Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

languir dans le Littré

1 article· 38 citations· rimes· synonymes· conjugaison

languir v. n. (lan-ghir)

  1. 1Être dans un état de maladie lente. Il est phthisique, il y a plusieurs mois qu'il languit.

  2. 2Souffrir de la continuité de quelque mal autre que la maladie. On le fit languir dans les supplices. Tuez tout de suite cet animal, ne le faites pas languir.

  3. 3Être en proie à de continuelles et énervantes peines de l'esprit, de l'âme. Languir d'ennui.

  4. 4Fig. Être dans un état d'humiliation, de faiblesse, comparé à une maladie de langueur.

  5. 5Il se dit des végétaux qui ne sont pas en bon état, qui poussent faiblement. Ces arbres languissent faute d'eau.

    • La nature languit, toutes choses languissent pendant l'hiver, c'est-à-dire la nature est comme engourdie pendant l'hiver.

  6. 6Souffrir du mal d'amour.

    • Il se dit, dans le même sens, de l'expression du regard.

      • Ses grands yeux noirs qui languissaient, en brillant doucement d'un feu tendre Voltaire, Zadig, 13
  7. 7Manquer de force, de vivacité, en parlant des ouvrages d'esprit. Ces vers languissent. Les derniers actes languissent. L'intérêt languit.

    • Nous ne pouvons rien, faibles orateurs, pour la gloire des âmes extraordinaires ; le sage a raison de dire que leurs seules actions les peuvent louer ; toute autre louange languit auprès des grands noms Bossuet, Louis de Bourbon.
    • Notre style languit dans un remerciement Boileau, Ép. VIII
    • Dans un sens analogue. La conversation languissait, personne ne soutenait la conversation, on la laissait tomber.

      • Il s'en faut beaucoup que la conversation ne languisse ; Corbinelli y tient bien sa place Mme de Sévigné, 19 juin 1680
    • Les nouvelles, les plaisirs languissent, il y a peu de nouvelles importantes, il y a peu de divertissements.

    • N'être pas couru, en parlant d'un prédicateur.

      • Le grand Bourdaloue, qui faisait languir l'année passée le P. de la Tour, le P. de la Roche, même M. Anselme qui brille à Saint-Paul [célèbres prédicateurs d'alors] Mme de Sévigné, 28 mars 1689
  8. 8Être dans un état de langueur, en parlant des choses, ne pas se faire, ne pas marcher.

    • L'affaire languit, elle traîne en longueur.

      • Tout cela me donne une bonne espérance de l'affaire des Sirven, quoiqu'elle languisse beaucoup Voltaire, Lett. Damilav. 4 déc. 1767
  9. 9Attendre avec impatience.

    • Ne me fais plus languir, dis promptement Corneille, Théod. IV, 2
    • Savez-vous que votre souvenir fait ici la fortune de ceux que vous en favorisez ? les autres languissent après Mme de Sévigné, 23
    • Je languis après les jours de poste Mme de Sévigné, 32
    • Pendant qu'on ne craint pas de faire misérablement languir des marchands et des ouvriers Bossuet, Sermons, Justice, 1
    • Ne faites point languir une si juste envie Racine, Brit. V, 2
    • Sa bonté [d'une dame] ne fit pas languir son nouvel amant Hamilton, Gramm. 8
    • Tu as mis ta vengeance en mes mains, je ne dois pas la faire languir Montesquieu, Lett. pers. 159
    • Familièrement. Languir de, languir que, souhaiter beaucoup. Je languis d'avoir de vos nouvelles.

      • Je languis bien que cette retraite à Saint-Cyr soit finie Mme de Maintenon, Lett. à Mme de St-Géran, 12 mars 1696

Étymologie

Provenç. languir ; ital. languire ; du lat. Languēre ; comparez λαγγάζω, λογγάζω, être long, tarder, languir ; longus paraît s'y rattacher.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander