miner v. a. (mi-né)
-
1Anciennement, creuser le dessous d'une muraille pour la faire écrouler.
-
Aujourd'hui, creuser le dessous d'une muraille, trouer un roc, pour y loger une mine.
En cet instant, le bruit se répand que le Kremlin est miné ; des Russes l'ont dit, des écrits l'attestent
Ségur, Hist. de Nap. VIII, 6
-
-
2Creuser, caver lentement.
En supposant qu'elle [la mer] avance toujours également, elle minerait mille toises, ou une petite demi-lieue de moëllon en douze mille ans
Buffon, Hist. nat. Preuv. théor. de la terre, Œuv. t. II, p. 441
-
3Fig. Consumer, ruiner peu à peu.
- Au lieu qu'on nous mange, on nous gruge,On nous mine par des longueurs La Fontaine, Fabl. I, 21
Ce mal dont la peur vous mine et vous consume
La Fontaine, Coupe.Tel est le caractère de ce vice de laisser dans le cœur un fond de tristesse qui le mine, qui le suit partout
Massillon, Carême, Enf. prod.Elles [les petites fautes] minent peu à peu cette habitude de sainteté
Massillon, Carême, Fautes légères.Un chagrin qui nous mine et nous dessèche
Massillon, Panég. St Franç. de Paule.- Une fièvre brûlante, attaquant tes ressorts,Vient à pas inégaux miner ton faible corps Voltaire, Disc. 2
Tandis que les croisés fondaient sur la Syrie, les Turcs minaient les Arabes
Voltaire, Mœurs, 58
-
4Terme d'agriculture. Défoncer un sol pierreux.
-
5Se miner, v. réfl. Être miné, consumé.
Souvent le vain orgueil par là se déracine, L'amour-propre se mine, Et fait place aux vertus avec facilité
Corneille, Imit. II, 2Un joueur dont la fortune, exposée chaque jour aux coups du hasard, se mine peu à peu et se trouve enfin nécessairement détruite, n'attribue ces pertes qu'à ce même hasard qu'il accuse d'injustice
Buffon, Ess. arith. mor.
Étymologie
Provenç. espagn. et portug. minar ; ital. minare. On a indiqué le celtique : gaél. mein, meiun, meun, mine ; kymri, mwn ; irl. minn. Diez pense qu'il n'y a pas lieu de s'écarter ici du latin ; miner est minare, qui a donné mener, et qui a pris ici un sens spécial : mener un travail, une fouille. À la vérité il y a une difficulté dans la voyelle, et on devrait dire mener, non miner ; mais on trouve en effet dans le provençal mena, mine, à côté de mina, et meniera pour minière ; et les deux formations mener et miner ont pu coexister. Au contraire, Rossignol pense que le mot primitif est minière, du latin miniaria, mine de minium, puis généralisé pour signifier toute espèce de mine. Il est en effet très tentant de dériver minière de miniaria ; d'autant plus que minium se disait mine dans l'ancienne langue (voy. MINIUM). Cela paraît plus probable que minare. Mine [minium] se sera généralisé en toute espèce de métal ; d'où miner.