menacer v. a. (me-na-sé. Le c prend une cédille devant a et o : menaçais, menaçons)
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1Frapper de menace.
Et, après que tous les partis furent abattus, il [le cardinal de Retz] sembla encore se soutenir seul, et seul encore menacer le favori victorieux [Mazarin] de ses tristes et intrépides regards
Bossuet, le Tellier.- Jusqu'au dernier soupir vous m'osez menacer Racine, Alex. V, 3
- J'entends de toutes parts menacer ma patrie ;Je vois marcher contre elle une armée en furie Racine, Iph. III, 4
Quand on le [Corneille] menaça d'une seconde critique sur la tragédie des Horaces semblable à celle du Cid, il répondit : Horace fut condamné par les duumvirs, mais il fut absous par le peuple
Voltaire, Comm. Corn. Hor. préf.- Ce tigre, encor farouche au sein de sa tendresse,Même en vous abordant, menaçait sa maîtresse Voltaire, Zaïre, V, 3
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Menacer quelqu'un de quelque chose, le lui faire craindre.
- Nous verrons cet amour dont vous nous menacez Corneille, Tite et Bérén. IV, 3
Un conquérant qui menaçait tout le Nord de la servitude
Bossuet, Anne de Gonz.- D'un sinistre avenir je menaçai ses jours Racine, Iphig. V, 6
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On peut dire aussi : menacer quelqu'un d'une personne.
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Menacer, ayant une chose pour régime direct.
Bien que.... mon père.... ....Et de verges souvent mes chansons menaçât
Régnier, Sat. IVAinsi tomba tout à coup la fureur des vents et des flots à la voix de Jésus-Christ, qui les menaçait
Bossuet, Ann. de Gonz.Les dieux.... Le bras déjà levé menaçaient mes refus
Racine, Iphig. I, 1- Nous partions, et déjà par mille cris de joieNous menacions de loin les rivages de Troie Racine, ib.
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Cet emploi est du langage poétique ou élevé ; car il y a là des personnifications ou des métonymies que le discours ordinaire n'admettrait pas.
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Absolument.
- Si sa main n'est armée, au moins son front menace DU RYER, Scév. IV, 6
Toi.... - Pulchérie : Ne menace point, je suis prête à mourir
Corneille, Hér. V, 5Quoique, sans menacer et sans avertir, elle [la mort] se fasse sentir tout entière dès le premier coup, elle trouve la princesse prête
Bossuet, Duch. d'Orl.La ville royale [Paris] s'émeut, et Rome même menace
Bossuet, le Tellier.
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Il se construit avec de et un infinitif.
On me menace, Si je ne sors d'ici, de me bailler cent coups
Molière, Femm. sav. II, 6Dieu même.... tant irrité contre nous, nous menace en sa colère d'abréger nos jours
Bossuet, Yolande de Monterby.- Au moindre bruit qui court qu'un auteur les menaceDe jouer des bigots la trompeuse grimace Boileau, Disc. au roi.
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Il se construit avec que et le verbe suivant au conditionnel ou au futur.
Ésope le menaça que ses mauvais traitements seraient sus
La Fontaine, Vie d'Ésope.Il tâche de l'intimider, il la menace qu'on dira à l'audience qu'elle....
Mme de Sévigné, à Guitaut, 23 janv. 1682Je menace que, si ma fille est encore grosse et toujours grosse, je n'irai point les voir
Mme de Sévigné, ib. 2 déc. 1671
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Par antiphrase, dans le discours familier, faire espérer. Il y a longtemps que vous me menacez de venir dîner chez moi ; venez-y donc demain.
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2Fig. Il se dit des choses qui semblent menacer comme font les personnes.
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3Avec un nom de chose pour sujet, il se dit des choses qui sont à craindre.
Pour garantir le public et sa propre conscience des maux dont les menaçait l'infirmité de son âge
Bossuet, le Tellier.- Songez-vous aux malheurs qui nous menacent tous ? Racine, Iphig. I, 2
- Il s'est plaint d'un péril qui menaçait ses jours Racine, Esth. II, 1
Rien ne menace tant d'une chute qu'une autorité qu'on pousse trop loin
Fénelon, Tél. XXII
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Être menacé de fièvre, d'apoplexie, dephthisie, etc. avoir à craindre d'être attaqué prochainement par une de ces maladies.
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On dit dans un sens analogue : être menacé d'une disgrâce, d'une banqueroute, etc.
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Menacer ruine, se dit d'un bâtiment qui est près de tomber.
Une maison qu'il appelait son château et qui n'était, à parler proprement, qu'une masure, tant elle menaçait ruine de toutes parts !
LE SAGE, Diable boit. ch. 19, dans POUGENS
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Fig. Cet empire, cet établissement menace ruine.
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Fig. Menacer ruine, se dit aussi des personnes malades ou vieilles dont la fin paraît prochaine.
Nous avons bien des confrères qui menacent ruine, l'abbé Alary, le président Hénault, Paradis de Moncrif, qui sera bientôt Moncrif de Paradis
D'Alembert, Lett. à Voltaire, 25 janv. 1778
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Il se construit, en cet emploi, avec de et un infinitif. Le choléra menaçait de gagner Paris.
- La discorde en ces lieux menace de s'accroître Boileau, Lutr. II
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Fig. et poétiquement. Menacer le ciel, les cieux, se dit de certains objets fort élevés. Ces montagnes, ces arbres menacent le ciel.
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4Se menacer, v. réfl. Faire des menaces l'un à l'autre.
Proverbes
Tel menace qui tremble, ou tel menace qui a grand'peur
, c'est-à-dire celui qui menace a souvent plus de peur que celui qu'il menace.
Étymologie
Menace ; wallon, manesî ; Hainaut, menacher ; provenç. menassar ; ital. minacciare.