mesurer v. a. (me-zu-ré)
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1Chercher à connaître une quantité par le moyen d'une mesure. Mesurer la largeur d'un fleuve. Mesurez ce tas de blé. Mesurer les degrés de froid, de chaleur.
On sent couler le temps, on le mesure
Pascal, Pensées, t. I, p. 291, édit. LAHURE.Aussitôt qu'on cesse pour nous de compter les heures, et de mesurer notre vie par les jours et par les années
Bossuet, Duch. d'Orl.Tout est vanité sous le soleil, c'est-à-dire tout ce qui est mesuré par les années
Bossuet, ib.- N'est-ce pas l'homme enfin dont l'art audacieux,Dans le tour d'un compas, a mesuré les cieux ? Boileau, Sat. VIII
Ils [les rois] se sont presque toujours plus appliqués à ravager le monde qu'à le mesurer
Voltaire, Dict. phil. Géographie.La ligne ne peut être mesurée que par la ligne ; il en est de même de la surface et du solide : il faut une surface et un solide pour les mesurer
Buffon, Ess. arithm. mor.Ô Architas, vous qui avez mesuré le globe, qu'êtes-vous ? un peu de cendre
Diderot, Mém. t. IV, p. 157, dans POUGENS- Il est là !... sous trois pas un enfant le mesure Lamartine, Nouv. médit. Bonaparte.
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Absolument.
Mesurer, c'est appliquer successivement sur toutes les parties d'une grandeur une grandeur déterminée
Condillac, Art de rais. I, 2Chercher des rapports ou mesurer, c'est la même chose
Condillac, Log. I, 5
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Terme de construction. Mesurer par équarrissement, prendre, pour le volume d'une pierre ou d'une pièce de bois taillée de forme irrégulière, le parallélépipède rectangle dans lequel elle serait inscrite.
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Fig. et familièrement. Mesurer les autres à son aune, juger des vertus et des vices d'autrui par les vertus et les vices qu'on a (cela se dit plus ordinairement en mal qu'en bien). Le Seigneur dit qu'on sera mesuré à la même mesure qu'on a mesuré les autres, c'est-à-dire que la pareille nous sera rendue.
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Dans un sens analogue, mesurer quelque chose de grand à la longueur de son bras, s'en faire une trop petite idée.
Nous qui mesurons la terre à la longueur de nos bras
Béranger, Myrmid.
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Fig. Ne pas mesurer son verre, se griser, boire plus que de raison.
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2Mesurer, vendre, donner à la mesure. Mesurez-moi un litre de pommes de terre.
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Fig.
- On dirait que le ciel aux cœurs plus magnanimesMesure plus de maux Lamartine, Médit. I, 14
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Fig. Voilà le boisseau où on les mesure, se dit des choses sur lesquelles il y a contestation, en montrant la règle qui décide la chose.
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3Mesurer, avec un nom de mesure pour sujet, se dit des dimensions, de la durée des choses.
Pendant deux mille deux cents ans qui ont mesuré sa durée [de Jérusalem]
Bossuet, Sermons, Bonté et rigueur de Dieu, 2
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On peut, avec un sens analogue, faire de l'objet mesuré le sujet, et de la mesure le régime.
C'est [le sépulcre d'Absalon] une masse carrée mesurant huit pas sur chaque face
Chateaubriand, Itin. 4e part.
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4Mesurer des yeux ou avec les yeux, évaluer par le moyen des yeux la distance ou la grandeur d'un objet. Mesurer des yeux la hauteur d'une tour.
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Fig. Mesurer un homme des yeux, le regarder avec attention depuis les pieds jusqu'à la tête, pour l'examiner, pour en juger, et même pour le provoquer, pour l'attaquer.
Je la voyais qui me mesurait depuis les pieds jusqu'à la tête
Marivaux, Pays. parv. 3e part.
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5Mesurer les épées, constater, dans un combat singulier, que les épées des adversaires sont de même longueur.
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Par extension. Mesurer son épée avec quelqu'un, avec celle de quelqu'un, se battre avec lui.
- Il se méprend pourtant, s'il pense qu'aujourd'huiNous daignions mesurer notre épée avec lui Corneille, D. Sanche, I, 5
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On dit de même : mesurer ses armes.
- En Castille, avec lui, j'ai mesuré mes armes Voltaire, D. Pèdre, III, 4
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Mesurer ses forces contre quelqu'un, faire épreuve de ses forces contre les siennes.
Sans mesurer nos forces avec celles des ennemis
Bossuet, Hist. II, 8
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6Mesurer la terre, produire en tombant sur la terre une empreinte égale à notre corps, et, par conséquent, tomber.
- Les guerriers de ce coup vont mesurer la terre Boileau, Lutrin, V
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7Terme de vénerie. Mesurer une forêt, se dit en parlant d'une bête qui la traverse d'un bout à l'autre.
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8Mesurer se dit des vers.
- Lui-même en mesura le nombre et la cadence Boileau, Art p. II
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9Fig. Partager, régler comme avec une mesure.
Il [le jeune Grignan] partit à Noël.... il reviendra dimanche ; le chevalier a mesuré tous ses jours
Mme de Sévigné, 27 déc. 1688
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10Fig. Faire, comme avec une mesure, des appréciations morales ou intellectuelles.
- Et mesurant sa faute à la peine d'autrui Malherbe, I, 4
Croyons que la justice aussi bien que la miséricorde de Dieu ne veulent pas être mesurées sur celles des hommes
Bossuet, Hist. II, 1Que je méprise ces philosophes qui, mesurant les conseils de Dieu à leurs pensées, ne le font auteur que d'un certain ordre général !
Bossuet, Mar.-Thér.- Est-ce au pied du savoir qu'on mesure les hommes ? Boileau, Sat. VIII
- Je sais de vos présents mesurer la grandeur Racine, Brit. II, 3
Mes yeux s'ouvrent enfin, la raison m'est rendue Pour mesurer l'abîme où je suis descendue
Casimir Delavigne, Vêp. sicil. IV, 1
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11Fig. Proportionner.
Tel, et plus épouvantable, S'en allait ce conquérant, à son pouvoir indomptable Sa colère mesurant
Malherbe, II, 2- Le ciel, qui mieux que nous connaît ce que nous sommes,Mesure ses faveurs au mérite des hommes Corneille, Andromède, V, 2
Les mystères qu'ils prétendaient mesurer à nos faibles conceptions
Bossuet, Hist. II, 12- Ainsi, sans m'aveugler d'une vaine manie,Je mesure mon vol à mon faible génie Boileau, Disc. au roi.
- Si pourtant à l'offense on mesure la peine Racine, Phèd. II, 5
On peut mesurer sa dépense sur son bien et sur son rang
Massillon, Carême, Élus.Mesurez là-dessus ce que vous en devez donner au monde
Massillon, Carême, Temps.
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12Régler, déterminer. Il n'entreprend rien sans avoir mesuré toutes choses. Mesurez bien vos paroles, vos discours.
- Mesure tes conseils sur ma vaste puissance Racine, Esth. II, 5
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Mesurer vos expressions, vos paroles, parlez avec plus de réserve, de convenance.
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13Arranger avec une sorte de mesure, de ménagement.
Si vous aviez vu la violente contorsion que cet éclat de bombe fit à son épée [du jeune Grignan], et combien il s'en est peu fallu qu'il n'ait été tué, vous admireriez l'adresse et la justesse de la main qui a mesuré ce coup
Mme de Sévigné, 19 déc. 1688J'ai tremblé d'un éclat de bombe qui a aplati la garde de l'épée du petit Grignan sur sa hanche ; il fallait que ce coup fût bien mesuré ; car entre la contusion et être tué, il y avait fort peu à dire
Mme de Sévigné, 9 déc. 1688
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14Mesurer un coup, le porter de manière à atteindre ce qui est visé.
Il le lança [son dard] avec tant de fureur, qu'il ne put mesurer son coup
Fénelon, Tél. XVI
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15Se mesurer, v. réfl. Être mesuré.
En tant qu'il [le temps] se mesure en lui-même par heures, par jours, par mois, par années
Bossuet, Yolande de Monterby.Votre être [Dieu] éternellement immuable ni ne s'écoule, ni ne se change, ni ne se mesure
Bossuet, Sermons, la Mort, 1Tout ce qui se mesure, finit ; et tout ce qui est né pour finir, n'est pas tout à fait sorti du néant où il est sitôt replongé
Bossuet, Duch. d'Orl.
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Être apprécié.
Votre puissance doit se mesurer par le nombre des hommes
Fénelon, Tél. XI
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Être proportionné.
Nous voulons qu'elle [la sagesse divine] se mesure à nos intérêts, et qu'elle se renferme dans nos pensées
Bossuet, Sermons, Culte dû à Dieu, ISéjour des feux vengeurs, épouvantable abîme, Où les peines sans fin se mesurent au crime
Delille, Parad. perdu, I
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Être réglé d'après le nombre oratoire.
Pour être attentif à la parole de l'Évangile, il ne faut pas ramasser son attention au lieu où se mesurent les périodes, mais au lieu où se règlent les mœurs
Bossuet, Sermons, Parole de Dieu, 2
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16Se mesurer, ne pas s'estimer plus qu'on ne doit.
Une hardiesse sage et réglée.... qui se mesure avec ses forces, qui entreprend des choses difficiles, et ne tente pas les impossibles
Fléchier, Turenne.C'est un homme qui ne se mesure point, qui ne se connaît point ; son caractère est de ne savoir pas se renfermer dans celui qui lui est propre
La Bruyère, XI- Je suis une bourgeoiseQui sais me mesurer justement à ma toise Regnard, le Joueur, II, 14
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Se mesurer des yeux, se considérer l'un l'autre attentivement, soit pour s'examiner réciproquement, soit pour se provoquer.
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17Se mesurer avec quelqu'un, lutter contre lui, se comparer à lui, vouloir s'égaler à lui.
Te mesurer à moi ! qui t'a rendu si vain ? Toi qu'on n'a jamais vu les armes à la main
Corneille, Cid, II, 2Par la même raison on dit que les personnes d'une condition médiocre ne doivent pas se mesurer avec les grands, c'est-à-dire vivre comme les grands, se comparer à eux, comme on compare une mesure avec ce qu'on veut mesurer
DUMARS., Tropes, part. II, art. 10
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Fig.
Antisthène prenait en même temps que moi des leçons de Socrate : il était né triste et sévère, moi, gai et indulgent ; il proscrivit les plaisirs, et n'osa point se mesurer avec les passions qui nous jettent dans une douce langueur
Barthélemy, Anach. ch. 32
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Se mesurer avec quelqu'un, se battre contre lui en duel ou autrement.
Les menaces des Anglais et leur flotte toute prête à nous fermer le passage retinrent dans le port le fameux Duguai-Trouin, qui comptait bien se mesurer avec les maîtres des mers
Voltaire, Lett. Pr. roy. de Pr. 5 août 1738Le prince a bien voulu lui faire l'honneur de se mesurer avec lui
BACHAUMONT, Mém. secrets, t. XXXIII, p. 146
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1Ajoutez :
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Fig. Mesurer les côtes à quelqu'un, le battre à coups de bâton, de plat d'épée.
Il lui prit son bâton, dont il lui mesura les côtes, de telle sorte....
LALANDE, l'Anti-roman, Paris, 1633, I, p. 169
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Proverbes
À brebis tondue Dieu mesure le vent
, c'est-à-dire Dieu nous envoie les afflictions selon la force que nous avons de les supporter, il proportionne les choses à notre faiblesse.
Étymologie
Provenç. et espagn. mesurar ; ital. mesurare ; du lat. mensurare (voy. MESURE).