Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

lécher dans le Littré

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lécher v. a. (lé-ché. La syllabe lé prend un accent grave, quand la syllabe qui suit est muette : je lèche, excepté au futur et au conditionnel : je lécherai, je lécherais)

  1. 1Passer la langue sur quelque chose. Lécher un plat.

    • En ce lieu où les chiens ont léché le sang de Naboth [injustement lapidé comme criminel et blasphémateur], ils lécheront ton sang Bossuet, Polit. VIII, 2, 4
    • Les lions venaient le flatter et lécher ses pieds Fénelon, Tél. II
    • Outre les cérémonies qui leur étaient communes avec les Grecs, ils avaient encore ceci de particulier, que les deux parties qui contractaient se faisaient des incisions aux bras et léchaient mutuellement leur sang Rollin, Hist. anc. Œuvr. t. VIII, p. 102, dans POUGENS
    • Il [Virgile] avait coutume de se comparer à l'ours, qui, de grossiers et difformes que sont ses petits en naissant, ne vient à bout de les rendre supportables qu'à force de les lécher Rollin, ib. liv. XXVII, ch. I, art. 2, § 2
    • Le chien meurt en léchant le maître qu'il chérit Voltaire, Disc. 4
    • Il [le duc de Russie] conduisait le tribut à pied devant l'ambassadeur tartare, se prosternait à ses pieds, lui présentait du lait à boire ; et, s'il en tombait sur le cou du cheval de l'ambassadeur, le prince était obligé de le lécher Voltaire, Mœurs, 119
    • Familièrement. On s'en lèche les doigts, c'est à s'en lécher les doigts, se dit de quelque chose excellent à manger.

    • Fig. Il n'a qu'à s'en lécher les barbes, se dit de celui qu'on sèvre de quelque avantage auquel il prétendait ; image sans doute empruntée au chat.

    • Fig. Lécher l'ours, consumer beaucoup de temps à quelque chose.

      • Que le juge se hâte ; N'a-t-il point assez léché l'ours ? La Fontaine, Fabl. I, 21
    • Fig. Lécher la poussière, s'humilier extrêmement.

      • On a regardé en face l'idole devant laquelle on avait léché la poussière Voltaire, Dial. XXIV, 14
    • Absolument.

      • Il [le cheval] tire quelquefois la langue pour lécher, mais moins fréquemment que le bœuf, qui lèche beaucoup plus que le cheval, et qui cependant est moins sensible aux caresses Buffon, Quadrup. t. I, p. 125
  2. 2Les plombiers disent que les flammes lèchent bien la chaudière lorsqu'elles l'enveloppent.

    • Par extension.

      • Des langues de feu livides et mouvantes léchaient la voûte du ciel Chateaubriand, Natch. liv. II
  3. 3Fig. Terme de peinture. Finir son ouvrage avec un soin extrême et minutieux. Ce peintre lèche trop ses ouvrages.

    • Il se dit des ouvrages d'esprit, dans un sens analogue. Il ne faut pas lécher ses écrits au point de les énerver.

  4. 4Se lécher, v. réfl. Passer sa langue sur soi.

    • Les taureaux, les vaches et les bœufs sont fort sujets à se lécher, surtout dans les temps qu'ils sont en plein repos Buffon, Quadrup. t. I, p. 217
  5. 5A lèche-doigts ou doigt, loc. adv. En se léchant les doigts de quelque chose, par le plaisir qu'on y trouve.

    • [Il] s'en donne à cœur-joie et à lèche-doigt STE-BEUVE, Nouveaux lundis, t. I, p. 54, Veuillot.
    • Particulièrement. En petites quantités, de manière qu'on puisse seulement s'en lécher les doigts, en parlant de choses qui se mangent. Ce plat est bon, mais il n'y en a qu'à lèche-doigts.

    • Fig.

      • Depuis son mariage, le duc de Noailles la voyait [Mme de Maintenon] quand il voulait, son père avec ménagement, sa mère fort à lèche-doigt Saint-Simon, 414, 192
      • Les critiques vous servent de la coloquinte à pleines corbeilles et sans mélange, pour le miel vous ne l'aurez qu'à lèche-doigt Lett. d'un Savoyard, dans DESFONTAINES
  6. 6Populairement et bassement. Un lèche-cul, un vil flatteur, un homme trop soumis.

Étymologie

Berry, licher, lèche-doigt, la moindre parcelle : il a mangé toute sa soupe et n'en a pas laissé lèche-doigt ; picard, léker ; bourguig. lochai ; wallon, lèchî ; provenç. lecar, lechar ; ital. leccare ; du germanique : anc. h. allem. lecchôn ; anglo-sax. liccian ; angl. to lick ; allem. lecken ; comparez le celtique (irlandais) ligh, lécher, le lat. lingere, et le sanscrit lih.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander