Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

mode dans le Littré

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1mode s. m. (mo-d')

  1. 1Terme de philosophie. Manière d'être qui ne peut exister indépendamment des substances, quoiqu'elle puisse être conçue à part abstraitement.

    • Le mode est un accident que l'on conçoit nécessairement dépendant de quelque substance ROHAULT, Physique, dans RICHELET
    • Comment une substance quelconque périrait-elle ? tout mode se détruit, l'être reste Voltaire, Dict. phil. âme.
    • La figure et le mouvement dépendent d'une cause qui est extérieure au corps ; ce ne sont donc pas des propriétés essentielles ; ce sont de simples modes, mais qui ont leur fondement dans les attributs essentiels de la matière : la figure dans l'étendue, le mouvement dans la solidité Bonnet, Consid. corps organ. Œuvres, t. V, p. 158, dans POUGENS.
    • Les modes dérivent des attributs Bonnet, Œuv. mêlées, t. XVIII, p. 78
  2. 2Terme de logique. Modification d'une proposition, ce qui la rend modale.

    • Certain ordre dans le raisonnement, ou dans la manière d'argumenter, qui dépend de la nature des propositions. Modes du syllogisme, les différentes manières dont les quatre sortes de propositions (l'affirmative, la négative, l'universelle et la particulière) se combinent trois à trois pour former un syllogisme.

  3. 3Terme de jurisprudence. Clause qui modifie l'effet d'un acte d'après un événement incertain, mais dépendant de la volonté de celui qui doit profiter de la disposition modale.

  4. 4Dans le langage ordinaire, forme, méthode. Mode de gouvernement, d'administration, d'enseignement, etc.

  5. 5Terme de grammaire. Nom donné aux différentes formes du verbe employées pour affirmer plus ou moins la chose dont il s'agit, et pour exprimer non pas le temps, mais les différents points de vue auxquels on considère l'existence ou l'action. Les modes sont, en français, l'indicatif, l'impératif, le subjonctif, le conditionnel, l'infinitif et le participe. Les modes s'accordent entre eux, c'est-à-dire que, dans deux propositions qui se commandent, si la première est au présent, la seconde doit être mise au présent ; si la première est au passé, la seconde doit être aussi au passé : je veux que vous fassiez cela ; je voulais, j'ai voulu, j'avais voulu que vous fissiez cela.

    • Modes personnels, ceux qui, dans les verbes, ont des personnes. Modes impersonnels, l'infinitif et le participe.

    • Modes obliques ou indirects, s'est dit autrefois de tous les modes des verbes autres que l'indicatif.

  6. 6Terme de musique ancienne. Certaine disposition de l'échelle des sons, où les anciens reconnaissaient : 1° un diapason plus ou moins élevé, le mode phrygien étant d'un ton plus haut que le dorien, et d'un ton au-dessous du lydien, etc. ; 2° une position différente du demi-ton, qui se trouvait au troisième degré dans le dorien, au second dans le phrygien, au premier dans le lydien, etc. ; 3° un caractère particulier, la fermeté et l'énergie dans le dorien, la fureur bachique dans le lydien, et dans l'ionien, l'agrément et une douceur un peu efféminée.

    • Le Pentateuque se chantait à Jérusalem sur un mode plein et doux Chateaubriand, Génie, III, I, 2
    • Néron, maître du monde et dieu de l'harmonie, Qui sur le mode d'Ionie Chante en s'accompagnant de la lyre à dix voix HUGO, Odes, Un chant de fête de Néron
    • Fig.

    • Fig. Le mode thébain, la poésie lyrique semblable à celle de Pindare, qui était de Thèbes.

      • Lutteurs.... Venez vaincre dans nos fêtes, Afin d'obtenir des poëtes Un chant sur le mode thébain Victor Hugo, Odes, IV, 10
    • Terme de plain-chant. Disposition de l'échelle des sons analogue aux modes des Grecs, mais déterminée : 1° par la place des demi-tons ; 2° par l'étendue, qui était pour chacun d'une octave ; 3° par la finale, c'est-à-dire par la note qui devait terminer le chant dans chaque mode ; 4° par la dominante, c'est-à-dire par la note qui occupait la plus grande partie du chant ; 5° par la distinction des modes authentiques et des modes plagaux, le mode plagal étant d'une quarte au-dessous de l'authentique correspondant, avec la même note pour finale ; 6° par le caractère grave, triste, joyeux qu'on y reconnaissait.

      • Dans le plain-chant, quand la finale d'un chant en est aussi la tonique, et que le chant ne descend pas jusqu'à la dominante, le mode s'appelle authentique ; mais, si le chant descend ou finit à la dominante, le mode est plagal J.-J. Rousseau, Dict. de mus. Authentique.
    • Terme de musique moderne. Disposition des sons de la gamme, déterminée par la place du demi-ton, qui occupe le troisième degré dans le mode majeur, et le second dans le mode mineur.

    • Mode majeur, celui où la tierce et la sixte, au-dessus de la tonique, sont majeures.

    • Mode mineur, celui où la tierce et la sixte, au-dessus de la tonique, sont mineures.

Étymologie

Prov. mo, s. m., mode de verbe ; du lat. modus. Mode, s. m. n'appartient point à l'ancienne langue. Au XVIe siècle, il était uniformément féminin ; c'est plus tard qu'on a distingué le mode et la mode. Modus, au sens de mode de verbe, avait donné mœuf (voy. ce mot).

2mode s. f. (mo-d')

  1. 1Manière, fantaisie.

    • Nature qui sert un chacun à sa mode Régnier, Sat. VII
    • Vous avez, Dieu me sauve, un esprit à ma mode ;Vous trouvez, comme moi, la grandeur incommode Corneille, Illus. com. II, 4
    • J'approuve cependant que chacun ait ses dieux,Qu'il les serve à sa mode et sans peur de la peine Corneille, Poly. V, 6
    • Même on dit qu'il suivit la mode de son maître La Fontaine, Pâté.
    • Mme de Vins me parut hier fort tendre pour vous, ma fille ; c'est-à-dire à sa mode, mais sa mode est bonne Mme de Sévigné, 28 juin 1675
    • J'entre dans le goût qu'il [un directeur, le prieur de Sainte-Catherine] a de ne point ressembler à ses voisins [les jésuites], et je le traite à sa mode, qui est aussi tout à fait la mienne Mme de Sévigné, 6 oct. 1693
    • Un Dieu qu'on fait à sa mode, aussi patient, aussi insensible que nos passions le demandent, n'incommode pas Bossuet, Anne de Gonz.
    • Pendant que le parlement d'Angleterre songe à congédier l'armée, cette armée toute indépendante réforme elle-même à sa mode le parlement.... et se rend maîtresse de tout Bossuet, Reine d'Anglet.
    • Prince religieux à sa mode Bossuet, Hist. III, 3
    • Ronsard.... Réglant tout, brouilla tout, fit un art à sa mode Boileau, Art p. I
    • Mais d'une vertu à leur mode et qui ne les empêche pas de faire mille maux, et de manquer à faire mille biens Mme de Maintenon, Lett. à Mme de la Viefville, 13 déc. 1710
    • À la vieille mode, comme dans le temps passé.

      • Vous nous parlerez longtemps du malheur de M. de Pompone, avant que nous vous trouvions à la vieille mode ; cette disgrâce est encore bien vive dans nos têtes Mme de Sévigné, 29 nov. 1679
    • À la mode d'Italie, d'Espagne, etc. suivant les usages d'Italie, d'Espagne, etc.

    • Oncle, tante à la mode de Bretagne, cousin germain, cousine germaine du père ou de la mère. Neveu, nièce à la mode de Bretagne, fils, fille du cousin germain ou de la cousine germaine.

      • Un maître maquignon qui est mon neveu à la mode de Bretagne Lesage, Turcaret, III, 2
  2. 2Usage passager qui dépend du goût et du caprice. [Les Français] Aimant, comme je fais, beaucoup le changement, En leur langue commune ils me nomment la mode, Discours nouveau sur la mode (1613).

    • Passer de mode, cesser d'être dans le goût du jour.

      • Il faisait représenter des tragédies où on pleurait, et des comédies où l'on riait ; ce qui était passé de mode depuis longtemps Voltaire, Zadig 7
    • Mettre à la mode, faire accepter par le goût du jour.

      • C'est le langage que les sociniens tâchent de mettre à la mode, quand ils parlent des grands mystères de notre foi Bossuet, Rem. Hist. conc. III, 7
      • Il n'y a rien qui mette plus subitement un homme à la mode.... que le grand jeu La Bruyère, XIII
      • Le peintre que j'employais est un homme que j'ai mis à la mode Mme de Genlis, Théât. d'éduc. Zélie, I, 2
    • À la mode, dans le goût du jour.

    • Cet homme, cette femme est à la mode, est fort à la mode, cet homme est recherché, cette femme est beaucoup fêtée.

      • Personne n'est plus ici à la mode que M. l'archevêque de Cambrai ; et, ce qui vous surprendra, c'est par une chose qui n'est peut-être pas trop à la mode, qui est de faire admirablement son devoir d'évêque PELLISSON, Lett. hist. t. III, p. 277, dans POUGENS
      • Il [le marquis de Grignan] est à la mode Mme de Sévigné, 498
      • Une personne à la mode ressemble à une fleur bleue, qui croît le soir même dans les sillons, où elle étouffe les épis, diminue la moisson, et tient la place de quelque chose de meilleur, qui n'a de prix et de beauté que ce qu'elle emprunte d'un caprice léger.... La Bruyère, XIII
      • Un homme à la mode dure peu, car les modes passent La Bruyère, ib.
      • Tel a été à la mode pour le commandement des armées et la négociation, ou pour l'éloquence de la chaire, ou pour les vers, qui n'y est plus La Bruyère, ib.
      • M. le maréchal de Berwick, présentement l'homme à la mode, et digne de l'être Mme de Maintenon, Lett. au D. de Noailles, t. V, p. 101
      • À mesure qu'il parvenait à être plus à la mode, il y mettait l'anatomie, qui, renfermée jusque-là dans les écoles de médecine ou à Saint-Côme, osa se produire dans le beau monde, présentée de sa main Fontenelle, du Verney.
    • Des amis à la mode, se dit des gens qui ne témoignent de l'amitié qu'à ceux qui peuvent leur rendre service.

      • En vérité, de sentir les blessures d'un autre premier que [avant] lui..., il faut avouer que ce n'est pas aimer à la mode Guez de Balzac, liv. V, lett. 9
    • Il est de mode, c'est-à-dire la mode veut.

  3. 3Terme de cuisine. Bœuf à la mode, ragoût fait d'une pièce de bœuf piquée de gros lard, avec des carottes.

    • Tripes à la mode de Caen, manière d'accommoder les tripes qui est propre à la ville de Caen.

  4. 4Modes, au pluriel, signifie les ajustements, les parures à la mode ; mais, dans cette acception, il ne se dit qu'en parlant de ce qui sert à l'habillement des dames.

    • La France fournit aussi les modes, une infinité d'étoffes qui se fabriquent dans ses manufactures mieux qu'en aucun autre endroit du monde VAUBAN, Dîme, p. 27
    • Voyez ces ajustements, jupes étroites, jupes en lanterne, coiffures en clocher, coiffures sur le nez, capuchon sur la tête, et toutes les modes les plus extravagantes Marivaux, la Double surprise de l'amour, I, 2
    • En voyant des marchands de modes vendre aux dames des rubans J.-J. Rousseau, Ém. III
    • N'entendons assujétir à aucunes règles les linons rayés, mouchetés, brochés, gazes, mignonnettes et autres toiles de modes Lett. pat. du 30 sept. 1780, Picardie
    • Elle dit qu'elle ne désire que l'honneur de voir madame, et de lui montrer des modes nouvelles Mme de Genlis, Théât. d'éduc. les Dangers du monde, I, 4
    • Tenir les modes et la nouveauté, vendre des chapeaux, des objets de modes, des étoffes nouvelles.

    • Aujourd'hui, modes ne se dit plus guère que des chapeaux et des coiffures. Une marchande de modes est une faiseuse de chapeaux.

  5. 5Terme de point d'Alençon. Nom donné à tous les jours qui font l'ornement du point d'Alençon, dans la dentelle-réseau.

  6. 6Ancien nom d'une espèce de serge.

    • Serges en coton ou modes, Tabl. annexé aux lett. pat. du 30 sept. 1780, Châlons

Proverbes

Chacun vit à sa mode, c'est-à-dire chacun en use comme il lui plaît dans ce qui le regarde. Les fous inventent les modes, et les sages les suivent.

Étymologie

Mode 1.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander