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un seul est le mot juste.

mordre dans le Littré

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mordre v. a. (mor-dr')

  1. 1Entamer avec les dents. Un chien enragé l'a mordu. Il a été mordu d'une vipère.

    • Dans le premier transport de ma douleur, je me jetai sur le glacis et je mordis la terre J.-J. Rousseau, Confess. I
    • Qui leur eût dit que.... Les chevaux de Crimée un jour mordraient l'écorce Des vieux arbres du grand Louis ? Victor Hugo, Voix, 2
  2. 2Par extension, entamer avec le bec ou les suçoirs, se dit en parlant des oiseaux, des insectes. Le perroquet le mordit. Cet enfant est tout mordu de puces.

  3. 3Absolument. Ce chien est dangereux, il mord. Mordre dans un morceau de pain.

    • Nos dogues mordent par instinct de courage, et lui par instinct de bassesse Voltaire, Écossaise, II, 4
    • Il [l'agouti] mord cruellement Buffon, Quadrup. t. III, p. 88
    • Fig.

      • Il [J. B. Rousseau] a fait une épigramme sanglante contre vous ; elle commence ainsi.... Ce malheureux veut toujours mordre et n'a plus de dents Voltaire, Lett. d'Argens, 18 oct. 1736
    • Mordre jusqu'au sang, serrer entre les dents jusqu'à ce que le sang vienne.

      • Il mord jusqu'au sang, en faisant sembler de baiser la main ; il sera mordu de même Voltaire, Lett. d'Alembert, 8 déc. 1776
    • Mordre à l'hameçon, se dit du poisson qui saisit l'appât et l'hameçon.

      • S'il était des poissons dont la pêche réussissait lorsque la lumière du jour avait disparu, d'autres aussi ne mordaient jamais à l'hameçon ou n'approchaient jamais des filets dans les ténèbres AMEILHON, Instit. Mém. litt. et beaux-arts, t. V, p. 382
    • Fig. Mordre à l'hameçon, se laisser séduire par une proposition qui a été faite pour tromper, pour surprendre.

      • Charmé de ce qu'il mordait si bien à l'hameçon Lesage, Guzm. d'Alf. V, 5
    • Fig. Il mord à la grappe, il trouve agréable ce qu'on lui dit, ce qu'on lui propose.

      • Elle s'aperçut que nous mordions à la grappe Lesage, Bachel. de Salam. ch. 19
    • Fig. Mordre à quelque chose, y prendre goût, y faire des progrès. Ce jeune homme mord aux mathématiques.

      • Comme elle [Pauline, la nièce de M. de Sévigné] a, ainsi que son oncle, la grossièreté de ne pouvoir mordre aux subtilités de la métaphysique CH. DE SÉVIGNÉ, dans SÉV. 15 janv. 1690
    • Il n'y saurait mordre, il ne peut comprendre, il ne peut réussir, et aussi il aspire à une chose à laquelle il ne saurait parvenir.

  4. 4Poétiquement. Mordre la poudre, la poussière, la terre, être tué dans un combat.

  5. 5Ronger, creuser, percer, en parlant de certaines choses qui exercent ces actions.

    • Les flots du lac, poussés par le vent, mordaient leurs rivages Chateaubriand, Natch. 2e part. 1re moitié.
    • L'onde incendiaire [l'océan de flamme qui dévore Sodome] Mord l'îlot de pierre Qui fume et décroît Victor Hugo, Orient. 1
    • Terme de gravure. Mordre une planche, ou faire mordre une planche, lui faire éprouver l'effet de l'eau-forte.

    • Terme de teinturier. L'étoffe mord la teinture, prend la couleur.

  6. 6V. n. Exercer une action corrosive, entamer. L'eau-forte mord sur les métaux. L'eau-forte n'a pas assez mordu sur cette planche. La lime ne mord pas dans l'acier trempé.

    • La rouille y mord [sur les fers] avec mille fois plus d'avantage que sur ceux dont la surface est garantie par la trempe Buffon, Hist. min. Introd. part. exp. Œuv. t. VIII, p. 128
    • Un chemin de glace où les pieds des chevaux, couverts d'un fer usé et poli, ne pouvaient pas mordre Ségur, Hist. de Nap. IX, 9
  7. 7Terme de marine. Se dit de l'ancre dont la patte inférieure s'enfonce dans le sol.

    • Le vent mord au nord, il tend à passer vers le nord.

  8. 8Faire impression sur.

    • La Parque et ses ciseaux Avec peine y mordaient [sur le sanglier] ; la déesse infernale Reprit à plusieurs fois l'heure au monstre fatale La Fontaine, Fabl. VIII, 27
    • Absolument. Terme de peinture. Se dit des couleurs qui s'attachent à la toile.

  9. 9Empiéter.

    • Mordre dans un mur, avancer dans un mur. Cette pièce de bois ne mord pas assez avant dans le mur pour y tenir ferme.

    • Terme de couturière et de tailleur. Il faut mordre plus avant dans l'étoffe, il faut faire la couture un peu plus loin du bord de l'étoffe, pour qu'elle ne se défasse pas.

    • En termes d'imprimerie, la frisquette mord, les bords de la frisquette empêchent quelques portions de papier de recevoir l'impression.

    • Les dents de cette roue ne mordent pas assez sur les ailes du pignon, elles n'engrènent pas assez.

  10. 10Fig. Faire une critique de quelqu'un ou de quelque chose comparée à une morsure.

    • Fig. Mordre en riant, faire, tout en plaisantant, quelque reproche incisif.

  11. 11Se mordre, v. réfl. Se faire une morsure à soi-même. Il s'est mordu en mâchant.

Proverbes

Cela ne mord ni ne rue, se dit d'une chose indifférente. S'il t'égratigne, mords-le, se dit à quelqu'un pour l'exciter à se battre, à se venger. C'est un beau mâtin s'il voulait mordre, se dit d'un homme qui paraît avoir tout ce qu'il faut pour faire une chose, sauf la volonté, le courage, etc. Tous les chiens qui aboient ne mordent pas, se dit, en méprisant, des menaces. Chien qui aboie ne mord pas, c'est-à-dire ceux qui font le plus de bruit ne sont pas les plus à craindre. Mordu de chien ou de chat, c'est toujours bête à quatre pattes, c'est-à-dire : que le mal nous arrive par celui-ci ou par celui-là, c'est toujours la même chose.

Étymologie

Provenç. mordre ; espagn. et portug. morder ; ital. mordere ; du latin mordere ( 1er e long). Le français et le provençal ont rendu brève la syllabe de, dit mordere ( 1er e bref), et reculé l'accent ; d'ailleurs le supin morsum et le parfait momordi se rapportent à un mordere ( 1er e bref) plutôt qu'à un mordere ( 1er e long) ; et il est possible que les langues romanes représentent une forme archaïque conservée populairement. Mordere se rattache au radical sanscrit mard, broyer.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander