XIX, p. 250Si la considération que j'ai pour la compagnie ne me retenait pas, je vous apprendrais à vous jouer à un homme de ma qualité
LE SAGE, Estev. Gonzal. ch. 32
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Il ne faut pas se jouer à son maître, il ne faut pas attaquer ou choquer un plus puissant que soi.
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On dit dans le même sens : se jouer à quelque chose.
Il ne faut pas se jouer à ce remède [la douche]
Mme de Sévigné, 21 sept. 1677Il ne se jouera plus à être malade
Mme de Sévigné, 342
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Ne vous jouez pas à cela, ne vous y jouez pas, ne soyez pas assez fou, assez téméraire pour faire cela, vous vous en repentiriez.
Pour vous écrire [au comte de Grignan], je suis votre très humble servante, je ne m'y joue pas
Mme de Sévigné, 23 avr. 1690
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On dit par forme de menace : jouez-vous-y, qu'il s'y joue.
Jouez-vous-y, je vous en prie ; vous trouverez à qui parler
Molière, G. Dandin, I, 6Qu'il s'y joue, il verra
Destouches, Phil. mar. V, 8
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32Se jouer soi-même, se faire à soi même illusion, se tromper soi-même (ici se jouer n'est plus un verbe neutre, mais est un verbe actif à forme réfléchie).
Cette pitié qui causait des larmes [au théâtre], cette colère qui enflammait et les yeux et le visage.... n'étaient que des simulacres.... tant il est aisé de nous imposer, tant nous aimons à nous jouer nous-mêmes !
Bossuet, 2e sermon, Parole de Dieu, 3
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33Se jouer, être joué, en parlant d'un jeu. Le whist se joue à quatre.
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Fig.
Examinons donc ce point, et disons : Dieu est ou n'est pas ; mais de quel côté pencherons-nous ? la raison n'y peut rien déterminer ; il y a un chaos infini qui nous sépare ; il se joue un jeu, à l'extrémité de cette distance infinie, où il arrivera croix ou pile
Pascal, Pensées, X, 1, édit. HAVET.
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34Se jouer, être joué, en parlant d'un instrument de musique, d'un morceau de musique. Ceci se joue à quatre mains. Cet instrument se joue avec la bouche, avec les doigts.
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35Se jouer, être représenté, en parlant d'une pièce de théâtre. Le Tartuffe se joue ce soir aux Français.
- Quiconque aime, aimera,Et quiconque a joué, toujours joue et jouera :Certain docteur l'a dit Regnard, le Joueur, IV, 1
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36S. m. Le bien jouer, l'action de bien jouer.
Le bien jouer à la paume ne consiste pas en l'esprit
Malherbe, Lexique, éd. L. Lalanne.
Étymologie
Wallon, jower ; bourg. jué ; provenç. jogar ; espagn. jugar ; ital. giuocare ; du lat. jocari, jouer. jocus, jeu.