Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

malheur dans le Littré

1 article· 54 citations· rimes· synonymes

malheur s. m. (ma-leur)

  1. 1Mauvaise destinée. Le malheur le poursuit. Tomber dans le malheur.

    • Le malheur des temps, les funestes conditions qu'une époque impose.

      • Il en est [des crimes] quelquefois où des cœurs magnanimes Par le malheur des temps se laissent emporter Voltaire, Marianne, I, 2
    • Jouer de malheur, n'avoir aucune chance favorable au jeu.

    • Fig. Jouer de malheur, éprouver une contrariété qui résulte du hasard. Je suis venu deux fois chez vous sans vous trouver, j'ai joué de malheur.

    • Être en malheur, avoir une mauvaise veine, au jeu ou en toute autre chose.

      • Elle [Mme de Ludres] passa une nuit dans les champs, en faisant ce petit voyage, par un carrosse rompu, et tout ce qui arrive quand on est en malheur Mme de Sévigné, 23 juin 1677
      • Les puristes du XVIIe siècle condamnaient la locution être en malheur, et voulaient qu'on dît : j'ai bien du malheur MARG. BUFFET, Observ. p. 51, 1668
    • Porter malheur, se dit d'une personne ou d'une chose qui est censée causer du malheur.

      • Je porte malheur aux affaires que je manie Guez de Balzac, liv. VII, lett. 52
      • Tant il [Arnauld] porte de malheur aux opinions qu'il embrasse ! Pascal, Prov. III
      • Hector : Vous devriez pourtant, en fonds comme vous êtes.... - Valère : Rien ne porte malheur comme payer ses dettes Regnard, le Joueur, III, 8
      • Oh ! je porte malheur à tout ce qui m'entoure Victor Hugo, Hernani, III, 4
    • Avoir le malheur de, avoir la mauvaise chance de.

      • Ceux qui auront le malheur d'être vos voisins Fénelon, Tél. XX
    • Avoir le malheur de, est quelquefois un euphémisme pour dire : être assez mal doué.

      • Il [Marivaux] avait le malheur de ne pas estimer beaucoup Molière, et le malheur plus grand de ne pas s'en cacher D'Alembert, Élog. Mariv.
    • Familièrement. De malheur, se dit avec un substantif pour exprimer la crainte, l'aversion.

    • Pour le malheur de, au dommage de.

      • L'Académie française est l'objet de l'ambition secrète ou avouée de presque tous les gens de lettres, de ceux même qui ont fait contre elle des épigrammes bonnes ou mauvaises, épigrammes dont elle serait privée pour son malheur, si elle était moins recherchée D'ALEMBERT, Préface des éloges.
  2. 2Absolument. Le malheur, l'ensemble de la mauvaise destinée.

    • Le malheur ne sortira jamais de la maison de celui qui rend le mal pour le bien Saci, Bible, Prov. de Salom. XVII, 13
    • J'ai cru dans la retraite éviter mon malheur ;Le malheur est partout ; je m'étais abusée Voltaire, Olymp. II, 2
    • Le temps ne détruit que la fraîcheur et la beauté ; le malheur change l'expression de la physionomie Mme de Genlis, Veillées du château t. II, p. 398, dans POUGENS
    • Le malheur est moins dur à supporter qu'à craindre Ducis, Oscar, I, 2
    • Le malheur est rapide, et le cœur, tout faible qu'il est, ne doit pas se méprendre aux signes funestes d'une destinée irrévocable Mme de Staël, Corinne, XIV, 4
    • Les paroles, prononcées [par Napoléon] devant deux de ses généraux, étaient écoutées avec ce silence commandé par un ancien respect, auquel se joignait déjà celui qu'on devait au malheur Ségur, Hist. de Nap. IX, 8
    • Les gens malheureux.

    • Poétiquement. Le malheur personnifié comme une sorte de divinité.

      • Il dit : comme un vautour qui plonge sur sa proie, Le malheur, à ces mots, pousse en signe de joie Un long gémissement, Et, pressant l'univers dans sa serre cruelle, Embrasse pour jamais de sa rage éternelle L'éternel aliment Lamartine, Méd. I, 7
  3. 3Événement fâcheux.

    • J'ai cru sa mort pour vous un malheur nécessaire Corneille, Pomp. III, 2
    • La France le vit alors accompli par ces derniers traits et avec ce je ne sais quoi d'achevé que les malheurs ajoutent aux grandes vertus Bossuet, Louis de Bourbon.
    • Maintenant qu'elle a préféré la croix au trône, et qu'elle a mis ses malheurs au nombre des plus grandes grâces Bossuet, Reine d'Anglet.
    • Quand les malheurs nous ouvrent les yeux, nous repassons avec amertume sur tous nos faux pas Bossuet, ib.
    • Si aujourd'hui je me vois contraint de retracer l'image de nos malheurs [les troubles de la Fronde] Bossuet, le Tellier.
    • Les malheurs sont souvent enchaînés l'un à l'autre Racine, Esth. III, 1
    • Que tu seras heureux si tu surmontes tes malheurs et si tu ne les oublies jamais ! Fénelon, Tél. II
    • Pour achever les malheurs de la Suède, son roi s'obstinait à rester à Démotica [en Turquie] Voltaire, Charles XII, 7
    • Et c'est nous trop souvent qui faisons nos malheurs M. J. CHÉN., Fénel. III, 2
    • Le malheur qui n'est plus n'a jamais existé M. J. CHÉN., ib. V, 2
    • Ici c'est ce vieillard que l'ingrate Ionie A vu de mers en mers promener ses malheurs Lamartine, Méd. I, 14
    • Il arrivera malheur, se dit pour suggérer des craintes au sujet de quelque événement.

      • Il arrivera malheur, vous dis-je, si vous n'y mettez la main Voltaire, Lett. d'Argental, 4 mai 1772
    • Faire le malheur de, rendre malheureux. Cet homme a fait le malheur de sa famille.

      • Cette beauté [Hélène] qui avait fait le malheur de tant d'hommes Fénelon, Tél. VIII
    • Familièrement. Faire un malheur, causer un accident,

    • C'est un malheur, il est fâcheux.

      • C'est un malheur que les hommes ne puissent d'ordinaire posséder aucun talent sans avoir quelque envie d'abaisser les autres VAUVENARGUES, Max. CCLXXXI
    • Ironiquement et familièrement. Le grand malheur, c'est-à-dire il n'y a pas grand mal. On dit aussi : le beau malheur !

      • Voyez le grand malheur ! quel tort cela vous fait-il ? CHAMPFORT, Marchand de Smyrne, sc. 6
  4. 4Malheur à, sorte d'imprécation.

  5. 5Par malheur, loc. adv. Par l'effet d'un accident, d'un hasard malheureux.

Proverbes

À quelque chose malheur est bon, c'est-à-dire quelquefois une infortune nous procure des avantages que nous n'aurions pas eus sans elle. Un malheur amène son frère ou ne vient jamais seul. Le malheur ou le diable n'est pas toujours à la porte d'un pauvre homme, c'est-à-dire la chance finit par se lasser d'être défavorable. Il n'y a qu'heur et malheur en ce monde, c'est-à-dire il y a des gens qui réussissent là où d'autres se perdent.

Étymologie

Mal, et heur (voy. HEUR) ; prov. malahur. L'ancienne langue avait le mot malheurté, très usité.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander