Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

mêler dans le Littré

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mêler v. a. (mê-lé)

  1. 1Mettre ensemble deux ou plusieurs choses. Mêler des drogues. Mêler du cuivre dans de l'argent. La Marne mêle ses eaux avec celles de la Seine.

    • Mêler le vin, mettre ensemble des vins de diverses sortes.

    • Terme de peinture. Unir les couleurs pour en former des teintes.

    • Par extension.

      • Je mêle cette lecture de mille autres Mme de Sévigné, 3 juill. 1680
      • Le baron de Grothusen remarqua que les Turcs ne mêlaient dans leurs cris aucune injure contre le roi, et qu'ils l'appelaient seulement demirbash, tête de fer Voltaire, Charles XII, 6
      • On les entend mêler, dans leurs vœux fanatiques,Les imprécations aux prières publiques Voltaire, Henr. IV
      • Et mêlant dans tes yeux les larmes et les ris, Quand tu perds une mère, elle te donne un fils Delille, Jard. ch. II
      • D'autres viendront... Puiser dans cet asile heureux, calme, enchanté, Tout ce que la nature à l'amour qui se cache Mêle de rêverie et de solennité Victor Hugo, Rayons et ombres, XXXIV
    • Fig. Mêler le ciel à la terre, tout confondre.

      • M. Jurieu ne sortira jamais de cette difficulté ; qu'il brouille tout, qu'il mêle le ciel à la terre.... Bossuet, 5e avert. 22
    • Fig. Mêler ses larmes à celles de quelqu'un, pleurer avec lui, partager son affliction.

      • Maintenant que l'Espagne et la France mêlent leurs larmes Bossuet, Mar.-Thér.
  2. 2Embrouiller. Mêler du fil, un écheveau, des écheveaux. Mêler les cheveux.

    • Terme de jeu. Mêler les cartes, ou, simplement, mêler, battre les cartes. C'est à vous de mêler.

      • On a joué : pour moi, je ne saurais me fatiguer à mêler des cartes Mme de Sévigné, 277
    • Fig. Mêler les cartes, embrouiller les affaires.

    • Mêler les dés, se dit de l'action de lancer un dé contre un autre, de manière à retourner celui-ci ou à le pousser hors de sa place.

    • Mêler une serrure, fausser les gardes ou quelque ressort d'une serrure, en sorte que la clef ne puisse ouvrir.

    • Terme de manége. Mêler un cheval, embrouiller son travail, de telle manière qu'il ne sache plus ce qu'on exige de lui.

  3. 3Fig. Mêler quelqu'un dans une accusation, l'y comprendre.

    • Être mêlé dans une mauvaise affaire, y être impliqué.

    • Mêler quelqu'un dans des discours, dans des propos, parler de lui de manière à le compromettre ou à lui déplaire.

      • Je l'ai trouvé tantôt tout triste de je ne sais quoi que vous lui avez dit, où vous m'avez mêlé assez mal à propos Molière, Fourb. de Scap. II, 11
  4. 4Fig. Unir, joindre ensemble certaines choses qui ne peuvent être mêlées que dans l'esprit.

    • Mêler son mot, intervenir dans la conversation.

    • Terme mystique. Mêler Jésus-Christ avec Bélial, unir les vices du monde avec la sainteté.

      • Ils mêlent Jésus-Christ avec Bélial, ils cousent l'étoffe vieille avec la neuve, contre l'ordonnance expresse de l'Évangile, des lambeaux de mondanité avec la pourpre royale Bossuet, Orais. Cornet.
  5. 5Se mêler, v. réfl. Être uni, confondu. La Marne se mêle avec la Seine un peu au-dessus de Paris.

    • Quand les nations se sont ainsi mêlées, elles sont longtemps à se civiliser, et même à former leur langage Voltaire, Russ. I, 11
  6. 6S'unir par mariage. Les familles se mêlent par des mariages.

    • S'unir par des croisements.

      • On peut croire que cette race de petits Tartares a perdu une partie de sa laideur, parce qu'ils se sont mêlés avec les Circassiens, les Moldaves et les autres peuples dont ils sont voisins Buffon, Hist. nat. homme, Œuv. t. V, p. 17
      • Les aras bleus ne se mêlent point avec les aras rouges, quoiqu'ils fréquentent les mêmes lieux, sans chercher à se faire la guerre Buffon, Ois. t. XI, p. 270
    • Absolument. Se confondre en des unions illicites.

      • Ils peuvent plus aisément changer de femmes, en avoir plusieurs, et quelquefois se mêler indifféremment comme les bêtes Montesquieu, Esp. XVIII, 13
      • On leur a souvent imputé d'égorger un enfant, de boire son sang, et de se mêler ensemble dans leurs cérémonies secrètes sans distinction Voltaire, Russ. I, 11
  7. 7Se mêler, se jeter parmi, aller parmi, fréquenter.

    • Se mêler, en venir aux mains.

    • Prendre part à une mêlée.

      • N'admirez-vous point qu'il [le chevalier de Grignan] n'ait pas été blessé, à se mêler comme il a fait, et essuyer tant de fois le feu des ennemis ? Mme de Sévigné, 9 août 1675
  8. 8Devenir embrouillé. Les écheveaux se sont mêlés.

    • Fig. Entrer dans le trouble, se brouiller.

      • Cependant les esprits s'émeuvent et les choses se mêlent de plus en plus Bossuet, Cornet.
  9. 9Se mêler, devenir moins pur.

    • Le sénat se remplissait de barbares ; le sang romain se mêlait ; l'amour de la patrie, par lequel Rome s'était élevée au-dessus de tous les peuples du monde, n'était pas naturel à ces citoyens venus de dehors Bossuet, Hist. III, 7
  10. 10Se joindre à, intervenir.

  11. 11Se mêler de, prendre soin de, s'occuper de.

    • Il fallut que l'amour Se mêlât seul de ses affaires La Fontaine, Coupe.
    • Faut-il le demander ? et me voit-on me mêler de rien dont je ne vienne à bout ? Molière, l'Avare, II, 6
    • Il paraît bien que votre main toute-puissante s'en est mêlée Massillon, Carême, Rechute.
    • Je me suis un peu mêlé du passé ; mais j'avoue en général ma profonde ignorance sur avenir Voltaire, Lett. Courtivron, 22 juill. 1755
    • On dépensait autrefois davantage en esprit et en agréments ; et, quand Louis XIV donnait des fêtes, c'était les Corneille, les Molière, les Quinault, les Lulli, les le Brun qui s'en mêlaient Voltaire, Lett. prince roy. de Prusse, 12 août 1739
    • Fig. et familièrement. Cette affaire se fera, à moins que le diable ne s'en mêle, si le diable ne s'en mêle, c'est-à-dire cette affaire se fera malgré tous les obstacles.

    • Cette affaire ne se fera pas à moins que le diable ne s'en mêle, c'est-à-dire il est presque impossible qu'elle se fasse.

    • Mêlez-vous de vos affaires, se dit à quelqu'un qu'on ne veut pas laisser s'occuper d'affaires qui ne le regardent pas.

    • Mêlez-vous de filer votre quenouille, se dit à une femme qui veut se mêler des affaires des hommes.

  12. 12Se mêler de, se livrer à une certaine occupation.

    • Il aimait passionnément la comédie et tous ceux qui s'en mêlaient Scarron, Rom. com. II, 17
    • Quand ils se sont mêlés d'être conquérants Bossuet, Hist. III, 3
    • Faut-il, parce que Desmarets a fait autrefois un roman et des comédies, que vous preniez en aversion tous ceux qui se sont mêlés d'en faire ? Racine, 1re lettre à l'auteur des imag.
    • Tous ceux qui reviennent de Corse prétendent que la réputation de Paoli était un peu usurpée ; s'il s'est mêlé d'être législateur, il ne s'est pas mêlé d'être héros Voltaire, Lett. Schomberg, 22 sept. 1769
  13. 13Prendre part à.

    • Un ouvrage de broderie dont elle s'occupa, sans jamais lever les yeux ni se mêler de la conversation Mme de Staël, Corinne, XVI, 5
  14. 14Se mêler d'une chose, s'occuper d'une chose étrangère à sa profession, à ses habitudes, etc.

  15. 15Se mêler d'une personne, s'occuper de son sort.

    • On se moquerait de moi, si une fille de qui je me mêle, n'était pas [logée] d'une façon à se faire respecter Crébillon, fils, le Sopha, ch. IV

Remarque

Laveaux a dit qu'au sens propre de brouiller ensemble, mêler voulait avec et non à, et qu'au sens figuré il voulait à et non avec. Cette remarque, qui ne s'appuie pas sur la grammaire, ne s'appuie pas non plus sur un usage constant ; les exemples classiques le montrent.

Étymologie

Bourg. maûlai ; Berry, micheler ; prov. messlar ; espagn. mezclar ; portug. mesclar ; ital. mischiare ; du bas-latin misculare, dérivé du latin miscere, mêler ; grec μίσγειν, allem. mischen. De miscēre, μίσγω, mischen, il faut rapprocher le sanscrit miçrayāmi, mêler, â-mik-shâ, lait mélangé, et le grec μίγνυμι ; et de ces formes en miç et en μιγ, on conclut que la racine primordiale est mik, que misceo est pour mik-sceo, comme le prouve d'ailleurs mixtus (mik-stus) ; le sc est le suffixe de dérivation inchoative. Le vieux français a deux formes : mesler, qui vient de misculare, et medler (d'où l'anglais to meddle), qui représente un thème fictif mixtulare. On remarquera meler avec le sens de sécher au soleil : il serait possible que ce meler n'eût rien de commun avec mêler, faire un mélange ; du moins la signification est étrange ; viendrait-il de mêle, qui s'est dit pour nèfle (sécher comme une nèfle) ?

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander