Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

malin dans le Littré

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malin, maligne adj. (ma-lin, li-gn' ; au masculin, la finale in devant son substantif commençant par une voyelle garde le son nasal et l'n se lie : le ma-lin n-esprit)

  1. 1Qui a de la malignité, qui se plaît au mal.

    • Nous qui sommes si indiscrets et si malins dans nos paroles Fénelon, t. XVII, p. 218
    • Substantivement.

      • L'esprit malin, le malin esprit, ou, absolument, le malin, le diable.

      • L'enfant malin, l'Amour.

        • L'enfant malin et trompeur ne caressait que pour trahir Fénelon, Tél. VII
      • En ce sens, il se dit aussi des choses. Interprétation maligne.

      • Maligne joie, la joie qu'on a du mal d'autrui et qu'on voudrait cacher.

        • Mon cœur en prend par force une maligne joie Corneille, Poly. III, 5
        • Un Français qui était avec moi m'avoua qu'il sentait une joie maligne de voir que les Anglais, qui nous reprochent si hautement notre servitude, étaient esclaves aussi bien que nous [il s'agit de la presse des matelots] Voltaire, Mél. litt. à M***.
      • Malin vouloir, intention maligne, intention de nuire.

        • Il a un malin vouloir, il a du malin vouloir contre moi.... Ce doucet est un chat Qui, sous son minois hypocrite, Contre toute ta parenté, D'un malin vouloir est porté La Fontaine, Fabl. VI, 5
  2. 2Qui se plaît à dire ou à faire de petites méchancetés pour se divertir. Un esprit malin et un bon cœur.

    • D'un trait de ce poëme en bons mots si fertile,Le Français, né malin, forma le vaudeville Boileau, Art p. II
    • Je ne vis de mes jours plus maligne femelle DESTOUCH., Irrésolu, IV, 4
    • Voilà tout ce que je peux répondre, moi malingre et affaibli d'une fluxion sur les yeux, au plus malin des rois et au plus aimable des hommes, qui me fait sans cesse des balafres et qui crie qu'il est égratigné Voltaire, Lett. roi de Prusse, juin 1759
    • Je suis obligé en conscience de vous dire que je ne suis pas né plus malin que vous, et que dans le fond je suis bon homme Voltaire, Lett. l'abbé Trublet, 27 avr. 1761
    • Elle passait pour maligne ; et, dans une aussi grande dame, cette réputation me faisait trembler J.-J. Rousseau, Conf. X
  3. 3Fin, rusé, en parlant des personnes. Il est trop malin pour se laisser attraper.

    • Substantivement. C'est un malin, on ne l'attrapera pas facilement.

      • Ma prophétie a été accomplie encore plutôt que je ne croyais, en dépit des malins qui niaient que je connusse l'avenir Voltaire, Lett. en vers et en prose, 110
  4. 4Qui a quelque qualité mauvaise, nuisible.

    • Il se dit des maladies qui présentent le caractère de la malignité. Pustule maligne.

    • Ulcère malin, ulcère de mauvaise nature et qui tend incessamment à faire des progrès.

    • Fièvre maligne, ancien nom des fièvres graves, et qui, dans le langage actuel de la médecine, n'a plus de sens déterminé.

Remarque

La Fontaine a dit maline au singulier ; c'est un archaïsme de prononciation : On remarquera aussi ongle au féminin. En Normandie et dans d'autres provinces, le peuple prononce maline.

Étymologie

Provenç. maligne ; espagn. et ital. maligno ; du lat. malignus, dérivé de malus, méchant. Le wallon dit malignant, qui est le participe présent d'un ancien verbe maligner, d'où l'anglais malignant.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander