larme s. f. (lar-m')
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1Goutte d'humeur limpide qui sort de l'œil et dont la cause est ou une action physique ou une émotion morale.
- Et mon trépas aura des larmesDe quiconque aura de l'amour Malherbe, V, 20
Les larmes lui tombent des yeux à grands flots
Vaugelas, Q. C. VI, 9- Moi-même en cet adieu j'ai les larmes aux yeux Corneille, Hor. II, 8
- Quand pourra mon amour baigner avec tendresseTon front victorieux de larmes d'allégresse ? Corneille, Hor. IV, 2
- Un soupir, une larme à regret épandue Corneille, Poly. II, 2
Elle [une pièce] ne va pas jusqu'à tirer des larmes
Corneille, Nicom. Examen.- Pour me voir maintenant demander avec larmesCe que j'ai mérité par le sang et les armes MAIRET, Sophon. IV, 5
Ces soupirs ridicules et ces larmes niaises ont fait rire tout le monde
Molière, Critique, 7Non, ce n'est pas toujours de tristesse que l'on pleure ; il entre bien des sortes de sentiments dans la composition des larmes
Mme de Sévigné, 11 sept. 1680Monsieur le Prince [Condé] eut cette consolation en mourant [d'obtenir le retour du prince de Conti à la cour] ; mais jamais une joie n'a été noyée de tant de larmes
Mme de Sévigné, 13 déc. 1686Je fus accablée de tous côtés de ses louanges [données à un de ses amis], et, suivant ma bonne coutume, les grosses larmes me tombaient des yeux
Mme de Sévigné, 19 juill. 1690Que votre amitié trop tendre ne vous fasse pas jeter des larmes que votre raison doit condamner
Mme de Sévigné, 30 nov. 1689Pour nous à qui Dieu par sa grâce a révélé ses vérités, nous avons lu dans ses Écritures qu'il y a un temps de pleurer et une mesure de larmes ; que le soleil, qui ne doit jamais se coucher sur notre colère, ne doit pas se coucher plus de sept fois sur notre affliction
Fléchier, Lamoignon.- Combien à vos malheurs ai-je donné de larmes ! Racine, Andr. I, 1
[Les flatteurs vous diront] Qu'aux larmes, au travail le peuple est condamné, Et d'un sceptre de fer veut être gouverné
Racine, Ath. IV, 3- Vos larmes, que ma main pouvait seule arrêter Racine, Bajaz. II, 5
- Périsse le Troyen auteur de nos alarmes. -Sa perte à ses vainqueurs coûtera bien des larmes Racine, Iph. II, 3
- Je ne viens point ici, par de jalouses larmes.... Racine, Andr. III, 4
- Triste, levant au ciel ses yeux mouillés de larmes Racine, Brit. II, 2
- Et les larmes du juste implorant son appuiSont précieuses devant lui Racine, Esth. III, 3
- Qui changera mes yeux en deux sources de larmesPour pleurer ton malheur ? Racine, Athal. III, 7
Sans jeter une seule larme
La Bruyère, XIJe l'arrosai de mes larmes sans lui répondre
Fénelon, Tél. IIINous ne pûmes retenir nos larmes
Fénelon, ib. VIIl versa sur lui des larmes pieuses
Fénelon, ib. XVIIIl versait des larmes amères
Fénelon, ib. XX[à la mort du Dauphin] M. le duc de Bourgogne pleurait d'attendrissement et de bonne foi, avec un air de douceur, des larmes de nature, de religion, de patience ; M. le duc de Berry, tout d'aussi bonne foi, en versait en abondance, mais des larmes pour ainsi dire sanglantes, tant l'amertume en paraissait grande ... Mme la duchesse de Bourgogne consolait aussi son époux, et y avait moins de peine qu'à acquérir le besoin d'être elle-même consolée.... quelques larmes, amenées du spectacle, et souvent entretenues avec soin, fournissaient à l'art du mouchoir, pour rougir et grossir les yeux
Saint-Simon, 293, 343Que de larmes vont couler ! Je n'en doute pas, repartit Asmodée ; mais il y en aura bien de commande
Lesage, Diabl. boit. ch. 13, dans POUGENS- Vaincu par la beauté, désarmé par les larmes Voltaire, Orphel. III, 4
Les larmes sont le langage muet de la douleur
Voltaire, Dict. phil. Larmes.- Nul de nous n'a vécu sans connaître les larmes Voltaire, Loi nat. part. 3
- Leurs yeux étaient remplis de ces heureuses larmes,De ces larmes qui font les plaisirs des amants Voltaire, Henr. IX
Mme d'Épinay reçoit des lettres charmantes de M. de Voltaire ; il disait en l'une des dernières que le diable avait assisté à la première représentation de Tancrède sous la figure de Fréron, et qu'on l'avait reconnu à une larme qui lui était tombée des loges sur le bout du nez, et qui avait fait pish comme sur un fer chaud
Diderot, Lettres à Mlle Voland.Aussi tous mes sujets, les larmes dans les yeux, Porteront à l'envi vos vertus jusqu'aux cieux
Ducis, Roméo, IV, 2- Elle entendra mes pleurs, elle verra mes larmes André Chénier, Élég. 22
Les reines ont été vues pleurant comme de simples femmes, et l'on s'est étonné de la quantité de larmes que contiennent les yeux des rois !
Chateaubriand, Atala, le Drame.- De l'œil des rois on a compté les larmes,Les yeux du peuple en ont trop pour cela Béranger, Ém. Debraux.
C'est ta jeunesse et tes charmes Qui m'ont fait désespérer, Et, si je doute des larmes, C'est que je t'ai vu pleurer
Alfred de Musset, Nuit d'octobre.- Une larme en dit plus que tu n'en pourrais dire ;Une larme a son prix, c'est la sœur d'un sourire Alfred de Musset, Idylle.
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Larmes se dit avec pleurer.
Je voudrais, ma bonne, que vous fussiez venue avec moi après dîner [à une lecture que Corneille fit de sa Pulchérie].... vous auriez peut-être pleuré une petite larme, puisque j'en ai pleuré plus de vingt
Mme de Sévigné, 15 janv. 1772J'ai vu Briolle, qui m'a fait pleurer les chaudes larmes par un récit naturel et sincère de cette mort [du prince de Condé]
Mme de Sévigné, 13 déc. 1686
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Rire aux larmes, rire jusqu'à ce que les yeux en pleurent, rire beaucoup.
Cette sottise a fait rire M. de Chaulnes et d'Arrouy jusques aux larmes
Mme de Sévigné, 77Nous avons ri aux larmes de votre madame de la Charse et de Philis sa fille aînée âgée de trente-neuf ans
Mme de Sévigné, 215
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Faire venir les larmes aux yeux, exciter un attendrissement qui va jusqu'aux larmes.
Leur contenance triste me fit venir les larmes aux yeux
Mme de Sévigné, 190
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On dit dans un sens analogue : Les larmes lui viennent aux yeux.
Les larmes lui vinrent aux yeux
Fénelon, Tél. XI
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Fig. Des larmes de sang, se dit pour exprimer un très violent chagrin.
- Pourvu qu'Adélaïde, au désespoir réduite,Pleure en larmes de sang l'amant qui l'a séduite Voltaire, Adél. du Guesclin. IV, 5
- Pleure en larmes de sang ta lâcheté funeste M. J. CHÉN., Gracques, III, 12
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Pleurer à chaudes larmes, être tout en larmes, fondre en larmes, se noyer dans les larmes, pleurer abondamment.
Je reçois vos lettres comme vous avez reçu ma bague : je fonds en larmes en les lisant
Mme de Sévigné, 15Je la trouvai tout en larmes
Mme de Sévigné, 419Si l'on ne glissait pas dessus, on serait toujours en larmes
Mme de Sévigné, 24Ses valets de chambre [de Turenne], ses laquais, ses pages, ses trompettes, tout était fondu en larmes et faisait fondre les autres
Mme de Sévigné, 28 août 1675Tout s'attendrissait, tout fondait en larmes
Fléchier, Dauph.
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S'abreuver de larmes, vivre dans les larmes, vivre de larmes, pleurer sans cesse, vivre dans la douleur, dans l'affliction.
- Me nourrissant de fiel, de larmes abreuvée Racine, Phèdre, IV, 6
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Sécher, essuyer ses larmes, se consoler.
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Essuyer les larmes de quelqu'un, calmer son affliction, le consoler.
- Dans une heure au plus tard vous essuierez ses larmes Corneille, Poly. I, 1
- On craint qu'il n'essuyât les larmes de sa mère Racine, Andr. I, 4
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Mêler ses larmes à celles de quelqu'un, partager sa douleur, s'affliger avec lui.
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Avoir recours aux larmes, pleurer pour fléchir, pour attendrir celui qu'on supplie.
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Avoir des larmes dans la voix, avoir une voix qui, dans les moments d'attendrissement, fait partager l'émotion.
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Terme de théâtre. Avoir des larmes, savoir pleurer.
Mademoiselle Sainval, comme je vous l'ai dit, me demande à jouer Olympie ; si elle a ce qu'on n'a plus au théâtre, c'est-à-dire des larmes, de tout mon cœur
Voltaire, Lett. d'Argental, 11 avril 1767
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Avoir le don des larmes, pleurer à volonté.
- Je crois vous avoir déjà ditQu'il donnait des pleurs à créditEt qu'il avait le don des larmes Scarron, dans le Dict. de BESCHERELLE.
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Il signifie aussi pleurer de façon à faire pleurer les autres.
On me mande qu'elle [une actrice] joue avec beaucoup d'intelligence et de vérité, mais qu'elle n'est pas d'une figure agréable et qu'elle n'a pas le don des larmes
Voltaire, Lett. Richelieu, 27 mai 1767
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La larme à l'œil, en versant quelques larmes.
