Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

lire dans le Littré

1 article· 47 citations· rimes· synonymes· conjugaison

lire v. a. (li-r')

  1. 1Connaître les lettres et savoir les assembler en mots. Cet enfant commence à lire des phrases. Une écriture malaisée à lire.

    • Suivant l'opinion commune, moins les yeux ont de la peine à lire un ouvrage, plus l'esprit a de liberté à en juger PELLISSON, Hist. Acad. t. I, p. 26
    • Absolument. Cet enfant apprend à lire. Il ne sait ni lire ni écrire. Cet enfant lisait à quatre ans.

      • On donnera le livre à un homme qui ne sait pas lire, et on lui dira : lisez, et il répondra : je ne sais pas lire Saci, Bible, Isaïe, XIX, 12
      • Son visage était triste et beau ; à la lueur de mon flambeau, Dans mon livre ouvert il vint lire Alfred de Musset, Poés. nouv. Nuit de décembre.
      • Par exagération. Ne pas savoir lire, être fort ignorant.

        • Nous recevons aujourd'hui [à l'Académie française] l'évêque de Limoges qui ne sait pas lire, et Batteux qui ne sait pas écrire, mais en revanche nous avons un directeur qui sait lire et écrire, qui s'en pique du moins D'Alembert, Lett. à Volt. 9 avr. 1761
      • Lisez, se met dans les errata pour indiquer ce qu'il faut lire en place de ce qui est fautif.

        • Cet homme faisait imprimer un petit code de persécution, intitulé : l'Accord de la religion et de l'humanité ; c'est une faute de l'imprimeur ; lisez de l'inhumanité Voltaire, Polit. et législ. De la tolérance, Post-scriptum.
      • Terme de typographie. Lire sur le plomb, lire, sur l'œil d'un caractère, le contenu d'une page, ou seulement d'une ligne.

  2. 2Prononcer à haute voix ce qui est écrit ou imprimé. Lire haut, tout haut.

    • Il m'a fallu lire ma pièce chez madame la marquise Molière, Critique, 7
    • Asseyez-vous donc, monsieur Lysidas ; nous lirons votre pièce après souper Molière, ib. 7
    • Absolument. Il lit bien. Il lit mal. Il ne lit pas distinctement.

  3. 3Prendre connaissance du contenu d'un écrit, d'un livre.

    • Absolument. Lire avec application.

      • Dedans l'oisiveté jamais enseveli,Toujours confère, prie, écris, médite, li Corneille, Imit. I, 19
      • Qu'on est heureux d'aimer à lire ! Mme de Sévigné, 15 juin 1689
      • On songe plus à lire beaucoup qu'à lire utilement Rollin, Traité des Ét. liv. I, ch. 3
      • On lit très peu ; et, parmi ceux qui veulent quelquefois s'instruire, la plupart lisent très mal Voltaire, l'Homme aux 40 écus, Des proportions
      • Lire que, trouver dans un écrit, dans un livre que...

        • Nous ne lisons point que ses parents [de Jésus] aient jamais eu de domestiques, semblables aux pauvres gens dont les enfants sont les serviteurs Bossuet, Élévat. sur myst. XX, 8
      • Lire des doigts, parcourir rapidement un livre en le feuilletant.

        • Voici ce que M. Basnage le ministre m'a dit à Rotterdam en 1707, que M. Bayle lisait beaucoup des doigts, c'est-à-dire qu'il parcourait beaucoup plus qu'il ne lisait, et qu'il tombait toujours sur l'endroit essentiel et curieux du livre D'ARTIGNY, Nouv. mém. t. I, p. 319
      • On dit dans le même sens : lire des yeux.

      • Fig. C'est un ouvrage qu'on ne peut lire, se dit d'un ouvrage ennuyeux, ou mal écrit, ou licencieux.

      • Familièrement. Ce livre, cet ouvrage se laisse lire, on le lit sans fatigue, sans ennui.

        • Elle [une histoire] se laisse lire en perfection Mme de Sévigné, 17 mai 1680
  4. 4Lire la musique, connaître, en parcourant des yeux une musique notée, les sons que les notes figurent, et les modifications que ces sons doivent recevoir. Il lit facilement la musique. Il lit à livre ouvert.

    • Lire la musique, signifie aussi l'exécuter à livre ouvert. Lire beaucoup de musique, l'exécuter sans étude.

  5. 5Expliquer. Un régent qui lit Virgile à ses écoliers.

    • Depuis qu'Albert le Grand et saint Thomas principalement se furent donné la peine d'expliquer autant qu'il leur fut possible tous les mystères de notre religion avec les termes de la philosophie péripatétique, nous voyons qu'elle s'est tellement établie partout, qu'on n'en lit plus d'autres par toutes les universités chrétiennes LAMOTHE LEVAYER, Vertu des païens, II, Aristote.
    • On dit dans ce sens à un écolier : Quel auteur vous lit-on dans votre classe ?

  6. 6Comprendre ce qui est écrit ou imprimé dans une langue étrangère. Il ne parle pas l'allemand, mais il le lit couramment.

  7. 7Lire se dit quelquefois pour suivre une certaine leçon dans un texte qui en a plusieurs.

    • Philoponus, là où il déclare qu'il rapporte les propres termes de Phlégon, lit d'une seconde façon, Maxime d'une troisième, et Madela d'une quatrième, en sorte qu'il s'en faut de beaucoup qu'ils rapportent le passage de la même manière Voltaire, Dict. phil. Éclipse.
  8. 8Fig. Reconnaître, discerner quelque chose par une espèce de travail que l'on compare à la lecture.

  9. 9Expliquer les motifs des dessins aux ouvriers qui doivent les exécuter dans une fabrique de tissus ouvrés ou imprimés.

  10. 10Se lire, v. réfl. Être lu.

    • Il est certain que plusieurs des vers attribués à la sibylle dans l'exhortation qui se trouve parmi les œuvres de saint Justin ne se lisent point dans notre recueil Voltaire, Dict. phil. Sibylle.
    • Je n'entretiendrai pas Votre Majesté de toutes les sottises qui se font, et qui se disent, et qui se lisent ou ne se lisent pas, dans le séjour que j'habite D'Alembert, Lett. au roi de Prusse, 9 oct. 1778

Remarque

1. Il faut dire : lis-je ? et non lisé-je, qui est un grossier barbarisme. 2. À l'impératif Corneille a dit li, par un archaïsme reçu en poésie.

Étymologie

Wallon, lére, choisir ; provenç. legir, ligir ; catal. llegir ; espagn. leer ; portug. ler ; ital. leggere ; du lat. legere, proprement recueillir, puis lire ; grec λέγειν, recueillir et dire. Le participe liz vient de lectus ; le participe leüs ou lu suppose un verbe leir, irrégulièrement formé.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander