Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

ma dans le Littré

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1ma adj. (ma)

  1. possessif fémin. dont le masculin est mon (voy. MON).

2mon ou ma ou mes adj. poss. qui répond au pronom personnel moi, je (mon ; l'n se lie, et la voyelle perd le son nasal : mo-n ami ou ma ou mê ; l's se lie : mê-z amis)

  1. 1Il exprime la possession qu'a la personne qui parle. Mon bien. Ma mère. Mes malheurs.

  2. 2Devant un nom féminin commençant par une voyelle ou par une h muette, au singulier, l'usage veut qu'on emploie le masculin. Mon amie. Mon humeur.

  3. 3Il se dit aussi en parlant à une personne ou d'une personne qu'on aime.

  4. 4Familièrement. Il se met pour désigner des objets qui ne nous appartiennent pas dans le sens précis du mot, mais avec lesquels la personne qui parle a pourtant quelque rapport d'habitude ou de mention faite précédemment, etc. Voilà mes fous.

    • Voilà mon homme pris, et ma vieille attrapée Corneille, Veuve, IV, 7
    • Il [le chat] y tombe [dans un piége] en danger de mourir ; Et mon chat de crier La Fontaine, Fabl. VIII, 22
    • Notre interprète transmit en indou le discours impie de mon jeune homme Voltaire, Voyages de Scarmentado.
    • Je connais mon public : l'enthousiasme passe ; il n'y a que l'amitié qui reste Voltaire, Lett. d'Argental, 11 mars 1752
    • Je renverrai mon fat, et mon affaire est faite Gresset, Méchant, III, 10
    • Il se dit dans le même sens devant les noms propres.

      • Non, baron, je connais assez mon Londres, quoique je n'y sois que depuis trois semaines BOISSY, Français à Lond. I, 1
      • Je ne suis pas scrupuleux ; je lis quelquefois mon Pétrone Diderot, Essai sur la peint. ch. 5
  5. 5Mon, ma, mes devant les adverbes ou adjectifs comparatifs forment le superlatif. Mon meilleur ami. Ma plus chère espérance. Mes moindres chagrins.

Remarque

1. Autrefois on disait ma devant une voyelle et on élidait l'a comme nous l'élidons dans la : m'espée, m'esperance, etc. Il en est resté seulement m'amie, m'amour. C'est dans le courant du XIVe siècle que ce solécisme a commencé à s'introduire et à prendre force d'usage ; vrai solécisme, car le féminin a toujours été ma, ta, sa, et jamais mone, tone, sone. Comment s'est-il fait ? l'ancien picard, qui disait le pour les deux genres, disait aussi pour les deux genres men au lieu de mon, ma ; il est possible que l'influence picarde, qui a été considérable, se soit fait sentir et ait causé devant les voyelles la confusion de mon et de ma. 2. Il faut dire : j'ai mal à la tête, et non pas à ma tête, parce que le pronom je montre suffisamment que c'est ma tête dont je veux parler, et que d'ailleurs on ne peut avoir mal à la tête d'un autre. Mais il faudra dire : je vois que ma jambe s'enfle, si je veux parler de ma jambe, et non pas seulement : je vois que la jambe s'enfle, parce que je peux très bien voir la jambe d'un autre s'enfler. 3. Mon, ma, mes se répètent devant chaque substantif et devant chaque adjectif, à moins que ces adjectifs n'aient à peu près le même sens. On dit donc : Mon père et ma mère sont venus ; Je lui ai montré mes beaux et mes vilains habits. Mais on dit : Je lui ai montré mes beaux et brillants équipages. Il est évident dans le dernier exemple que les adjectifs beaux et brillants sont appliqués au même substantif.

Étymologie

Berry, moun, devant une voyelle : moun âne ; wallon, mi ; Hainaut, mén ; picard, men, min ; au fém. em', ème, emn' ; provenç. mas, mon ; au fém. ma, au plur. mei, miei ; espagn. et ital. mio, mia ; du lat. meum, mea. Dans l'ancienne langue mis, mes était le nominatif singulier, pour le masculin ; mon, le régime singulier ; mi, le nominatif pluriel ; mes, le régime pluriel. Mon, ma, ainsi que le, la, ton, ta, son, sa, se caractérisent comme les seuls mots qui aient gardé les terminaisons latines en um, a ; cela tient à leur enclytisme, faisant que leur finale n'avait pas occasion de tomber.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander