mener v. a. (me-né. La syllabe me prend un accent grave quand la syllabe qui suit est muette : je mène, je mènerai)
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1Faire aller, en allant soi-même d'un lieu à un autre. Menez-moi chez moi dans votre voiture. Mener une femme par la main.
- La dame du logis me mène au lieu secret Régnier, Sat. X
- Ne soyez point en peine où je vais vous mener ;C'est un logement sûr que je vous fais donner Molière, Éc. des fem. V, 3
[L'ode] Mène Achille sanglant aux bords du Simoïs
Boileau, Art p. II- Je voudrais donc, seigneur, que ce mortel heureux....Aux yeux de vos sujets dans Suse fût mené Racine, Esth. II, 5
- Olympie en triomphe aux dieux sera menée Voltaire, Olymp. II, 1
J'avais autrefois un père qui était grondeur comme M. Grichard.... je menai mon père au Grondeur [comédie], je priai l'acteur d'ajouter ces propres paroles [prononcées par le père de Voltaire dans une gronderie] à son rôle, et mon bonhomme de père se corrigea un peu
Voltaire, Lett. Laharpe, 28 juin 1772
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Il se construit avec un infinitif.
Le charton n'avait pas dessein De les mener voir Tabarin
La Fontaine, Fabl. VIII, 12Ah ! s'écria la bûcheronne, pourrais-tu bien toi-même mener perdre tes enfants ?
PERRAULT, Contes, le petit Poucet.
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Fig. et populairement. Mener quelqu'un par un chemin où il n'y a pas de pierres, le poursuivre vivement, ne pas le ménager.
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Mener les ennemis battant, les obliger à se retirer précipitamment, et les poursuivre dans leur fuite.
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Le sens de la locution est mener les ennemis, leur faire la conduite avec hâte et activité ; on disait autrefois : le messager vint battant ; voy. BATTANT, à l'historique.
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Fig. et familièrement. Mener quelqu'un battant, tambour battant, remporter sur lui l'avantage en peu de temps, le forcer à faire ce qu'on veut.
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Fig. Mener se dit d'un maître qui instruit son élève.
Il se mit en état d'aller trouver un maître de mathématiques, qui lui promit de le mener vite et lui tint parole
Fontenelle, Hartsoeker.
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Terme de féodalité. Mener bannière, réunir le ban du fief, exercer le droit de banneret.
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2Par extension. Ce chemin mène à tel endroit, on va par ce chemin à tel endroit.
- Sur un chemin qui mèneD'un rivage du Tibre au quartier de Porsenne DU RYER, Scévole, II, 2
- Ce salon, qui conduit à ceux de Nicéphore,Mène aussi chez Irène Voltaire, Irène, II, 1
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Fig.
Si je suis un hypocrite, je suis un sot ; car il faut l'être beaucoup pour ne pas voir que le chemin que j'ai pris ne mène qu'à des malheurs dans cette vie
J.-J. Rousseau, Lett. à l'archev. de Paris.
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3Conduire chez quelqu'un, introduire, donner accès. Menez-moi chez le ministre.
Ma nièce de Bussy est veuve ; son mari est mort d'une horrible fièvre ; la maréchale de Schomberg veut que je l'y mène [chez cette nièce] après dîner
Mme de Sévigné, 293L'abbé de Châteauneuf me mena chez elle [Ninon de Lenclos] dans ma plus tendre jeunesse ; j'étais âgé d'environ treize ans ; j'avais fait quelques vers qui ne valaient rien, mais qui paraissaient fort bons pour mon âge
Voltaire, Mél. litt. sur Mlle de Lenclos.
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4Faire danser certaines danses, comme les branles où tous les danseurs imitent ce que le premier a fait.
Le roi dansera, et Monsieur mènera Mlle de Blois, pour ne pas mener Mademoiselle sa fille qu'il laisse à M. le Dauphin
Mme de Sévigné, 182Tout était préparé pour le bal ; le roi mena la reine
Mme de Sévigné, 15Il vint le prier de mener la Blake
Hamilton, Gramm. 7
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Mener la danse, être à la tête de ceux qui dansent.
Vertumne avec Zéphyr menait des danses éternelles
Chateaubriand, Génie, II, V, 1
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Dans le même sens, mener le branle.
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Fig. Mener le branle, mener la danse, être le premier à faire quelque chose. C'est à vous de mener le branle.
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5Conduire par force en quelque endroit. On le menait en prison, au supplice.
- On te mène égorger, innocente victime MAIRET, Marianne, IV, 4
- Qu'on me mène à la mort, je n'ai plus rien à dire Corneille, Poly. IV, 4
Le roi est mené de captivité en captivité, et la reine remue en vain la France, la Hollande, la Pologne même et les puissances du Nord les plus éloignées
Bossuet, Reine d'Anglet.- Où menez-vous ces enfants et ces femmes ? Racine, Athalie, III, 7
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Fig.
C'eût été un soutien sensible à une âme comme la sienne d'accomplir de grands ouvrages pour le service de Dieu ; mais elle est menée par une autre voie, par celle qui crucifie davantage....
Bossuet, Anne de Gonz.
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Fig. et familièrement. Mener quelqu'un à la baguette, le traiter avec hauteur, lui faire faire par autorité ce qu'on veut.
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6Être à la tête de, faire marcher. Mener une troupe.
- Horace, qui menait le reste des Romains,Se retourne vers eux, leur fait signe des mains DU RYER, Scévole, I, 3
Voilà celui qui nous menait dans les hasards
Bossuet, Louis de Bourbon.C'est [une armée] un assemblage confus de libertins qu'il faut assujettir à l'obéissance, de lâches qu'il faut mener au combat, de téméraires qu'il faut retenir....
Fléchier, Turenne.
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Fig. Mener des troupes à la boucherie, les exposer à une mort presque certaine.
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Mener le deuil dans une cérémonie funèbre, être à la tête des parents, des amis, de toutes les personnes qui forment le cortége.
Qui de nous n'a mené le deuil autour d'un tombeau, n'a fait retentir le cri des funérailles ?
Chateaubriand, Mart. XXIV- Autour du froid tombeau d'une épouse ou d'un frèreQui de nous n'a mené le deuil ? Victor Hugo, Odes, I, 2
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Un air à mener un mort en terre, air triste, lugubre, ennuyeux.
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Familièrement. Mener la bande, être le chef d'une association d'intérêt ou de plaisir.
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On dit dans le même sens : C'est lui qui mène les autres.
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7En parlant des animaux, les conduire. Mener les bêtes aux champs. Mener paître des vaches.
- Menons-en une en notre bois,J'aurai soin de la faire paître La Fontaine, Oies.
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Mener les chiens à l'ébat, les mener promener.
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Mener de front trois chevaux, quatre chevaux, guider trois chevaux, quatre chevaux attelés sur une même ligne.
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Fig. Mener de front plusieurs affaires, les conduire à la fois.
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Mener de front plusieurs sciences, les cultiver en même temps.
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On dit dans un sens analogue : Il mène de front les affaires et les plaisirs, c'est-à-dire il a beaucoup d'affaires et beaucoup d'amusements.
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Terme de chasse. Mener la quête, faire une battue pour trouver la perdrix.
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Terme de manége. Mener son cheval en avant, lui faire continuer son allure quand il paraît vouloir la ralentir. Mener un cheval droit, le placer de manière que ses épaules et ses hanches soient sur la même ligne. Mener un cheval en main, le conduire sans être monté dessus.
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Absolument. Le pied qui mène, se dit du pied droit de devant du cheval. Mener sur le bon pied, se dit du cheval qui, pour galoper, part du pied droit de devant.
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8Conduire, en parlant des voitures de terre et d'eau. Mener une charrette, un carrosse, un cabriolet. Ces gens menaient un bateau.
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Absolument. J'ai un cocher qui mène bien, qui mène grand train.
Mme de Roselle : Vous êtes postillon ? - Le postillon : Madame, à vous servir ; Et chacun vous dira que je mène à ravir
COLLIN D'HARLEVILLE, Optimiste, IV, 16
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Fig. Mener bien sa barque, conduire bien ses affaires.
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9Mener, se dit d'un voiturier, d'un batelier qui conduit des voyageurs.
Il [un batelier lors de la fuite de la femme de Jacques II] ne croyait mener que des gens du commun, comme il en passe souvent [d'Angleterre en France]
Mme de Sévigné, 24 décembre 1688
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Voiturer. Mener du blé au marché, du bois par bateau.
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10Se faire accompagner ou suivre, emmener, amener. Il mène bien des gens à sa suite. Il mena tout son monde avec lui.
Le roi mène peu de troupes et la moitié de sa garde
Mme de Sévigné, 5 avr. 1687Votre enfant était chez Mlles de Castelnau.... il avait mené un hautbois, on y dansa jusqu'à minuit
Mme de Sévigné, 10 janv. 1689Mme du Puy-du-Fou ne veut pas que je mène la petite enfant ; elle dit que c'est la hasarder
Mme de Sévigné, 20 mai 1672
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11Être cause qu'on suive, qu'on aille après. Ce voleur s'est enfui, il a mené loin les gendarmes qui le poursuivaient.
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Fig.
La première chose qui saisit mon imagination la mène si loin, que cela compose souvent une loge des Petites-Maisons
Mme de Sévigné, 17 juill. 1680Une de nos folies a été de souhaiter de découvrir tous les dessous de cartes.... cette folie nous mena bien loin, et nous divertit fort
Mme de Sévigné, 24 juill. 1675
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Fig. Ceci me mènerait trop loin, m'écarterait de mon sujet.
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Fig. Mener loin, entraîner à des conséquences compromettantes.
Ceux qui prendront les tours d'esprit pour des faits et toutes les belles paroles pour des vérités n'ont qu'à se livrer à M. de Cambrai [Fénelon] : il saura les mener loin
Bossuet, Rem. sur la rép. à la rel. quiét. avant-propos.
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Fig. Mener loin, faire courir de grands risques, impliquer dans une grave affaire.
- On peut vous mener loin avec de pareils gages Molière, Tart. V, 1
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Fig. Mener loin, avec un nom de chose pour sujet, compromettre, exposer à des difficultés, à des périls. La signature qu'il a donnée peut le mener loin. Le jeu, les femmes mènent loin, bien loin.
Il ne faut jamais s'écarter de ses principes ; le contraire pourrait mener loin
Mme de Genlis, Ad. et Théod. t. III, p. 150, dans POUGENS
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Fig. Mener loin, lorsqu'il s'agit de choses qui se dépensent ou se consomment, signifie fournir longtemps du secours à quelqu'un, lui durer longtemps. Ces provisions, cet argent peuvent encore nous mener loin. Fig. Exercer sur quelqu'un une action comparée à celle d'un homme qui en mène un autre, le gouverner, lui faire faire ce qu'on veut.
Cela ne put le mener loin, et il demeura bientôt sans ressource
LE SAGE, Diable boit. ch. 20, dans POUGENSAllez, allez, il ne faut pas se laisser mener comme un oison
Molière, l'Am. méd. I, 4Il faut pourtant paraître ferme au premier choc, de peur que, sur votre faiblesse, il ne prenne le pied de vous mener comme un enfant
Molière, Fourb. de Scap. I, 4Il y a de certains esprits.... qu'on ne mène qu'en tournant où l'on veut les conduire
Molière, l'Avare, I, 8Dans la société, c'est la raison qui plie la première : les plus sages sont souvent menés par le plus fou et le plus bizarre
La Bruyère, VPour se laisser mener sans résistance
Fénelon, Tél. VIIIl [Marlborough] menait le parlement par son crédit et par celui de Godolphin, grand trésorier
Voltaire, Louis XIV, 18- Au fond, elle vous mène, en vous semblant soumise Gresset, Méchant, I, 2
Mes amis et mes connaissances menaient cet ours si farouche comme un agneau
J.-J. Rousseau, Confess. VIIIOn ne connaît point les préjugés quand on les adopte, et l'on ne mène point le peuple quand on lui ressemble
J.-J. Rousseau, Ém. IIILe point le plus essentiel dans l'art de mener les esprits, c'est de leur cacher qu'on les mène
Marmontel, Cont. mor. Fem. com. peu.
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Mener quelqu'un par la lisière, à la lisière, le conduire, le gouverner comme un enfant.
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Mener quelqu'un en laisse, en disposer à son gré, le conduire comme on veut.
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Mener quelqu'un par le nez, abuser de l'ascendant qu'on a sur quelqu'un ou de sa faiblesse d'esprit pour lui faire faire tout ce qu'on veut. (Cette locution est prise de l'usage de conduire certains animaux, les ours, les buffles, à l'aide d'un anneau passé dans le nez).
Vous... Et vous faites mener en bête par le nez
Molière, F. sav. II, 9- Vous me pensiez mener par le nez comme un ours Thomas Corneille, D. Bertr. de Cigaral, V, 9
C'est un sot, un benêt que je mène par le nez plus facilement que mes chevaux par la bride
LEGRAND, Galant coureur, sc. 13
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C'est un homme à mener par le nez, c'est un homme faible, crédule, sans caractère.
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12Fig. Agir envers quelqu'un de telle ou telle façon, le traiter de telle ou telle façon. Mener doucement quelqu'un. C'est un enfant timide, menez-le doucement. Il le mena fort rudement.
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Mener rudement, faire subir de grandes pertes, en parlant d'actions militaires.
Les Perses menaient rudement la cavalerie thessalienne
VAUGELAS, Q. C. III, 11
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Familièrement. Mener quelqu'un rudement, le mener comme il faut, lui donner bien de la peine, lui susciter bien des affaires.
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Familièrement. Mener quelqu'un bon train, de la belle manière, le traiter sans ménagement.
- Je mène tous ces faquins-là assez bon train Voltaire, Lett. d'Alembert, 25 août 1759
Le préfet s'est avisé d'y trouver à redire ; là-dessus nous l'avons mené de la belle manière
Paul-Louis Courier, 2e lettre particul.
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Mener follement, se moquer par des plaisanteries qui font beaucoup rire.
J'ai dîné avec le coadjuteur, il se plaint de la cruauté de l'abbé qui l'a laissé seul à Paris ; le pauvre homme ! sans amis, sans connaissances, sans maisons, ne sachant où donner de la tête ; nous avons mené assez follement cette plainte
Mme de Sévigné, 15 août 1677
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Il se dit des souffrances qu'infligent les maladies.
Il [M. de Grignan] a été mené quatre ou cinq jours fort rudement de la colique et de la fièvre continue, avec deux redoublements par jour
Mme de Sévigné, 1er déc. 1690
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Mal mener, voy. MALMENER.
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Cette médecine l'a mené doucement ou rudement, elle l'a peu ou beaucoup tourmenté, en le purgeant.
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13Fig. Amuser par des paroles, par des espérances. Il y a six mois que vous me menez sans que je voie aucun effet de vos promesses.
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14Fig. Il se dit des choses que l'on fait aller, dont on tient la conduite, le fil.
- Mena si bien la fourbe et la tint si secrète.... MAIRET, Soliman, V, 11
- Envieux l'un de l'autre, ils mènent tout par brigues,Que leur ambition tourne en sanglantes ligues Corneille, Cinna, II, 1
Mme de Monaco mène cette affaire
Mme de Sévigné, 163Il faut mener les choses avec douceur et prudence
Bossuet, Lett. abb. 103- C'est vous, à ce qu'on dit, qui menez cette intrigue Regnard, Démocrite, IV, 5
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Mener à bien, terminer, achever heureusement une chose.
Ce n'est rien d'entreprendre une chose dangereuse ; mais d'échapper au péril en la menant à bien....
Beaumarchais, Mar. de Fig. I, 1
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Familièrement. Mener rondement une affaire, la traiter avec activité sans trop s'attacher aux détails.
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Mener une vie..., vivre d'une certaine façon.
Ils mènent une vie avec tant d'innocence
Corneille, Poly. V, 6Je suis presque toujours enfermé dans un cabinet où je mène la vie d'un savant
Montesquieu, Lett. pers. 142Vous devez mener une vie très heureuse : vous vivez avec les belles-lettres, la philosophie, tous les arts
Voltaire, Lett. d'Argens, 20 déc. 1736
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Mener un train, un grand train, grand train, faire beaucoup de dépense, vivre avec faste.
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Mener un train, signifie aussi se conduire d'une certaine façon.
Et vous menez sous cape un train que je hais fort
Molière, Tart. I, 1
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Familièrement. Mener grand deuil de quelque chose, en être fort attristé.
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Mener beau bruit, grand bruit, faire beaucoup de bruit.
Et elles [des personnes en société] mènent un si grand bruit, que, bien souvent, elles n'entendent plus ce qu'elles disent,
MLLE DE SCUDÉRY, Convertions, De la conversation
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Mener la parole, s'en servir habilement.
Elle mena la parole si bien, si vigoureusement, si capablement, qu'il [le chevalier] en fut ravi pour une demi-heure
Mme de Sévigné, 13 déc. 1688
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Mener les bras, travailler à force de bras.
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Mener les mains, se battre.
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Dans le langage familier, mener guerre, faire la guerre, guerroyer.
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Mener la table, se dit, chez les cartiers, pour assortir les cartes et les diviser par jeux.
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15Terme de géométrie. Mener une ligne d'un point à un autre, tracer une ligne qui joigne ces deux points.
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16Mener, avec un nom de chose pour sujet, se dit de ce qui est cause qu'on vient.
- Mais quelle occasion mène Évandre vers nous ? Corneille, Cinna, I, 3
- Je suis ici venu.... - Sans m'en faire récit,Je sais ce qui vous mène.... Molière, Éc. des femm. V, 7
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17Fig. Il se dit de ce qui achemine vers un terme, y fait aller.
- Qu'aisément l'amitié jusqu'à l'amour nous mène !C'est un penchant si doux qu'on y tombe sans peine Corneille, Héracl. III, 1
L'idée du bonheur nous mène à Dieu
Bossuet, Conn. IV, 6On est presque toujours mené par les événements, et rarement on les dirige
Voltaire, Louis XV, 4Les lumières et les vertus n'y mènent à rien de distingué
BERN. DE ST-PIERRE, Paul et Virg.
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Absolument. Le crime mène à l'échafaud. La débauche mène à la misère.
Une religion [la chrétienne].... qui est faite pour mener sans cesse du repentir à l'amour et de l'amour au repentir
Montesquieu, Esp. XXIV, 13- Trop de respect souvent mène à l'ingratitude Voltaire, Mahom. III, 3
- C'est pourtant là, milord, que mène l'inconduite C. DELAVIGNE, les Enfants d'Édouard, II, 3
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Cela ne mène à rien, on n'en saurait tirer aucun avantage.
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18Fig. Il se dit aussi des motifs qui font agir.
Change, pauvre abusé, change de batterie, Conte ce qui te mène, et ne t'amuse pas à perdre innocemment tes discours et tes pas
Corneille, la Veuve, I, 1Pour moi, je serais très fâchée d'être consolée ; je ne me pique ni de fermeté, ni de philosophie ; mon cœur me mène et me conduit
Mme de Sévigné, 125Au lieu d'écouter son cœur qui la menait bien, elle écouta sa raison qui la menait mal
J.-J. Rousseau, Confess. VÀ dix ans, il est mené par des gâteaux ; à vingt par une maîtresse ; à trente par les plaisirs ; à quarante par l'ambition ; à cinquante par l'avarice
J.-J. Rousseau, Ém. V
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19Terme d'horlogerie. Se dit de l'action de la dent d'une roue qui presse l'aile d'un pignon.
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20Se mener, v. réfl. Conduire soi-même sa voiture.
La mode dans ce temps-là parmi les dames était de voyager sans laquais et sans cocher, et de se mener elles-mêmes
Voltaire, Crocheteur borgne.
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21Fig. Se mener, être dirigé, conduit, en parlant de choses, d'affaires, etc.
Je ne vous parlerai pas de ces commerces dangereux, ni de ces intrigues qui se mènent parmi les ténèbres
Bossuet, 3e sermon, Circoncision, 3Cela se mène d'une manière qu'il n'est pas possible de vous en rien dire
Bossuet, Lett. 153Mais cette affaire-ci s'est menée un peu vite
COLLIN D'HARLEVILLE, Chât. en Espagne, IV, 5
Proverbes
C'est le monde renversé, la charrue mène les bœufs
. C'est un aveugle qui mène l'autre
, se dit lorsqu'un homme de peu d'esprit et de sens entreprend de conduire un autre homme qui n'en a pas plus que lui. Tout chemin mène à Rome
, on peut arriver à un but par différents moyens.
Étymologie
Wallon, miner, à l'ind. présent sing. mône ; provenç. menar ; espagn. menear ; ital. menare ; du lat. minare, mener ; comp. l'anc. haut allem. menen, l'anc. frison mena, le bas-saxon mennen, mener. Il faut remarquer qu'en latin minare ne se dit dans le sens de mener que des troupeaux, des animaux.