Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

mur dans le Littré

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1mur s. m. (mur)

  1. 1Ouvrage de maçonnerie dressé et portant en terre sur des fondements, ou sur un plancher artificiel. Un mur solide. Le mur s'écroula.

    • Ne laisser que les murs, se dit de celui qui emporte tout ce qui est dans une maison, dans un appartement.

    • Entre quatre murs, dans un logis non meublé.

      • Elle vit sous un toit entre quatre murs tout dépouillés Diderot, Père de famille, I, 7
    • Entre quatre murs, se dit aussi pour en prison. On l'a mis entre quatre murs.

    • Fig. Être au pied d'un mur sans échelle, manquer une affaire, une entreprise pour ne s'être pas pourvu de ce qui était nécessaire.

    • Fig. Mettre un homme au pied du mur, le forcer à prendre un parti, ou bien le réduire à ne pouvoir rien répondre.

      • Ils sont au pied du mur par notre concert Bossuet, Lett. quiét. 288
      • Le procureur général continuait ses difficultés, et, lorsqu'on croyait l'avoir mis au pied du mur, il en inventait de nouvelles Saint-Simon, 280, 58
    • Par plaisanterie, on dit qu'un mur crève de rire, pour exprimer qu'il est crevassé, ruineux.

    • Il vaudrait autant se battre la tête contre un mur, c'est se donner la tête contre un mur, c'est donner de la tête contre un mur, se dit pour exprimer qu'on s'efforce inutilement.

    • Vous tirerez aussitôt, vous tirerez plutôt de l'huile d'un mur, se dit à celui qui veut avoir de l'argent d'un avare, ou obtenir quelque chose d'un homme dur.

    • Cet homme tirerait de l'huile d'un mur, par son adresse et par son industrie il tirerait de l'argent, des secours, d'où les autres n'en pourraient jamais tirer.

  2. 2Gros mur, un des principaux murs sur lesquels porte tout le bâtiment.

    • Mur de face, gros mur qui est à la face du bâtiment.

    • Mur latéral, celui qui forme l'un des côtés.

    • Mur de pignon, mur qui s'élève jusqu'au-dessous du toit, le supporte et en a la forme.

    • Mur de refend, voy. REFEND.

    • Mur de parpaing, mur formé de pierres qui en traversent l'épaisseur.

    • Mur de clôture, mur qui enferme les cours, les jardins, les parcs, etc.

    • Mur d'appui, celui qui n'est qu'à la hauteur d'un mètre ou environ.

    • Murs d'un parc, d'un jardin, les murs qui enferment un parc, un jardin.

    • Mur de terrasse, mur qui retient les terres d'une terrasse, d'une plate-forme, d'un boulevard.

    • Mur de dossier, celui qui s'élève au-dessus d'un toit et auquel sont adossés des tuyaux de cheminée.

    • Aile de mur, partie d'un mur de dossier qui excède l'emplacement qu'occupent les tuyaux de cheminée, et qui a ordinairement la forme d'un trapèze

    • Mur bouclé ou soufflé, celui dans lequel le parement est détaché de la masse.

    • Mur en ailes, mur qui sert à arc-bouter un mur de face ou un pignon.

    • Mur en l'ait, mur qui porte à faux.

    • Mur en décharge, mur dont le poids est allégé par des arcades.

    • Mur de douve, mur intérieur d'un réservoir.

    • Mur planté, mur fondé sur pilotis ou sur une grille de charpente.

    • Mur mitoyen, voy. MITOYEN.

  3. 3Murs d'une ville, ou, absolument, les murs, les murs qui entourent une ville.

  4. 4Murs, au pluriel, se dit quelquefois pour ville.

    • Depuis combien de temps êtes-vous dans nos murs ? Du fleuve ainsi dompté [le Rhin] la déroute éclatante à Wurts jusqu'en son camp va porter l'épouvante ; Wurts, l'espoir du pays et l'appui de ses murs Boileau, Ép. IV
    • Attaquons dans leurs murs ces conquérants si fiers Racine, Mithr. III, 1
  5. 5Se dit de diverses murailles construites pour arrêter des invasions. Le mur d'Adrien, de Sévère.

    • Après trois jours de marche, on arriva au mur de la Médie, qui a cent pieds de haut, vingt de large, et vingt lieues d'étendue Rollin, Hist. anc. Œuvr. t. IV, p. 179, dans POUGENS
  6. 6Fig. Défense, protection.

    • On s'en sert quelquefois pour exprimer que des soldats supportent le feu comme le ferait une muraille. Ces hommes-là sont des murs.

    • Un mur d'airain, une défense dont rien ne peut triompher.

      • Cet homme que Dieu avait mis autour d'Israël comme un mur d'airain où se brisèrent tant de fois toutes les forces de l'Asie Fléchier, Turenne.
  7. 7Fig. Mur de séparation, mur d'airain, se dit des causes qui séparent deux personnes. Il y a un mur d'airain entre ces deux hommes.

    • Il [Jésus-Christ] a détruit ce mur de séparation qui l'éloignait de l'homme Massillon, Carême, Temples.
    • Cette passion [le goût des voluptés] seule éleva un mur de séparation entre Dieu et le pécheur Massillon, Carême, Prod.
  8. 8Dans les mines, mur se dit de la partie inférieure, par opposition à la partie supérieure qui se nomme le toit.

  9. 9Terme d'escrime. Tirer au mur, pousser de tierce ou de quarte à quelqu'un qui ne fait que parer. Parer au mur, parer les coups de celui qui tire au mur.

  10. 10Grand mur, se dit, à la paume, du mur contre lequel il n'y a pas de toit.

  11. 11Terme de manége. Gratter le mur, se dit d'un écolier qui s'approche trop du mur.

  12. 12Morts murs, parois d'un four de fusion.

    • Proverbialement. Les murs ont des oreilles, c'est-à-dire quand on s'entretient de quelque chose de secret, il faut parler avec beaucoup de circonspection, de peur d'être écouté.

  13. 13Battre les murailles, les murs, se dit d'un homme ivre qui trébuche en marchant et va heurter les murailles.

    • Puis, ronds comme des futailles, Du corps battant les murailles, Escortés de cent canailles Ils regagnent la maison Chanson des trois frères quêteurs qui s'enivrent aux dépens du monastère
    • Le 22 août, en plein midi, le prévenu était ivre et battait les murs de la rue Gaz. des Trib. 27 août 1870

Synonymes

MUR, MURAILLE. Muraille, représentant le pluriel neutre latin muralia, implique essentiellement une idée collective, ou, ce qui en dérive, une idée de grandeur et d'étendue, et se distingue par là de mur qui n'indique qu'un mur en particulier, ou en général un mur quelconque, grand ou petit.

Étymologie

Wallon, meur ; provenç. mur, s. m. et mura, s. f. ; esp. et port. muro ; du lat. murus ; anc. lat. moirus.

2mûr, ûre adj. (mur, mu-r')

  1. 1Qui est arrivé au point de se détacher spontanément ou d'être cueilli, en parlant des fruits. Ces pêches ne sont pas mûres.

  2. 2Fig. Il se dit des personnes qui ont atteint un certain point de développement.

    • Le seul fait qui me semble douteux, c'est que, dans un climat aussi froid, les femmes soient mûres d'aussi bonne heure Buffon, Suppl. à l'hist. nat. Œuvres, t. XI, p. 225, dans POUGENS.
    • Par ironie. Une fille mûre, une fille qui a passé la jeunesse, et qu'il serait grand temps de marier.

    • Dans un sens analogue. Déjà un peu âgé.

    • Mûr pour le ciel, en langage mystique, se dit d'une personne morte jeune, ou, simplement, dont la vie a été bien remplie.

      • J'ai vu tendre aux enfants une gorge assurée à la sanglante mort qu'ils voyaient préparée, Et tomber sous le coup d'un trépas glorieux Ces fruits à peine éclos, déjà mûrs pour les cieux Rotrou, Saint Genest, II, 7
      • Si les autres affaires ont leur temps particulier, l'affaire du salut est de tous les temps, et tout âge est mûr pour le ciel Bourdaloue, Pensées, t. I, p. 144
      • Pleine de bonnes œuvres, mûre pour le ciel Massillon, Myst. Assomp.
    • On dit de même : mûr pour l'éternité.

  3. 3Fig. Il se dit des choses qui sont arrivées à un certain point.

    • Ô cité mûre pour ta ruine Chateaubriand, Itin. 7e partie.
    • Vin mûr, vin qui n'a plus de verdeur et qui est bon à boire.

    • Cet abcès est mûr, il est près de crever, de percer, ou il est temps de l'ouvrir.

    • Cet habit est mûr, est bien mûr, il est vieux, usé, facile à déchirer.

      • Voyez cet homme dont l'habit est un peu mûr, c'est un dîneur en ville PICARD, Provinc. à Paris, II, 1
    • Cette affaire est mûre, il est temps de s'en occuper, de la terminer.

      • Ce projet n'est pas mûr encore, et je vous en rendrai compte dans quelques mois, si, comme je l'espère, il vient à bien D'Alembert, Lett. à Voltaire, 4 déc. 1770
  4. 4Âge mûr, âge qui suit la jeunesse.

    • Homme mûr, esprit mûr, homme, esprit sage, posé, réfléchi.

      • La raison n'est pas mûre en si verte saison Rotrou, Antig. IV, 6
      • La troisième espèce [des dialogues de Platon] est de ceux qui sont propres aux personnes déjà mûres Fénelon, Platon.
      • La lecture de ses ouvrages [de Hobbes] demande un homme mûr et circonspect ; personne ne marche plus fermement et n'est plus conséquent Diderot, Opin. des anc. philos. Hobbisme.
    • Courage mûr, courage éprouvé.

    • Mûre délibération, délibération où tout a été examiné avec beaucoup d'attention.

  5. 5En physiologie, il se dit d'un ovule prêt à se détacher de l'ovaire.

    • Dans l'élève des vers à soie, il se dit de ceux qui sont prêts à faire le cocon. Ces vers à soie sont mûrs.

Proverbes

Entre deux vertes une mûre, se dit de quelque chose de bon qu'on trouve entre plusieurs choses mauvaises. Il faut attendre à cueillir la poire qu'elle soit mûre, il ne faut point précipiter une affaire. La poire est mûre, la poire n'est pas mûre, l'affaire est arrivée, n'est pas arrivée au point précis où il convient de s'en occuper.

Étymologie

Wallon, maweur ; namur, meûr ; Hainaut, meur, fém. meurte, murte ; Berry, meûr, et aussi meux, fém. meuse, des poires meuses ; génev. meur, fém. meure ; bourg. meur, meu ; picard, meur ; provenç. madur ; espagn. maduro ; ital. maturo : du lat. maturus. On lit dans Bèze : " meur ; l'usage s'est introduit de prononcer mur. "

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander