Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

malade dans le Littré

1 article· 28 citations· rimes· synonymes

malade adj. (ma-la-d')

  1. 1Qui a quelque altération dans sa santé. Il était déjà malade de la maladie dont il est mort.

    • Malade de, qui a telle ou telle partie affectée. Malade de la poitrine. Malade de corps et d'esprit.

    • Malade à mourir, extrêmement malade.

      • Quoi ! vous n'êtes point malade à mourir comme je vous ai vue ! ah ! ma bonne, je suis trop heureuse Mme de Sévigné, 21 juin 1671
    • Avoir l'air malade, paraître malade.

    • Ironiquement et fig. Le voilà bien malade, se dit de quelqu'un qui souffre ou se plaint de quelque mal léger.

  2. 2Il se dit, au même sens, des animaux. Un cheval malade de la morve. Mon chien est malade. Les vers à soie sont malades cette année.

    • Les plantes, étant vivantes, sont malades comme les animaux. La vigne est malade. Les cerisiers ont été, à différentes reprises, malades dans les environs de Paris.

    • Les fruits et les produits végétaux sont malades aussi. Pommes de terre malades. Tomates malades.

    • Enfin on l'applique à certains produits végétaux altérés. Ce vin est malade, a la couleur malade.

  3. 3Qui a subi quelque altération pathologique, en parlant des parties du corps. Les climats chauds rendent facilement le foie malade. Il a les poumons malades. Appliquer le remède à la partie malade. Ne me touchez pas la main droite, c'est la main malade.

  4. 4Avoir l'esprit malade, être un peu fou.

  5. 5Malade se dit quelquefois, dans le langage familier, pour exprimer qu'une chose a reçu quelque atteinte, est en mauvaises conditions. Cette entreprise est bien malade ; les fonds manquent. On dit que le ministère a un fort parti contre lui et qu'il est malade.

    • Amour fit une gambade, Et le petit scélérat Me dit : pauvre camarade, Mon arc est en bon état, Mais ton cœur est bien malade La Fontaine, Imit. d'Anacréon.
    • Cet habit, ce livre est bien malade, c'est-à-dire est en mauvais état.

  6. 6Fig. Qui est affecté de quelque trouble, de malaise moral.

    • Nous sommes dans la corruption des siècles et dans la caducité de la nature ; tout est faible, tout est malade dans les assemblées des hommes Guez de Balzac, De la cour, 6e disc.
    • Et, contents d'avoir connu nos plaies, nous en sommes, ce semble, plus tranquillement malades Massillon, Orais. fun. Villars.
    • Un cœur malade, cœur troublé par quelque passion.

      • Ainsi le cœur malade des mortels compte toujours pour rien ce qu'il a le plus désiré dès qu'il le possède Fénelon, Tél. XXIV
    • L'âme malade, l'âme pécheresse.

      • Les figures de l'Évangile pour l'état de l'âme malade sont des corps malades Pascal, Pens. XXV, 189, éd. HAVET.
  7. 7S. m. et f. Celui, celle dont la santé a subi quelque altération.

    • Et lorsque le malade aime sa maladie,Qu'il a peine à souffrir que l'on y remédie ! Corneille, Cid, II 5
    • Voilà, monseigneur, une grande obligation que vous aura le doyen des malades de France Scarron, Virg. II, épître.
    • Le médecin Tant-pis allait voir un malade Que visitait aussi son confrère Tant-mieux La Fontaine, Fabl. V, 12
    • Voilà une malade qui n'est pas tant dégoûtante, et je tiens qu'un homme bien sain s'en accommoderait assez Molière, Méd. malgré lui, II, 6
    • Lorsque le médecin fait rire le malade, c'est le meilleur signe du monde Molière, ib.
    • Est-il possible qu'on laisse comme cela un pauvre malade tout seul ? Molière, Mal. imag. I, 1
    • Je parlerai à Duchesne de votre petit médecin, à qui nous donnerons dans notre quartier quelques malades à tuer pour voir un peu comme il s'y prend Mme de Sévigné, 1er nov. 1679

Proverbes

Il n'en mourra que les plus malades, se dit quand on se moque d'un danger commun qui menace plusieurs personnes. On dit à peu près dans le même sens : Est bien malade qui en meurt.

Étymologie

Bourguign. mailaide ; wallon, malâd ; provenç. mal apte, malaut ; anc. catal. malaut ; catal. mod. malalt ; anc. espagn. et anc. ital. malato ; de la combinaison latine male aptus, mal apte (voy. APTE). On a objecté que l'italien devrait être malatto ; mais il y a en effet malattia, et malato a été formé sur le verbe emmalare, rendre malade. On a objecté encore que le français devrait être malate ; mais malade est une contraction facile de malabde. La formation de malade est analogue à celle de l'ancien français rade, du lat. rapidus, d'où rabde, puis rade, comme malabde, puis malade.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander