Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

lie dans le Littré

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1lie s. f. (lie)

  1. 1Ce qu'il y a de plus grossier dans une liqueur et qui va au fond.

    • Fig. Boire le calice jusqu'à la lie, souffrir une humiliation, une douleur, un malheur dans toute son étendue.

    • On a dit dans un sens analogue : tirer jusqu'à la lie.

      • Je veux parler aussi de Mme la duchesse de la Vallière : la pauvre personne a tiré jusqu'à la lie de tout, elle n'a pas voulu perdre un adieu ni une larme Mme de Sévigné, au comte de Guitaut, avril 1674
    • Fig.

      • Ne faut-il pas avoir avalé jusqu'à la lie le breuvage d'assoupissement que boivent les prophètes de mensonge, et s'en être enivré jusqu'au vertige, pour annoncer au monde de tels prodiges ? Bossuet, Var. XIII, § 20
    • Fig. La lie, la décadence du corps et de l'esprit dans la vieillesse.

      • Pour moi, je ne suis plus bonne à rien ; j'ai fait mon rôle, et, par mon goût, je ne souhaiterais jamais une si longue vie ; il est rare que la fin et la lie n'en soit humiliante Mme de Sévigné, à M. de Moulceau, 10 janv. 1696
      • Ah ! ma bonne, que la lie de l'esprit et du corps [la décadence de la vieillesse] est humiliante à soutenir ! Mme de Sévigné, 15 août 1685
      • Je le [Dieu] remercie de l'envie qu'il me donne de m'y préparer [à la mort] tous les jours, et même de ne pas souhaiter de tirer jusqu'à la lie Mme de Sévigné, ib. le jour des Rois 1687
      • Il faut épargner le temps de la jeunesse ; celui qui reste au fond n'est pas seulement le plus court, mais le plus mauvais et comme la lie de tout l'âge Bossuet, Pensées chrét. et mor. 31
    • Fig. Boire la lie de son vin, accepter les inconvénients pour les avantages.

      • Notre position, qui était si heureuse, est devenue tout à fait désagréable ; il faut quelquefois savoir boire la lie de son vin Voltaire, Lett. Florian, 16 avril 1767
  2. 2Lie de vin, composé de couleur rouge qui se sépare du vin et se dépose dans les vases où il est contenu.

    • Sorte de couleur d'un rouge foncé. Il porte à la face une tache couleur de lie de vin, ou couleur lie de vin, ou, simplement, une tache lie de vin.

  3. 3Fig. La lie du peuple, la plus vile et la plus basse populace.

    • Bien que cette partie [les manouvriers] soit composée de ce qu'on appelle mal à propos la lie du peuple, elle est néanmoins très considérable par le nombre et par les services qu'elle rend à l'État VAUBAN, Dîme, p. 90
    • Je ne suis pas d'une famille noble de Murcie, mais je ne suis pas non plus de la lie du peuple LE SAGE, Est. Gonz. ch. 54
    • Il n'y a point de lie aux yeux de Dieu ; devant lui tous les hommes sont égaux Voltaire, Pyrrhon. hist. ch. 28
    • La lie du genre humain, la lie des nations, les hommes les plus corrompus, des hommes très vils et très méchants.

Étymologie

Wall. lize ; bas-lat. fecla sive lias vini, dans un manuscrit de Bambert du Xe siècle, f° 17, recto ; angl. lees au pluriel. Origine inconnue. On a indiqué le bas-breton li, lie, de léit, vase, boue. Scheler parle du gothique ligan, frison liga, angl. to lie, être gisant, qui aurait donné lie, comme sedere a donné sédiment. Il indique aussi le latin lix, cendre, lessive, qui, produisant une forme rustique, liqua ou lica, aurait produit aussi lie. Jusqu'à présent, on n'a que des hypothèses. Le mot est très ancien, puisqu'il se trouve dans un manuscrit du Xe siècle.

2lie adj. (lie)

  1. Vieux mot qui signifie joyeux, usité seulement dans cette locution : faire chère lie, faire bonne chère avec gaieté.

    • Là, vivant à discrétion, La galande fit chère lie La Fontaine, Fabl. III, 17

Étymologie

Provenç. lat, joyeux ; espagn. ledo ; ital. lieto ; du lat. lætus. Dans l'ancien français, lié au masculin, et lie au féminin signifie joyeux : faire chère lie, c'est faire une mine joyeuse, une bonne mine, un bon accueil ; puis le sens s'est dévié en bonne chère, la bonne chère étant un genre de bon accueil.

3lie s. f. (lie) supplément

  1. Anciennement lie et passerie, le même que passerie (voy. ce mot).

    • Il y a la Bigorre, qui est la voisine de l'Aragon ; j'ai eu l'honneur de vous mander qu'il y a un traité de lies et passeries qui fait que les habitants des deux frontières se fournissent réciproquement les choses dont ils ont besoin BOISLISLE, Corresp. contrôl. gén. des finances, p. 395, 1695

Étymologie

Lie viendrait-il du verbe lier ?

4lié, ée part. passé (li-é, ée)

  1. 1Attaché avec des cordes. Lié et garrotté. On l'a mené pieds et poings liés.

    • Chicaneau : J'irais trouver mon juge, et lui dirais.... Liez-moi. - La comtesse : Monsieur, je ne veux point être liée Racine, Plaid. I, 7
    • Fig. Pieds et poings liés, à merci, sans résistance.

      • Il demeura ferme dans sa résolution [de demander une dame en mariage] ; et Killegrew, cédant à ses importunités, fut offrir son cousin pieds et poings liés à la victorieuse Warmestré Hamilton, Gramm. 9
    • Entrez, nos chiens sont liés, se dit à ceux qui hésitent à entrer dans une maison.

    • Terme de blason. Se dit des cercles de tonneaux, quand l'osier qui les tient est d'un autre émail. Se dit aussi de ce qui est joint, attaché et accouplé par un lien, un cordon ou un ruban.

    • Fig. Mains liées, impossibilité d'agir. Il a les mains liées.

    • Fig. Langue liée, silence imposé.

      • La cour n'en jugea pas de même ; mais la crainte tenait toutes les langues liées et muettes Rollin, Hist. anc. Œuv. t. VIII, p. 13, dans POUGENS
  2. 2Joint par quelque substance qui s'incorpore. Une sauce bien liée.

    • Du côté de la digue ils avaient dressé des tours sur le mur qui était d'une hauteur extraordinaire, et large à proportion, tout bâti de grandes pierres liées ensemble avec du plâtre Rollin, Hist. anc. Œuv. t. VI, p. 279, dans POUGENS
  3. 3Joint par des traits qui unissent. Des lettres mal liées.

    • Terme de paléographie. Lettres liées, celles qui sont unies ensemble, sans perdre aucun de leurs traits, et de manière que la forme de chacune soit entièrement conservée.

  4. 4Terme de marine. La lame est liée, se dit quand les vagues se suivent en lignes continues, en belles nappes à larges plis.

  5. 5Fig. Enchaîné par des rapports grammaticaux, logiques, nécessaires. Parties d'une harangue liées avec beaucoup d'art. Ces pensées ne sont point liées.

    • Le plus dangereux, le plus pernicieux de tous [les systèmes] est celui de Spinosa ; ... son système d'athéisme est mieux lié, mieux raisonné mille fois que ceux de Straton et d'Épicure Voltaire, Dict. phil. Liberté d'imprimer.
    • Tout est lié dans le système du monde : le cours des fleuves tient aux révolutions, soit journalières, soit annuelles de la terre Raynal, Hist. phil. VII, 16
  6. 6Qui a connexion.

    • Je suis toujours attristée, ma fille, quand quelqu'une de vos lettres s'égare ; cela me fait perdre le fil d'une conversation qui était toute liée, et qui fait ma joie et mon divertissement Mme de Sévigné, 14 sept. 1689
    • La tolérance civile, c'est-à-dire l'impunité accordée par le magistrat à toutes les sectes, dans l'esprit de ceux qui la soutiennent est liée avec la tolérance ecclésiastique Bossuet, 6e avert. III, 11
    • La destinée du monde était liée à celle de cette princesse ; chacun croyait voir en elle la fin des misères publiques et particulières Fléchier, Marie-Thér.
    • L'histoire de notre princesse n'est pas liée à celle du siècle ; elle n'a nulle part à la guerre ni à la paix des nations Fléchier, Dauphine.
    • La querelle des Grecs à la sienne est liée Racine, Andr. IV, 6
  7. 7La partie est liée, se dit de toute affaire convenue, et, particulièrement, d'un duel.

    • La proposition [d'un duel] fut acceptée ; voilà la partie bien liée, le lieu pris, l'heure marquée, le secret recommandé Mme de Sévigné, 28 juill. 1682
    • Jamais partie ne fut si bien liée Saint-Simon, 274, 208
    • Terme de jeu. Jouer en parties liées, jouer avec cette convention qu'il faille gagner deux parties sur trois ou deux parties de suite pour avoir l'enjeu.

  8. 8Fig. Uni moralement d'affection, d'intérêt, etc.

    • Les hommes se sentent liés par quelque chose de fort, lorsqu'ils songent que la même terre qui les a portés et nourris étant vivants, les recevra en son sein quand ils seront morts Bossuet, Polit. I, II, 3
    • Cet homme est lié avec Mme de Nogaret, qui est fort zélée contre le quiétisme Mme de Maintenon, Lett. au card. de Noailles, 7 sept. 1697
    • Dans quels ravissements, à votre sort liée,Du reste des mortels je vivrais oubliée ! RACINE, Phèdre, v, 1
    • Moi qui ne vous aime que davantage, qui ne m'en sens que plus liée à vous Marivaux, Marianne, 6e part.
    • On est tout d'un coup lié avec les gens qui ont le cœur bon, quels qu'ils soient Marivaux, ib. 9e part.
    • Son père le pape [Alexandre VI] et lui [César Borgia] réussirent par l'empoisonnement et le meurtre ; et le bon roi Louis XII avait été longtemps lié avec ces deux hommes sanguinaires, parce qu'il avait besoin d'eux Voltaire, Ann. Emp. Maximilien, 1503
    • Je fus bientôt lié dans toute la finance Duclos, Œuv. t. VIII, p. 105
  9. 9Astreint, obligé. Lié par une promesse formelle.

    • Zadig ne savait encore s'il avait à faire au plus fou ou au plus sage de tous les hommes ; mais l'hermite parlait avec tant d'ascendant que Zadig, lié d'ailleurs pas son serment, ne put s'empêcher de le suivre Voltaire, Zadig, 20
    • Terme de pratique. Engagé. Lié de mariage. Femme liée de mari.

  10. 10Terme de banque. Contrat lié, engagement envers le porteur d'une lettre de change acceptée par celui sur qui elle est tirée.

    • En matière de lettre de change, il n'y a contrat lié envers le porteur, que par l'acceptation du tiré Gaz. des Trib. 1874, p. 373, 1re col.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander