Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

mollesse dans le Littré

1 article· 31 citations· rimes· synonymes

mollesse s. f. (mo-lè-s')

  1. 1Qualité de ce qui est mou. La mollesse et la dureté des corps. La mollesse des chairs est l'indice d'une mauvaise constitution.

    • La terre est partout, et jusqu'à des profondeurs considérables, composée de couches parallèles et de matières qui ont été autrefois dans un état de mollesse Buffon, Hist. nat. Preuv. théor. terre, Œuvr. t. II, p. 25
  2. 2En parlant du climat, température douce et molle. La mollesse de ce climat.

  3. 3En parlant de la complexion, du tempérament des personnes, défaut de résistance.

    • J'ai vu Sous un faste imposant des corps dont la mollesse Faisait mentir le fer qui chargeait leur faiblesse Casimir Delavigne, Paria, I, 1
  4. 4Il se dit de la prononciation, de l'articulation de certaines lettres. Toutes les fois qu'il n'y a point d'i devant les ll, la prononciation ne prend point cette mollesse [l'articulation des ll mouillées], le Théâtre de P. Corn. Préface, édit. de 1682.

    • Douceur, en parlant d'une langue, non sans une sorte de faiblesse.

      • Lorsque son sujet demande de l'élévation, on est étonné comment la mollesse de la langue italienne prend un nouveau caractère dans ses mains [du Tasse] et se change en majesté et en force Voltaire, Ess. poés. épiq. ch. 7
  5. 5En littérature, douceur de pensées et de style, accompagnée d'un certain abandon gracieux.

    • On reconnaît dans Racine [en une scène analogue à celle de Corneille] la même idée, les mêmes nuances que dans Corneille ; mais avec cette douceur, cette mollesse, cette sensibilité, et cet heureux choix des mots qui portent l'attendrissement dans l'âme Voltaire, Comm. Corn. Rem. Pertharite, II, 5
    • Il se dit de la danse dans le même sens.

      • Le caractère de la musique était exprimé tour à tour par la précision et la mollesse des mouvements Mme de Staël, Corinne, VI, 1
  6. 6En termes de peinture et de sculpture, la mollesse des chairs, l'imitation vraie de la flexibilité, de la souplesse des chairs.

    • La mollesse du pinceau, le défaut de fermeté dans le maniement du pinceau.

      • Cela est d'une négligence, d'une mollesse de pinceau, d'une paresse de tête qui fait pitié Diderot, Salon de 1767, Œuvr. t. XIV, p. 371, dans POUGENS
    • Il se dit du style dans un sens analogue.

      • Que prétend la faiblesse étudiée de ce langage forcé [les paraphrases de l'Écriture sainte], cette violente expression qui met les lecteurs à la torture, pour ne produire que de la mollesse et de l'afféterie ? Guez de Balzac, Socrate chrét. disc. 7
  7. 7Fig. Manque de vigueur et de fermeté dans le caractère, dans la conduite.

    • Il se dit aussi au pluriel, en ce sens.

      • Heureux pourtant et favorisé jusqu'à la fin, puisqu'il lui fut donné [à Bernis] par ses derniers sacrifices, de pouvoir racheter et expier en quelque sorte les mollesses de ses débuts STE-BEUVE, Causeries, 11 avr. 1853
    • Excès d'indulgence.

  8. 8Délicatesse d'une vie efféminée, mœurs efféminées.

    • Sorte de déité que crée la poésie.

      • L'air qui gémit du cri de l'horrible déesse [la Discorde], Va jusque dans Cîteaux réveiller la Mollesse ; C'est là qu'en un dortoir elle fait son séjour ; Les plaisirs nonchalants folâtrent à l'entour : L'un pétrit dans un coin l'embonpoint des chanoines ; L'autre broie en riant le vermillon des moines Boileau, Lutr. II

Étymologie

Prov. molleza, moleza ; port. molleza ; ital. mollezza ; du lat. mollitia, de mollis, mou.

Supplément

MOLLESSE. Ajoutez : - REM. Mollesses au pluriel, dans le sens de vie efféminée, n'est cité que de Perrault. Il y en a un excellent exemple de Corneille : Des plaisirs criminels les damnables mollesses, Imit. I, 54.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander