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un seul est le mot juste.

marcher dans le Littré

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1marcher (mar-ché)

  1. 1V. a. Pétrir avec les pieds l'argile qu'on a humectée (le sens le plus ancien du verbe marcher est presser du pied ; il n'est resté que dans le langage de certains métiers).

    • Donner une égale épaisseur à une feuille d'ouate, en passant dessus une espèce de coussin.

    • Terme de chapelier. Marcher l'étoffe d'un chapeau, la fouler avec les mains, la comprimer soit à froid, soit à chaud.

  2. 2V. n. Mettre le pied sur. Marcher sur le pavé, sur l'herbe. Il lui marche sur le pied. Prenez garde où vous marchez.

    • Fig. Il a marché sur quelque mauvaise herbe. Sur quelle herbe a-t-il marché ? voy. HERBE, n° 1.

    • Marcher sur les pas, sur les traces de quelqu'un, le suivre de très près.

    • Fig.

      • Ainsi, de toutes parts, les plaisirs et la joie M'abandonnent, Zaïre, et marchent sur leurs pas [de Bajazet et de Roxane] Racine, Baj. III, 1
    • Fig. Marcher sur les pas, sur les traces de quelqu'un, l'imiter, suivre ses exemples.

    • Marcher sur les talons de quelqu'un, le suivre de trop près.

    • Familièrement.

      • Il marche, il est toujours sur mes talons, il m'importune en ne me quittant pas Dict. de l'Acad.
    • Fig. et familièrement. Marcher sur les talons de quelqu'un, suivre quelqu'un de près pour l'âge, pour la fortune, pour les succès.

    • Fig. Marcher sur des épines, être dans une conjoncture difficile.

    • Fig. Marcher sur des charbons ardents, passer vite sur un sujet délicat et dangereux.

      • C'était marcher sur des charbons ardents, sur des rasoirs, que de traiter cette matière si adroitement et avec tant d'esprit Mme de Sévigné, 5 mars 1683
    • Il ne faut pas lui marcher sur le pied, se dit d'un homme susceptible qu'il est dangereux de choquer.

      • Quand j'étais jeune, il ne fallait pas me marcher sur le pied, non plus qu'à présent Dancourt, Vert galant, sc. 3
    • Fig. et familièrement. Marcher sur, rencontrer à chaque pas.

      • On marche sur les mauvais plaisants, et il pleut par tout pays de cette sorte d'insectes La Bruyère, V
      • On ne marchait dans mon jeune temps que sur des métamorphoses Voltaire, Taureau blanc, 4
    • Fig. Marcher sur quelque chose, suivre une certaine indication.

      • Tous vos amis avaient la complaisance de me dire que j'avais raison de vous souhaiter avec ardeur : voilà sur quoi je marchais Mme de Sévigné, 28 déc. 1673
    • Fig. Marcher sur quelque chose, en parler, s'en occuper.

      • Mon Dieu ! madame, marchons là-dessus, s'il vous plaît, avec beaucoup de retenue Molière, Comtesse, 1
    • Fig. et familièrement. Marcher sur les gens, n'en tenir aucun compte par fierté ou par dureté.

  3. 3Se mouvoir à l'aide des pieds ou des pattes. Marcher à grands pas, à petits pas. Cet homme marche bien.

    • Marcher tout seul, se dit d'un enfant qui commence à faire des pas sans aucune aide ou appui.

    • Fig. Marcher tout seul, n'avoir pas besoin d'aide.

      • Je ne trouve pas bon que vous me remerciiez de l'amitié que j'ai pour lui [mon médecin] ; il marche tout seul, et n'a nul besoin de votre assistance Mme de Sévigné, 364
    • Familièrement. Marcher comme un Basque, comme un chat maigre, marcher fort vite.

    • Marcher à quatre pattes, marcher sur les mains et sur les pieds, à la manière des quadrupèdes.

      • On n'a jamais employé tant d'esprit à vouloir nous rendre bêtes ; il prend envie de marcher à quatre pattes, quand on lit votre ouvrage [le Discours sur l'inégalité des conditions] Voltaire, Lett. J. J. Rousseau, 30 août 1755
    • Marcher à pas de loup, s'avancer avec précaution et sans faire de bruit.

    • Marcher à pas de tortue, marcher avec une excessive lenteur.

    • Marcher à pas de géant, marcher en faisant de grandes enjambées ; et fig. faire des progrès rapides.

    • Fig. et dans un sens très populaire. Faire marcher, mystifier (le sens intermédiaire est : faire faire une course inutile).

    • Fig. Marcher entre des précipices, rencontrer de tous côtés des dangers.

    • On dit de même : marcher entre des écueils.

      • L'intérêt et l'injustice, toujours mêlés trop avant dans les grandes affaires du monde, font qu'on marche parmi des écueils Bossuet, Bourgoing.
    • Fig. Marcher sur le bord du précipice, être exposé aux tentations périlleuses, aux chutes, etc.

    • Activement, en style poétique, marcher des pas, faire des pas.

  4. 4Terme de danse. Marcher, faire, dans le cours d'une danse, quelques pas qui ne sont que des pas de marche.

    • Terme d'escrime. Porter en avant le pied droit, puis le pied gauche, en gardant entre deux la même distance.

    • Marcher à grands pas, laisser un espace de huit pouces environ entre les pieds.

    • Trop marcher, approcher de trop près de son adversaire.

  5. 5Terme de manége. Marcher en avant se dit de l'action du cavalier pour déterminer un cheval à continuer sa même allure, quand il paraît vouloir la ralentir.

    • Marcher large, faire suivre le mur du manége au cheval.

    • Marcher de côté, se dit du cheval qui fuit le talon ou les jambes.

    • Marcher l'amble, prendre l'allure ainsi nommée.

      • Plus.... mieux le cheval marche l'amble Buffon, Cheval.
  6. 6Terme de vénerie. On dit qu'un cerf marche bien quand le pied de derrière est bien placé sur le talon du pied de devant et que les allures sont bien croisées.

  7. 7Terme de marine. Faire du chemin. Ce vaisseau marche bien, marche mal.

    • Marcher dans les eaux d'un autre vaisseau, faire même route que lui, passer incontinent après lui là où il a passé.

    • Fig. Marcher dans les eaux de quelqu'un, l'appuyer, le seconder.

    • Marche avec ! commandement pour que les marins saisissent un cordage et produisent leur effort en marchant ensemble au pas.

  8. 8Marcher devant, précéder. Il marchait devant, les autres suivaient.

  9. 10Marcher à, s'avancer vers. Il marcha à la mort avec un grand courage.

  10. 11Se mouvoir, en parlant des troupes. L'armée marchait en ordre de bataille.

    • Pour assembler et faire marcher ces nobles régiments Mme de Sévigné, 558
    • Vitellius, quand il passa dans cette province [la Judée] pour porter la guerre en Arabie, fit marcher ses troupes sans enseignes Bossuet, Hist. II, 9
    • Intrépides soldats,Marchons en invoquant l'arbitre des combats Racine, Athal. IV, 3
    • L'empereur lui-même, avant que le jour du 19 octobre l'éclaire, sort de Moscou, il s'écrie : marchons sur Kalougha, et malheur à ceux qui se trouveront sur mon passage ! Ségur, Hist. de Nap. VIII, 11
    • En avant, marche, commandement à une troupe de se mettre en mouvement.

    • Marcher au pas, marcher en suivant la cadence du pas militaire.

    • Ce régiment, ce corps marche, il fait la campagne.

    • Faire marcher, signifie quelquefois imposer un service militaire. On fit marcher la garde nationale.

      • Ce n'est que dans les besoins pressants qu'on fait marcher les esclaves, les étrangers établis dans l'Attique, et les citoyens les plus pauvres Barthélemy, Anach. ch. 10
  11. 12Il se dit de la manœuvre que fait un corps de troupes, un général.

  12. 13Marcher sous, se dit d'une troupe qui obéit à un chef.

    • Marcher sous les lois de, être soumis à.

      • Sous les lois du plus jeune on vit marcher l'aîné Corneille, Nicom. II, 3
      • Dans un camp où tout vous est soumis.... Où je vois sous vos lois marcher la Grèce entière Racine, Iph. III, 1
      • Quoiqu'à regret, seigneur, ils [les janissaires] marchent sous ses lois [d'Amurat] Racine, Baj. I, 1
  13. 14Tenir un certain rang dans les cérémonies. Les ducs et pairs marchaient anciennement dans l'ordre de leur réception.

    • Il dira toujours qu'il marche après la maison régnante et, à force de le dire, il sera cru LABRUY., VIII
  14. 15Dans le style élevé ou poétique, il n'est quelquefois qu'une forme emphatique du verbe être.

  15. 16Faire un service, en parlant de voiture, de chemin de fer. Cette voiture publique marche deux fois la semaine, La neige qui est tombée empêche le chemin de fer de marcher.

  16. 17Il se dit des choses qui se meuvent. Saturne est une des planètes qui marchent le plus lentement.

    • Tel qu'à vagues épandues Marche un fleuve impérieux, De qui les neiges fondues Rendent le cours furieux Malherbe, II, 2
    • Les rivières sont des chemins qui marchent, et qui portent où l'on veut aller PASCAL, Pens. VII, 37, éd. HAVET.
  17. 18Marcher, se dit d'un mécanisme qui fonctionne. Le moulin ne marche pas. Une montre qui marche.

  18. 19Il se dit du temps qui passe.

  19. 20Fig. Aller selon un certain progrès, en bien ou en mal, en parlant des personnes. Nous marchons tous à la mort. Marcher hardiment à son but.

    • Il marche au sacrilége avec impunité Voltaire, Sémir. V, 2
    • Richelieu, Mazarin, ministres immortels, ....Marcheront à grands pas au pouvoir despotique Voltaire, Henr. VII
    • En vérité, on marche de surprise en surprise PICARD, Capitaine Belronde, II, 11
  20. 21Agir.

    • D'abord marcher sourdement et ne point troubler leur sincérité Diderot, Père de famille, IV, 13
    • Marcher droit, être irréprochable dans sa conduite, ne pas commettre de faute.

      • Vous devez marcher droit pour n'être pas berné Molière, Éc. des f. I, 1
      • Avecque don Bertrand il faut marcher bien droit Thomas Corneille, D. Bertr. de Cigarral, I, 2
      • Marchez bien droit et bien sûrement, monseigneur, dans l'affaire de Mme de Mondouville Mme de Maintenon, Lett. au card. de Noailles, 11 janv. 1706
    • Je le ferai marcher droit, je l'empêcherai de s'écarter de son devoir.

    • Marcher d'un même pas dans une affaire, agir de concert.

    • Marcher à tâtons, marcher en aveugle dans une affaire, agir sans avoir les lumières nécessaires pour s'y bien conduire.

      • C'est ainsi que nous vivons et que nous marchons en aveugles, ne sachant où nous allons, prenant pour mauvais ce qui est bon, prenant pour bon ce qui est mauvais, et toujours dans une entière ignorance Mme de Sévigné, à Bussy, 15 déc. 1683
    • Dans le langage biblique et élevé, marcher dans, suivre pour guide.

      • Ils n'ont point gardé l'alliance faite avec Dieu, et n'ont point voulu marcher dans sa loi Saci, Bible, Psaume CLXXVII, 10
      • Je ne marche point dans de vastes pensées Bossuet, Mar.-Thér.
      • Il [Dieu] fait un nouveau pacte avec David, et s'oblige de le protéger lui et les rois ses descendants, s'ils marchent dans les préceptes qu'il leur a donnés par Moïse Bossuet, Hist. II, 4
      • Les fidèles alors y jouissaient de la paix, marchant dans la crainte du Seigneur et s'édifiant mutuellement CONDILLAC, Hist. anc. XV, 5
      • Mais moi, fils du désert....Sans crainte, sans remords, avec simplicitéJe marche dans ma force et dans ma liberté Ducis, Othello, II, 17
  21. 22Il se dit des choses qui font un certain progrès en bien ou en mal. Les choses marchent vers une solution. Cet État marche à sa ruine. Ces deux affaires marchent de front.

    • Cette affaire ne marche pas, elle ne fait aucun progrès vers une terminaison.

    • Absolument. Être en progrès. La civilisation marche. Le monde marche.

  22. 23Fig. Il se dit des choses auxquelles on prête un mouvement comme si elles étaient animées.

    • La gloire que V. A. s'est acquise en cette dernière campagne marchera au premier rang des événements les plus illustres de notre siècle ARN. D'ANDILLY, Lett. CXXIV
    • Que la crainte et la terreur marchent avec vous Montesquieu, Lett. pers. 148
    • Marcher ensemble, se dit de choses qui sont compatibles entre elles.

      • Il est difficile d'être équitable et conquérant en même temps, et je vois bien que la vaillance et la justice sont deux vertus qui ne marchent guère ensemble Voiture, Lett. 83
    • Ne pas marcher sans, en parlant des choses, être accompagné de.

      • Les grands talents ne marchent point sans une forte inclination pour tout ce qui se rapporte à leur objet MAIRAN, Éloges, card. de Polignac.
  23. 24Fig. Il se dit du progrès dans le développement d'une pièce de théâtre, d'un roman, d'un écrit. Ce discours, ce poëme marche bien. L'action de ce drame ne marche pas.

    • Marcher, se dit du style dans un sens analogue.

    • Ces vers marchent bien, le mouvement en est facile.

  24. 25Terme de musique. Se dit de la succession des sons et des accords qui se suivent dans un certain ordre.

    • J'ai gardé toujours une affection tendre pour un certain air du Conditor alme siderum qui marche par ïambes J.-J. Rousseau, Confess. III
  25. 26Fig. et familièrement. Y marcher, se dit de choses qu'on emploie. Nous avons beaucoup de monde à dîner, il faut que toute la vaisselle y marche, que tous les poulets de la basse-cour y marchent.

    • Vous êtes toujours trop regrettée et tendrement souhaitée dans cette petite chambre ; le café y marche tous les matins Mme de Sévigné, 11 oct. 1688
    • Quand l'argent marche, tout va bien. Quand on veut bien employer l'argent dans une affaire, elle réussit.

Remarque

Corneille a dit : Va marcher sur leurs pas où l'honneur te convie, Cinna, I, 3. Voltaire a relevé cette locution : " On ne dit pas plus allons marcher qu'allons aller " . Mais M. Gérusez objecte qu'on dit bien va courir, et que rien n'empêche de dire va marcher. Béranger n'a-t-il pas dit : Voir c'est avoir ; allons courir, Vie errante Est chose enivrante, Bohém.

Étymologie

Espagn. marchar ; ital. marciare ; allem. marschiren. Ces trois mots sont formés du français ; mais d'où vient le français lui-même ? Diez pense que marcher est proprement aller de marche en marche, et par conséquent il le fait venir de marche, frontière. D'autres l'ont tiré de mercari, commercer, à cause que le commerçant va de lieux en lieux ; d'autres enfin, de l'ancien allemand march, cheval. Toutes ces étymologies ont été mises à néant par Scheler, qui, à l'aide d'exemples du XIIe siècle et du XIIIe, a montré que le sens le plus ancien de marcher est presser avec le pied, mettre le pied sur. À ce sens on ne peut arriver ni de marche, frontière, ni de mercari, ni de march. À la vérité, on a dit marcher et marchir, comme le prouvent l'exemple du XIVe siècle [les marchies, les foulées, les pas], et celui de Froissart ; et marchir, venant de marche, frontière, a signifié être avoisinant ; mais ce n'est qu'une similitude fortuite. Allant plus loin, Scheler pense que marcher, presser du pied, et marc, résidu d'une chose pressée, ont le même radical, et que ce radical est dans le latin marc-us, marc-ulus, marc-ellus, marteau (voy. à MARC 2 une autre conjecture). L'hypothèse qui rattache marcher et marc est certainement ingénieuse, probable même ; mais ce sera toujours une hypothèse, tant qu'on ne trouvera pas soit dans marcher quelque sens positif qui se rapproche de marc, ou dans marc quelque sens qui se rapproche de marcher. En Normandie, on dit : marcher une terre, un bois, les parcourir en tous sens, afin d'en examiner l'état.

2marcher s. m. (mar-ché ; l'r ne se prononce et ne se lie jamais)

  1. 1La manière dont on marche.

  2. 2L'endroit où l'on marche, relativement au plus ou moins de facilité qu'on a d'y marcher.

    • Comment le parfum des fleurs, le charme de la verdure, l'humide vapeur de la rosée, le marcher mol et doux sur la pelouse, enchanteront-ils les sens ! J.-J. Rousseau, Émile, III
    • Nous avions sous nos pieds un marcher doux, commode et sec J.-J. Rousseau, Hél. IV, 11
  3. 3Terme de chasse. Faux marcher, se dit de la biche qui biaise en marchant, et du cerf après qu'il a mis bas son bois.

  4. 2Ajoutez :

    • Ne pas se laisser marcher sur le pied, n'être pas endurant.

  5. 27S. m. Le marcher, l'action de marcher.

    • Le seoir est aussi naturel que l'être debout ou le marcher Malherbe, Lexique, éd. L. Lalanne.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander