merveille s. f. (mèr-vè-ll', ll mouillées, et non mèr-vè-ye)
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1Chose qui cause de l'admiration.
- La valeur de son père, en son temps sans pareille,Tant qu'a duré sa force, a passé pour merveille Corneille, Cid, I, 1
- La plus rare merveille,Quand l'esprit la connaît, ne surprend plus l'oreille Rotrou, St-Genest, I, 7
- Mais de nous charmer les oreillesPar sa merveille des merveilles,Cela ne se peut nullement BERTELOT, Contre Malherbe, dans l'éd. de Ménage, p. 498
Il ne faut jamais dire aux gens : Ecoutez un bon mot, oyez une merveille ; Savez-vous si les écoutants En feront une estime à la vôtre pareille ?
La Fontaine, Fabl. XI, 9- Paroles font en amour des merveilles La Fontaine, Orais.
- De la moindre vétille il fait une merveille Molière, Mis. II, 5
Faute de cette connaissance [de l'agrément, en poésie], on a inventé de certains termes bizarres : siècle d'or, merveille de nos jours, et on appelle ce jargon beauté poétique
Pascal, Pens. VII, 25, éd. HAVET.Quelle partie du monde habitable n'a pas ouï les victoires du prince de Condé et les merveilles de sa vie ?
Bossuet, Louis de Bourbon.Élevant son esprit aux choses invisibles de Dieu par les merveilles visibles de la nature
Fléchier, Lamoign.- Le public, enrichi du tribut de nos veilles,Croit qu'on doit ajouter merveilles sur merveilles Boileau, Épître VI
Lorsque, dans les âges suivants, l'on parlera avec étonnement des victoires prodigieuses et de toutes les grandes choses qui rendront notre siècle l'admiration de tous les siècles à venir, Corneille, n'en doutons point, Corneille tiendra sa place parmi toutes ces merveilles
Racine, Rép. au disc. de récept. de Th. Corneille.Les grands et les puissants de Pologne, frappés des merveilles que la renommée répand de lui en tous lieux
Massillon, Or. fun. Conti.- Je vis près d'Apollon, à son autel de pierre,Un palmier, don du ciel, merveille de la terre André Chénier, l'Aveugle.
- Là, près des ruches des abeilles,Arachné tisse ses merveilles Lamartine, Harm. II, 9
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Les sept merveilles du monde, les sept monuments les plus célèbres dans l'antiquité, à savoir les pyramides d'Égypte, les murailles et les jardins suspendus de Babylone, le temple de Diane à Éphèse, celui de Jupiter Olympien à Pise en Élide, le tombeau qu'Artémise fit élever pour Mausole, son mari, le phare d'Alexandrie, et le colosse de Rhodes.
Ainsi fut achevée la ruine de ce tombeau [de Mausole], la dernière des trois merveilles dont l'Asie s'enorgueillissait ; car le temple de Diane à Éphèse et le colosse consacré au soleil à Rhodes avaient depuis longtemps disparu
SAINTE-CROIX, Instit. Mém. hist. et litt. anc. t. II, p. 380
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Par exagération. C'est une des sept merveilles du monde, se dit d'un superbe édifice, ou de quelque autre chose semblable, étonnante en son genre.
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On dit de même : c'est la huitième merveille du monde.
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Familièrement. Ce n'est pas grande merveille, ou, par ironie, voilà une belle merveille, ou, elliptiquement, belle merveille, belle merveilles, se dit pour rabaisser une chose, une action que quelqu'un veut faire passer pour admirable.
Belles merveilles ! assembler des voleurs, des scélérats, se faire chef de bandits
Fénelon, Dial. des morts anc. dial. 8
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Être la merveille de, exciter l'admiration.
Cette princesse est toujours la merveille de la cour
Bossuet, Lett. quiét. 497La cour ne le retint guère, quoiqu'il en fût la merveille
Bossuet, Louis de Bourbon.Cet État sera la merveille de l'Hespérie
Fénelon, Tél. XXIIQue le corps de ville [de Paris] demande seulement permission de mettre une taxe modérée et proportionnelle sur les habitants.... que les projets [d'embellissement] soient reçus au concours, que l'exécution soit au rabais, il sera facile de démontrer qu'on peut, en moins de dix ans, faire de Paris la merveille du monde
Voltaire, Pol. et lég. Embell. de Paris.Cette femme dont tout le monde parlait, et dont on ne connaissait pas le véritable nom, parut à lord Nelvil l'une des merveilles du singulier pays qu'il venait voir
Mme de Staël, Corinne, II, 1
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C'est une merveille.... c'est merveille de.... que de.... c'est-à-dire c'est une chose extraordinaire de.... ou que de.... C'est une merveille de faire cela, ou que de faire cela.
C'était merveille de le voir, Merveille de l'ouïr...
La Fontaine, Fabl. VIII, 2Vous connaissez la manœuvre des uns et des autres, que c'est une merveille
Hamilton, Gramm. 5
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C'est merveille que, avec le subjonctif.
- Court à son compagnon, lui dit que c'est merveilleQu'il n'ait eu seulement que la peur pour tout mal La Fontaine, Fabl. V, 20
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Ce n'est pas merveille de, ce n'est pas merveille que.... avec le verbe au subjonctif, ce n'est pas merveille si.... c'est-à-dire il n'y a pas lieu de s'étonner. Ce n'est pas merveille qu'il ait échoué.
Ce n'est pas merveille, s'il faut une force assez sensible
Descartes, Mondes, 3Ce n'est donc pas merveille si les peuples faisaient moins de cas des nouveaux oracles que des anciens
Fontenelle, Oracl. I, 11Puisque vous logez chez un médecin, ce n'est pas merveille que vous soyez malade
Voltaire, Lett. Thiriot, 8 oct. 1760- Pour elle, ce n'est pas merveilleDe troubler l'ordre de mes jours Béranger, Print. et aut.
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Familièrement. Faire merveilles, faire des merveilles, se distinguer d'une façon extraordinaire.
- Si tu le fais, Seigneur, il fera des merveilles Malherbe, II, 1
- Ma Chimène, il est vrai qu'il a fait des merveilles Corneille, Cid, IV, 2
Vous faites des merveilles
Molière, Bourg. gent. II, 3Vous avez fait des merveilles d'écrire à Mme de Lavardin
Mme de Sévigné, 77L'on dit que, dans le passage du Rhin, le chevalier de Grignan fit encore des merveilles de valeur et de prudence
Mme de Sévigné, 206Vous savez toutes les merveilles qu'on a faites sur les Turcs [qui venaient d'être battus]
Mme de Sévigné, 2 sept. 1687Elle [votre cousine] y a fait merveilles
Mme de Sévigné, à Bussy, 15 janv. 1687Mme la Dauphine fait merveilles, et tout le monde en est content
Mme de Maintenon, Lett. à, M. d'Aubigné, 3 oct. 1684
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Faire des merveilles à, produire un excellent effet à ou sur.
Hier, le remède de l'Anglais avait fait des merveilles
Mme de Sévigné, 413Les eaux m'ont fait des merveilles
Mme de Sévigné, 24 sept. 1677
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Faire des merveilles à, faire un excellent accueil à.
Mme de Schomberg me fait des merveilles, et son mari à mon fils
Mme de Sévigné, 29 juill. 1676Je fus hier avec Mme de Coulanges au Palais-Royal.... Madame me fit des merveilles d'abord ; mais, quand l'abbé de Chavigny fut entré, mon étoile pâlit visiblement
Mme de Sévigné, 25 juin 1677
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Se faire merveilles, se faire mille amitiés l'un à l'autre.
Praslin et le chevalier de Montfort se firent merveilles
Saint-Simon, 13, 149
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Faire merveille, se dit des choses qui produisent un bel effet, qui plaisent infiniment. Un ruisseau qui fait merveille dans le paysage.
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Dire des merveilles de, dire merveilles de, vanter extraordinairement.
On en disait merveilles
La Fontaine, Faucon.On dit des merveilles de notre bon pape
Mme de Sévigné, 325M. le chancelier me dit hier des merveilles de votre conduite
Mme de Maintenon, Lett. au card. de Noailles, 18 déc. 1695Dire merveilles de sa santé devant des infirmes
La Bruyère, V
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Dire merveilles, dire des merveilles, écrire des merveilles, dire, écrire des choses charmantes.
Elle [Mlle de la Vallière entrant aux Carmélites] a fait couper ses beaux cheveux.... elle caquète et dit merveilles ; elle assure qu'elle est ravie d'être dans une solitude
Mme de Sévigné, avril ou mai 1674Le roi écrivit hier ici des merveilles
Bossuet, Lett. quiét. 78
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Crier à la merveille, exprimer vivement son admiration.
[Le pacha fixant un maximum fort bas sur les comestibles] le peuple crie à la merveille, mais les marchands ferment leurs boutiques
Chateaubriand, Itin. 5e partie.
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On dit dans le même sens : crier merveille.
....Un amas de vains admirateurs.... prompts à crier merveille
Boileau, Art p. IV
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Fig. Promettre monts et merveilles, promettre merveilles, faire de très grandes promesses.
- Elle fait amitié, leur promet des merveilles Corneille, Médée. I, 1
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Conter monts et merveilles, conter merveilles, conter des merveilles de, faire des récits qui excitent l'admiration pour.
Qu'il conte merveilles à ceux qui l'écoutent, de l'éloquence attique
Guez de Balzac, Socrate, disc. 2Ce fut un passe-temps de l'entendre conter Monts et merveilles de la dame
La Fontaine, Fiancée.Ils contaient des merveilles des périls de cette expédition
Hamilton, Gramm. 11
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2Personne qui excite l'admiration.
- La voici, la belle Marie,Belle merveille d'Étrurie Malherbe, III, 1
- Je sers, je le confesse, une jeune merveille Malherbe, V, 21
Je vous réponds que vous en ferez une petite merveille
Mme de Sévigné, 524La princesse de Conti.... est enfant au delà de ce qu'on peut imaginer, et Mme la Dauphine est une merveille d'esprit, de raison et de bonne éducation
Mme de Sévigné, 12 avr. 1680Soutenir la dignité de merveille entre deux âges où vous m'avez élevée
Mme de Sévigné, 24 avr. 1671- Du théâtre français l'honneur et la merveille,Il sut ressusciter Sophocle en ses écrits Boileau, Poésies div. XIX.
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3Chose qui, excitant l'étonnement, paraît dépasser les forces de la nature.
Par quelle merveille Mon œil peut-il sitôt démentir mon oreille ?
Rotrou, Vencesl. IV, 5Les merveilles que Dieu avait opérées en leur pays
Bossuet, Hist. II, 12Quelle merveille de la grâce ! malgré une vocation si peu régulière, la jeune abbesse devint un modèle de vertu
Bossuet, Anne de Gonz.- Une merveille absurde est pour moi sans appas Boileau, Art p. III
- On ne voit plus pour nous ses redoutables mainsDe merveilles sans nombre effrayer les humains Racine, Athal. I, 1
- Peuple ingrat ! quoi ! toujours les plus grandes merveilles,Sans ébranler ton cœur, frapperont tes oreilles ? Racine, ib.
Et faites retentir jusques à son oreille De Joas conservé l'étonnante merveille
Racine, ib. V, 3Tant de merveilles qu'ils [les dieux] ont faites en votre faveur
Fénelon, Tél. VIIIl chante les merveilles des dieux
Fénelon, ib. XIX.J'oublierai le monde entier pour ne plus m'occuper que des merveilles de votre grâce sur mon âme
Massillon, Carême, Lazare.
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4A merveille. loc. adv. Très bien, parfaitement.
- Et Tartufe ? - Tartufe ? il se porte à merveille,Gros et gras, le teint frais et la bouche vermeille Molière, Tart. I, 5
Tout allait à merveille ; j'avais obtenu, presque arraché l'estime de tout le monde
J.-J. Rousseau, Confess. III
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Au XVIIe siècle on écrivait à merveilles ; c'est l'orthographe du Dictionnaire de l'Académie de 1694.
Je revins chez la d'Escars admirer encore la beauté de notre linge et de nos étoffes ; tout sera à merveilles
Mme de Sévigné, 26 août 1676Je lui procure.... un bon médecin dont il se trouvera à merveilles
Mme de Sévigné, 24 sept. 1677
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À merveille, se dit aussi ironiquement pour exprimer son mécontentement, son indignation.
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5Familièrement. Pas tant que de merveille, pas beaucoup.
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6Merveille à fleurs jaunes, balsamine des bois.
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Se dit de plusieurs variétés de fleurs, et particulièrement de tulipes. Merveille d'Amsterdam, de Harlem.
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Merveille du Pérou, plante de cette région, dont la merveille consiste en ce qu'elle porte cinq petites fleurs, en forme de cloche, dont chacune est tout à fait différente des autres ; d'autres disent que c'est tout simplement la belle-de-nuit.
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Merveille d'hiver, espèce de poire de novembre.
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7S. f. pl. Merveilles, pâtisserie génevoise, rubans de pâte cuits dans le beurre.
La collation fut composée d'échaudés, de merveilles
J.-J. Rousseau, Hél. VI, 10
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7Les merveilles ne sont pas particulières à Genève ; on en fait aussi dans la Dordogne.
Les merveilles, dans le langage du pays, ce sont des gâteaux légers et sucrés
Gaz. des Trib. 7 mars 1876, p. 230, 1re col.
Remarque
FAIRE MERVEILLE, FAIRE DES MERVEILLES. Faire merveille se dit des choses, et signifie que ces choses font très bien : Cette figure fait merveille dans ce tableau. Faire des merveilles ou faire merveilles se dit des personnes, et signifie que ces personnes ont fait des choses merveilleuses : Cet orateur a fait aujourd'hui des merveilles. Telle est la décision de Laveaux. Mais cette distinction n'est pas observée. Ainsi voici des exemples de Mme de Sévigné, où, suivant cette décision, il faudrait faire merveille : En voici d'autres de Corneille et de Molière où il faudrait, suivant la même décision, faire des merveilles ou faire merveilles :
Étymologie
Bressan, moraville ; bourguig, morvaille ; Berry, marveille ; provenç. meravelha, meravilla ; espagn. maravilla ; portug. maravilha ; ital. maraviglia ; du lat. mirabilia, choses merveilleuses, pluriel neutre de mirabilis, admirable.