La larme à l'œil, le regret dans le cœur, la confusion sur la face, il [un pécheur] vient crier miséricorde
Bossuet, 1er sermon, Pâques, 2Le 23, le duc de Bourgogne fit assassiner le duc d'Orléans, et le lendemain assista à ses funérailles la larme à l'œil, et portait un des coins du drap mortuaire
ST-FOIX, Ess. Paris, Œuv. t. V, p. 192, dans POUGENS
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Familièrement. Avoir toujours la larme à l'œil, s'attendrir très facilement, ou affecter une grande sensibilité.
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Fig. Larmes de crocodile, larmes hypocrites, répandues dans le dessein de tromper, comme la fable raconte que le crocodile feint de gémir pour attirer sa proie.
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Fig. et poétiquement. Les larmes de l'aurore, la rosée.
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2Physiologiquement. Humeur excrémentitielle qui est sécrétée par la glande lacrymale, lubrifie le globe de l'œil, en facilite les mouvements dans l'orbite, et qui n'a avec l'expression des émotions qu'un rapport secondaire.
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3Espèce de symbole destiné le plus souvent aux monuments funèbres, lequel a la forme d'une larme. Un drap mortuaire semé de larmes.
- Venez tous ! soit qu'au sein des jeux et des alarmes,Votre écu de Milan porte le vert dragon,Le manteau noir d'Agra semé de blanches larmes.... Victor Hugo, Odes, IV, 12
- ....J'ai, faible et plein d'alarmes,Vu trois fois un drap noir semé de blanches larmesTendre ce corridor Victor Hugo, F. d'aut. 6
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En larme ou en larmes, en forme de larmes.
Les ailes sont noires aussi, mais marquetées, avec assez de régularité, de taches d'un blanc obscur arrondies et en larmes
Buffon, Ois. t. XIII, p. 111
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Terme d'architecture. Larmes ou campanes, ornements qui pendent en forme de clochettes sous la corniche dorique et sous d'autres membres. On dit plus ordinairement goutte.
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4Familièrement et par similitude. Une goutte, une petite quantité d'un liquide. Donnez-moi une larme de vin.
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5Suc qui coule de plusieurs arbres ou plantes, soit naturellement, soit quand on les taille. Les larmes de la vigne.
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Larmes de sapin, liqueur qui s'amasse entre l'écorce et le bois de sapin et qui a l'odeur de la térébenthine.
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6Larmes de cerf, liqueur épaissie dans deux fentes que le cerf a au-dessous des yeux, et qui sont les ouvertures des larmiers.
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7Terme de pharmacie. Petite masse arrondie de substance molle ou peu dure. Manne en larmes.
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8Larmes-de-verre, ou larmes bataviques, petites masses de verre en fusion qu'on a laissées tomber dans l'eau froide et qui, par suite d'un refroidissement inégal, dû à la mauvaise conductibilité du verre pour le calorique, deviennent telles que, si l'on vient à casser la queue, la tête se met en poussière ; c'est là le phénomène qui excitait l'admiration des physiciens au XVIIe siècle.
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Larmes volcaniques, masses de matières vitreuses, affectant des formes plus ou moins arrondies.
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9Terme de chasse. Larmes de plomb, petit plomb pour tirer les petits oiseaux.
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10Larme-de-Job, un des noms vulgaires du coïx larme (graminées), dit aussi larmilles, larmier et herbe à rosaire, dont les fruits renferment une semence grosse comme un pois, d'un beau poli et de couleur jaunâtre, tirant sur un brun rouge. C'est aussi le nom du staphylier pinné ou à feuilles ailées, appelé encore patenôtrier.
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Larme-du-Christ, le grémil.
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11La Sainte Larme de Vendôme, relique célèbre dans le moyen âge conservée à Vendôme.
Synonymes
LARMES, PLEURS. Pleurs n'est synonyme de larmes qu'au pluriel. Un pleur, d'ailleurs usité seulement dans le style biblique et le style élevé, signifie lamentations ; et, au pluriel, il retient quelque chose de cette signification : Elle entendra mes pleurs, elle verra mes larmes, dit A. Chénier cité plus haut. Larme est proprement l'humeur limpide qui humecte les yeux, quelle que soit la cause qui la fasse couler. Pleurs indique toujours une émotion, et presque toujours une émotion triste. L'oignon coupé ou épluché fait venir des larmes dans les yeux et non des pleurs.
Étymologie
Wallon, lâme ; namur. lârme ; provenç. lacrima, lacrema, lagrema ; catal. llagrima ; esp. et ital. lagrima ; du lat. lacryma, lacruma, anc. forme dacrima, congénère avec le grec δάϰρυ ; comparez le gothique tagr, larme ; anc haut allem. zahar ; angl. tear ; et le celtique : kimry, daigr, dagar ; bas-bret. daérawen.