Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

joug dans le Littré

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joug s. m. (jough' ; dans la campagne on prononce jou ; c'était la prononciation du XVIIe siècle, CHIFFLET, Gramm. p. 213, remarquant que le g ne se prononce jamais ; au pluriel, l's ne se lie pas ; des jough insupportables)

  1. 1Pièce de bois servant presque exclusivement à l'attelage des bœufs et des vaches.

  2. 2Dans l'ancienne Italie, pique placée horizontalement sur deux autres fichées en terre et sous laquelle on faisait passer les ennemis vaincus. L'armée romaine passa sous le joug aux Fourches Caudines.

    • Ils furent tous passés sous le joug et renvoyés chacun avec un habit seulement Rollin, Hist. anc. Œuvr. t. I, p. 521, dans POUGENS
  3. 3Fig. Sujétion qu'impose un vainqueur ou une autorité oppressive.

  4. 4Il se dit de l'empire de l'amour.

  5. 5Contrainte morale, sujétion.

    • Mon âme a secoué le joug de cent remords Corneille, Sertor. I, 1
    • Déçue par la liberté dont elle a fait un mauvais usage.... elle [l'âme] se met de tous côtés sous le joug Bossuet, la Vallière.
    • Quand on regarde la facilité incroyable avec laquelle la religion a été ou renversée ou rétablie par Henri, par Édouard, par Marie, par Élisabeth.... on est obligé de reprocher à ces peuples d'avoir été trop soumis, puisqu'ils ont mis sous le joug leur foi même et leur conscience Bossuet, Reine d'Angl.
    • Heureux qui, satisfait de son humble fortune,Libre du joug superbe où je suis attaché,Vit dans l'état obscur où les dieux l'ont caché ! Racine, Iph. I, 1
    • J'espère Qu'indocile à ton joug [le joug de Dieu], fatigué de ta loi.... Racine, Athal. V, 6
    • Le point fixe de nos lumières, c'est la foi ; on retrouve, en secouant le joug, les mêmes abîmes et les mêmes incertitudes que dans la soumission Massillon, Or. fun. Conli.
    • Vous vous êtes engagé sous un joug différent Massillon, Carême. Vocation.
    • Il est terrible de porter un joug auquel on ne s'est pas soi-même condamné Massillon, Prof. rel. Serm. 1
    • Qui sent le joug le porte avec murmure Voltaire, Nan. I, 1
    • Il se dit aussi, en bonne part, d'une contrainte salutaire.

    • Le joug du Seigneur, l'obéissance aux lois de la religion.

      • Il n'eut pas moins de soin d'examiner la vocation de ses deux vertueuses filles, qui portent le joug du Seigneur dans un des plus saints ordres de l'Église Fléchier, Lamoignon.
      • Point de joug plus doux que celui du Seigneur ; ceux qui sont à lui sont toujours contents Mme de Maintenon, Lett. à Mme de Vantadour, 18 mars 1700
    • Faire joug, se soumettre (locution qui a vieilli).

      • Il faut que mon humeur fasse joug à ta loi Régnier, Sat. X
      • Les ministres poussèrent l'inégalité de la suscription avec tout ce qui n'est point titré, et même avec les évêques, archevêques, et tout leur a fait joug Saint-Simon, 65, 88
  6. 6Bâton ou fléau d'une balance.

  7. 7Terme de marine. Bâton pour tordre les cordages de moyenne grosseur et pour serrer une ligature.

    • Ancien terme de marine. Forte pièce de bois qui, dans une galère, à la proue et à la poupe, traversait le navire et supportait par ses extrémités tout l'appareil des rames.

    • On disait aussi par corruption joup, JAL.

Étymologie

Provenç. jo ; catal. jou ; espagn. jugo ; portug. jugo ; ital. giogo ; du lat. jugum ; grec, ζύγος ; allem. Joch ; persan, iough ; sanscr. yuga ; du verbe yuj, joindre, au sens d'attacher, atteler ; latin, jungere.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander