1membre s. m. (man-br')
-
1Partie extérieure du corps de l'homme et de l'animal, distinguée de toutes les autres parce qu'elle est placée en appendice, et unie au reste du corps par des articulations.
- Je veille pour les miens, mes soucis les conservent,Comme le chef a soin des membres qui le servent Corneille, Cid, II, 7
De travailler pour lui [l'estomac] les membres se lassant, Chacun d'eux résolut de vivre en gentilhomme, Sans rien faire....
La Fontaine, Fabl. III, 2Des yeux si délicats firent leurs délices de ces visages ridés, de ces membres courbés sous les ans
Bossuet, Anne de Gonz.Elle se tourmente comme dans un songe.... on veut parler, la voix ne se suit pas, on sent ses membres engourdis
Bossuet, La Vallière.Ô membres tendres et délicats, si souvent couchés sur la dure !
Bossuet, Bourgoing.- Et de son corps hideux les membres déchirés Racine, Athal. I, 1
Que de corps entassés, que de membres épars Privés de sépulture !
Racine, Esth. I, 5Les membres d'un corps qui croît doivent être tous au large dans leur vêtement
J.-J. Rousseau, Ém. II
-
Terme d'entomologie. Appendices qui sont placés sur les parties latérales du tronc des insectes et qui servent à la locomotion.
-
2Particulièrement et familièrement. La jambe.
-
Il se dit quelquefois pour gigot, épaule de mouton.
Il voit au feu le membre Accompagné de maint et maint pigeon
La Fontaine, Rém.
-
Terme de blason. Jambe ou patte de griffon, d'aigle ou d'autre oiseau, séparée du corps.
-
-
3Membre viril, la partie de l'homme ou de l'animal qui sert à la génération.
-
Membre marin ou priape de mer, ancien nom des holothuries.
-
-
4Le corps, dans le langage mystique.
Si la loi des membres nous entraîne vers les plaisirs des sens
Massillon, Carême, Avenir.
-
5Fig. Chacune des personnes qui forment un corps politique, une société religieuse, savante, littéraire, etc. Les membres du corps législatif, de l'Académie française.
Comme il est sans exemple que l'Académie ait fait l'éloge d'un souverain, en faisant, si on ose le dire, celui d'un de ses membres....
FONTENELLE, Czar Pierre.J'aurai plutôt achevé tout l'ouvrage [Commentaire sur Corneille], que l'Académie n'aura lu trente de mes remarques ; un membre va vite, les corps ont peine à se remuer
Voltaire, Lett. d'Argental, 9 août 1761Je crois que si ces Considérations sur l'état présent de l'Europe avaient été imprimées sous le nom d'un membre du parlement d'Angleterre, j'aurais reconnu Votre Altesse Royale ; j'aurais dit : Voilà le grand prince caché sous le grand citoyen
Voltaire, Lett. Pr. roy. de Prusse, 5 août 1738Pour les gens de lettres.... il faut qu'ils soient écrasés, attendu qu'ils ne font point corps, et qu'ils ne sont que des membres très épars
Voltaire, Lett. Luneau, 21 oct. 1769Des chaînes sans nombre embrassèrent tous les membres de la société
Barthélemy, Anach. Introd. part. 1
-
Fig. Membres pourris, membres gangrenés, hommes qui font déshonneur à un corps.
-
Terme mystique. Les membres de Jésus-Christ, de Dieu, de l'Église, c'est-à-dire les fidèles.
On s'aime, parce qu'on est membre de Jésus-Christ, parce qu'il est le corps dont on est membre
Pascal, Pens. XXIV, 59 ter, éd. HAVET.Dieu ayant fait le ciel et la terre, qui ne sentent point le bonheur de leur être, il a voulu faire des êtres qui le connussent, et qui composassent un corps de membres pensants
Pascal, ib. XXIV, 59Être membre, est n'avoir de vie, d'être et de mouvement que par l'esprit du corps et pour le corps ; le membre séparé, ne voyant plus le corps auquel il appartient, n'a plus qu'un être périssant et mourant
Pascal, ib. XXIV, 59 bis....Seigneur.... votre passion, que vous achevez dans vos membres [les fidèles] jusqu'à la consommation parfaite de votre corps [l'Église terrestre]
Pascal, Prière pour le bon usage des maladiesCes habitants désolés [de la Hongrie et de l'Autriche ravagées par les Turcs], ne sont-ce pas des chrétiens et des catholiques, nos frères, nos propres membres, enfants de la même Église ?
Bossuet, Mar.-Thér.Il nous consacre comme membres de Dieu
Bourdaloue, Serm. 17e dim. après la Pentecôte, Domin. t. IV, p. 78On savait seulement que nous [les chrétiens] étions tous membres d'un chef crucifié
Massillon, Carême, Jeûne.
-
6Partie d'un empire, d'une province.
Province qui devient membre du premier empire du monde
PATRU, Plaidoyer 4, dans RICHELETIl règne dans cet ouvrage [de Frédéric II], digne de son auteur, un style qui vous décèle, et j'y vois je ne sais quel air de membre de l'empire germanique qu'un citoyen anglais n'a guère
Voltaire, Lett. Prince roy. de Prusse, 15 août 1738
-
Terme féodal. Ce qui dépend d'une terre, d'une seigneurie, d'un bénéfice. Ce fief était un membre de la terre seigneuriale. Tenir par membre, posséder comme bien indivis.
-
7Chaque partie d'une période ou d'une phrase dont l'oreille saisit le commencement et la fin. Une période de quatre membres, à quatre membres.
Chaque phrase ou assemblage de mots qui forme un sens partiel dans une période, et qui a une certaine étendue, est appelée membre de la période
DUMARSAIS, Œuv. t. V, p. 51
-
Il se dit aussi des termes d'une comparaison.
Plus les expressions seront simples, plus il nous sera facile de saisir le rapport d un membre de cette comparaison à l'autre
Condillac, Lang. calc. I, 14
-
8En algèbre, membre d'une équation, chacune des deux parties qui sont séparées par le signe d'égalité.
-
9Chacune des parties grandes ou petites qui entrent dans la composition d'un ouvrage d'architecture. La frise est un membre de l'entablement.
-
Membre creux, moulure concave. Membre couronné, moulure surmontée d'un filet.
-
-
10Terme de marine. Chacune des deux côtes dont la réunion compose un couple.
Étymologie
Provenç. membre, nembre ; espagn. et portug. miembro ; ital. membro ; du lat. membrum, dont l'origine est incertaine. On l'a rattaché au sanscrit marman, articulation, organe ; Corssen, Beitr. p. 352, suppose que membrum est pour minbrum et de la même famille que min-or, min-ucre ; il signifierait ainsi une petite chose, une petite partie, une partie détachée.