Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

morgue dans le Littré

4 articles· 11 citations· rimes· synonymes

1morgue s. f. (mor-gh')

  1. 1Contenance sérieuse et fière.

  2. 2Orgueil et suffisance.

    • T'ai-je tracé la vieille à morgue dominante ? Boileau, Sat. X
    • [Le maréchal de Villeroy] esprit borné et sans culture, de la vieille galanterie, un jargon de cour, de la morgue, haut ou plutôt glorieux, et plus bas que respectueux auprès du feu roi et de Mme de Maintenon Duclos, Œuvres, t. V, p. 217
    • La fausse dignité ou la morgue Diderot, Salon de 1767, Œuv. t. XV, p. 147 dans POUGENS
    • Nous sommes loin de confondre la morgue sophistique avec les saines connaissances de l'esprit et du cœur Chateaubriand, Génie, III, II, 1

Étymologie

Origine inconnue. Cependant Grandgagnage, au mot mouron, cite le languedocien morga, museau ; ce serait le même mot. Morgue ne paraît pas dans la langue avant le XVIe siècle.

2morgue s. f. (mor-gh')

  1. 1Petite chambre à l'entrée des prisons, où l'on met d'abord les prisonniers, pour donner le temps aux guichetiers de bien les reconnaître.

    • On me conduit au petit Châtelet, où, du guichet étant passé dans la morgue, un homme gros, court et carré vint à moi la Prison de M. Dassoucy, etc. Paris, 1674, in-12, p. 35
  2. 2Par assimilation. Entrée de la manche de certains filets.

  3. 3Endroit où l'on expose les corps des personnes mortes hors de leur domicile, afin qu'elles puissent être reconnues.

    • La morgue est un endroit situé dans l'enceinte du grand Châtelet, où les corps morts dont la justice se saisit, sont exposés à la vue du public, afin qu'on puisse les reconnaître SAINT-FOIX, Ess. Paris, Œuvr. t. III, p. 221, dans POUGENS
    • Il extermine en effet ma pauvre Irène ; il prétend qu'elle sera traînée à la morgue, et pendue par les pieds, parce qu'elle s'est tuée étant chrétienne Voltaire, Lett. Thibouville, 10 nov. 1777

Remarque

Mercier dit morne et non pas morgue : C'est à l'Hôtel-Dieu, c'est à la morne, que l'on aperçoit les nombreuses et déplorables victimes des travaux publics et d'une trop nombreuse population, Tabl. de Paris. Lieutenant de police.

Étymologie

D'après Ménage, morgue signifie visage, et est le même que morgue 1 : le lieu où l'on reconnaît la morgue, le visage des morts. L'étymologie est bonne, mais à condition que morne de Mercier soit une faute.

3morgué, ée part. passé (mor-ghé, ghée)

  1. 1À qui on fait la morgue. Morgué par un fat.

  2. 2Qui fait la morgue.

    • Monseigneur paraissait rêveur et morgué Saint-Simon, 271, 156
    • Je vis mettre le roi à table, il me sembla plus morgué qu'à l'ordinaire, et regardant fort à droite et à gauche Saint-Simon, 359, 243

4morgué interj. (mor-ghé)

  1. Sorte de juron de paysan.

    • Morgué ! queu mal te fais-je ? Molière, Festin, II, 1

Étymologie

Altération de mordié.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander