Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

matin dans le Littré

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1matin s. m. (ma-tin)

  1. 1Les premières heures du jour ; époque de la journée qui coïncide avec le passage apparent du soleil au côté oriental de l'horizon.

  2. 2Adverbialement. Dans le temps du matin. Se lever matin, fort matin, très matin.

    • Plus matin, de meilleure heure ; très matin, de très bonne heure ; le plus matin que vous pourrez, aussitôt que vous pourrez dans le matin.

      • Je n'entends pas que vous vous leviez plus matin que la communauté Bossuet, Lett. Corn. 15
    • Hier matin, hier dans les premières heures du jour.

    • Mme de Sévigné a dit dans le même sens : le matin d'hier.

      • Le matin d'hier on fit un service au chancelier à Sainte-Elisabeth Mme de Sévigné, 1er avr. 1672
    • Demain au matin, et, plus ordinairement, demain matin, demain dans le temps du matin.

    • Fig. Matin se dit de ce qui est prématuré.

      • Vous avez fort envie d'aller à Grignan, mais il me semble qu'il est bien matin : vous trouverez encore la bise en furie Mme de Sévigné, 26 mars 1680
      • À l'égard de la morale.... je ne voudrais point du tout qu'elle [Pauline] mît son petit nez ni dans Montaigne, ni dans Charron, ni dans les autres de cette sorte ; il est bien matin pour elle Mme de Sévigné, 15 janv. 1690
    • Fig. Levé matin, qui fait, avant les autres, des démarches pour quelque affaire.

  3. 3Familièrement. Un matin, un de ces matins, un beau matin, se dit d'un jour, d'un temps qui n'est pas déterminé. J'irai vous voir un de ces matins. Un beau matin on vint l'arrêter.

  4. 4Poétiquement. Le levant, l'aurore, et, par extension, le jour.

    • Les portes du matin, l'aurore ou le levant.

  5. 5Fig. Le commencement, les premières années de la vie.

    • Il se dit de ce qui est très récent.

      • Nous sommes d'hier, et l'Amérique est de ce matin Voltaire, Lois de Minos, Notes.
  6. 6Tout le temps qui s'écoule depuis le moment où on se lève, jusqu'à l'heure du dîner, quand on dîne à midi, et même, par abus, jusqu'au dîner actuel de six heures. Il travaille tout le matin, et l'après-dînée il se repose.

  7. 7Tout le temps qui s'écoule depuis minuit jusqu'à midi. Une heure, deux heures, onze heures du matin.

Remarque

J'irai grand matin, on se lèvera bon matin ; locutions incorrectes. Dites : j'irai de grand matin, on se lèvera de bon matin.

Proverbes

On a beau se lever matin, quand on a le nom de dormir la grasse matinée, c'est-à-dire, quand on a une certaine réputation, on a beau agir contrairement à cette réputation, le public ne change pas d'idée. Qui a bon voisin a bon matin, c'est-à-dire qu'on dort en repos quand on vit avec des gens paisibles, qui ne sont point chicaneurs. Dans sa 4e édition, l'Académie avait ce proverbe sous cette forme-ci : Qui a bon voisin a bon mâtin [bon chien de garde] ; mais cette leçon ne paraît pas bonne. Rouge au soir, blanc au matin, c'est la journée du pèlerin, c'est-à-dire le ciel rouge au soir et blanc au matin présage une belle journée. Il faudrait se lever bien matin pour le surprendre, pour l'attraper, il est fin et précautionné. En un sens contraire, il ne faut pas se lever matin, c'est-à-dire il n'y a pas besoin d'être fort diligent, fort habile.

Étymologie

Bourguig. maitin ; provenç. mati ; catal. matí ; ital. mattino ; du latin matutinum, le temps du matin, qui paraît un diminutif de matutus ; matutus est dans mater matuta. La chute de tu dans ma [tu] tin a des exemples analogues : nutrix pour nutritrix, veneficus pour venenificus, stipendium pour stipipendium. Le vieux français main vient du latin mane.

2mâtin s. m. (mâ-tin)

  1. 1Gros chien servant ordinairement à garder une cour, à suivre les chevaux, etc.

    • Mais il fallait livrer bataille, Et le mâtin était de taille à se défendre hardiment La Fontaine, Fabl. I, 5
    • Tous les gens querelleurs jusqu'aux simples mâtins, Au dire de chacun, étaient de petits saints La Fontaine, ib. VII, 1
    • Le mâtin, le lévrier, le grand danois et le chien d'Irlande ont, outre la ressemblance de la forme et du long museau, le même naturel ; ils aiment à courir, à suivre les chevaux, les équipages ; ils ont peu de nez, et chassent plutôt à vue qu'à l'odorat Buffon, Quadrup. t. I, p. 356
  2. 2Terme d'injure populaire. Mâtin, mâtine, celui, celle qu'on assimile à un mâtin, à un chien.

  3. 3Mâtin se dit aussi des chiens de race hybride.

Étymologie

Provenç. masti, mausti ; catal. mastí ; espagn. mastin ; portug. mastim ; ital. mastino ; angl. mastiff. Il y a en italien masnada, qui signifie logis ; Diez suppose un dérivé masnadino, d'où, par contraction, mastino ; de sorte que le mastino signifierait celui qui est de la maison, et, en particulier, le chien de garde. Cette étymologie est possible ; cependant il faut admettre alors que c'est l'italien qui a fourni ce mot aux autres langues romanes ; ce qui n'est pas prouvé. Puis il faudrait quelque trace du mot avant la contraction.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander