Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

marc dans le Littré

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1marc s. m. (mar ; le c ne se prononce et ne se lie jamais)

  1. 1Poids de huit onces, qui sert à peser les matières d'or et d'argent. On prend tant par marc pour la façon de la vaisselle d'argent.

  2. 2Le marc d'or, quantité d'or pesant un marc, et dont la valeur numéraire varie suivant les époques.

    • Depuis 1456 jusqu'en 1461, année de la mort de Charles VII, le marc d'or valut cent livres, et le marc d'argent huit livres quinze sols Duclos, Hist. Louis XI, Œuvres, t. V, p. 85
    • Le marc d'or, droit qu'on prélevait sur tous les offices de France à chaque changement de titulaire, et qui avait été établi par Henri III.

  3. 3Marc d'argent, quantité d'argent pesant un marc, et variant de valeur suivant les époques.

    • Il [Colbert] n'avait poussé la valeur numéraire du marc d'argent, de vingt-six francs où il l'avait trouvée, qu'à vingt-sept et à vingt-huit ; et après lui dans les dernières années de Louis XIV, on étendit cette dénomination jusqu'à quarante livres idéales ; ressource fatale par laquelle le roi était soulagé un moment pour être ruiné ensuite ; car, au lieu d'un marc d'argent, on ne lui donnait presque plus que la moitié ; celui qui devait vingt-six livres en 1668, donnait un marc ; et celui qui devait quarante livres ne donnait qu'à peu près ce même marc en 1710 Voltaire, Louis XIV, 30
    • Il est clair que Philippe Auguste fut le plus puissant prince de son temps, si, indépendamment des pierreries qu'il laissa, les sommes spécifiées dans son testament montent à près de neuf cent mille marcs d'argent de huit onces, qui valent à présent environ quarante-neuf millions de notre monnaie, à cinquante-quatre livres dix-neuf sols le marc d'argent fin Voltaire, Mœurs, 51
    • Il [Pierre le Grand] n'a jamais eu vingt-quatre millions de revenu, à compter le marc à près de cinquante livres, comme nous faisons aujourd'hui et comme nous ne ferons peut-être pas demain Voltaire, Charles XII, 1
    • Marc d'argent, droit que les notaires payaient au roi, en pays de droit écrit, pour le joyeux avènement à la couronne.

  4. 4Poids de marc, huit onces ou la moitié de la livre de Paris, telle qu'elle existait avant le système décimal. J'ai acheté trois livres de cette marchandise, poids de marc (c'est-à-dire au poids de l'ancienne livre de Paris).

  5. 5Au marc la livre, manière de répartir proportionnellement une somme quelconque, en remettant à chacun ou faisant fournir par chacun une part déterminée par la somme totale afférente à chacun ; c'est ce qu'on nomme aujourd'hui au marc le franc, et, mieux, au centime le franc.

    • Ordonnons que toutes blanches monnaies.... des-ores-en-avant soient abattues du tout, et n'aient nul cours pour quelque prix que ce soit, fors au marc pour billon Ordonn. juin 1613
    • La locution, comme le montre l'exemple de Beaumanoir, est une altération de au marc ou à la livre.

      • Au marc la livre a été employé primitivement en parlant des poids appelés marc et livre, puis transporté aux monnaies par confusion du mot livre LEGOARANT
  6. 6Unité de monnaie allemande, valant 1 fr. 23. La pièce d'argent de 1 marc vaut, au pair, 1 fr. 11.

Étymologie

Prov. marc ; esp. et ital. marco ; bas-lat. marka ; de l'anc. haut allem. marc, marque, signe.

2marc s. m. (mar ; le c ne se prononce et ne se lie jamais ; au plur. l's ne se lie pas : des mar entassés)

  1. 1Résidu de fruits, d'herbes ou de toute autre substance qu'on a pressurée ou fait bouillir pour en retirer le suc. Marc de raisins, d'olives, de pommes. Marc de café.

    • Bain de marc de raisin, bain tonique et fortifiant, conseillé quelquefois par les médecins.

      • Je mets mes mains deux fois le jour dans le marc de la vendange, cela m'entête un peu, mais je crois sur la parole de tout le monde que je m'en trouverai bien Mme de Sévigné, 314
    • Fig.

      • Voilà ce qui restera dans le titre de ministre [donné au Fils par Tertullien dans la création], à en ôter tout le reste [les idées inférieures] comme le marc et la lie Bossuet, 6e avert. 36
      • Si ce jeune cerveau s'échauffe, laissez-le d'abord fermenter en liberté ; mais ne l'excitez jamais, de peur que tout ne s'exhale.... autrement vous perdrez votre temps et vos soins, vous détruirez votre propre ouvrage ; et, après vous être indiscrètement enivrés de toutes ces vapeurs inflammables, il ne vous restera qu'un marc sans vigueur J.-J. Rousseau, Ém. II, 1
  2. 2Marc de soude, ce qui reste après la fabrication de la soude.

Étymologie

Picard, merc. Origine inconnue. Il est très singulier que ce mot n'ait pas d'historique avant le XVIe siècle. Ménage conjecture le latin amurca, lie d'huile, bas-latin murca, murcum ; mais le changement d'u en a ne va pas en français ; Diez, le mot gaulois emarcum, vigne gauloise peu productive, la suppression de l'e s'étant faite comme dans mine de hemina ; Chevallet et Scheler, l'allemand Mark, pulpe. Cette dernière conjecture est la plus plausible ; elle expliquerait que le mot, étant entré par la frontière nord (picard merc), sera longtemps resté un mot provincial ; ce qui fait qu'il n'a pas d'historique. Remarquez que amurca se rattache à ἀμέργω, qui est en plein rapport avec Mark, l'a étant prothétique.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander