Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

mortel dans le Littré

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mortel, elle adj. (mor-tèl, tè-l' ; d'après Palsgrave, p. 60, au XVIe siècle, mortel se prononçait morté devant une consonne)

  1. 1Sujet à la mort. Tous les hommes sont mortels.

    • La mort ne l'a point changé, si ce n'est qu'une immortelle beauté a pris la place d'une beauté changeante et mortelle Bossuet, Mar.-Thér.
    • Tout est vain en l'homme, si nous regardons le cours de sa vie mortelle ; mais tout est précieux si nous contemplons le terme où elle aboutit Bossuet, Duch. d'Orl.
    • Tout ce qui est mortel, quoi qu'on ajoute par le dehors pour le faire paraître grand, est, par son fond, incapable d'élévation Bossuet, ib.
    • Outre le rapport que nous avons du côté du corps avec la nature changeante et mortelle, nous avons d'un autre côté un rapport intime et une secrète affinité avec Dieu Bossuet, ib.
    • Encore que notre esprit soit de nature à vivre toujours, il abandonne à la mort tout ce qu'il consacre aux choses mortelles Bossuet, ib.
    • Pourquoi m'es-tu donné, ô corps mortel, fardeau accablant.... Bossuet, Bourgoing.
    • Les Parques à ma mère, il est vrai, l'ont prédit, Lorsqu'un époux mortel fut reçu dans son lit.... Racine, Iph. I, 2
  2. 2Qui appartient aux hommes, aux mortels.

    • Le prélat.... Tout d'un coup tourne à gauche, et d'un bras fortuné Bénit subitement le guerrier consterné ; Le chanoine surpris de la foudre mortelle.... BOIL., Lutr. V
  3. 3Qui cause la mort, ou semble devoir la causer. Une maladie mortelle. Cette substance est mortelle aux poissons.

    • Fig.

      • La chair et le sang de Jésus-Christ, non-seulement ne nous seraient plus salutaires, mais deviendraient pour nous le poison le plus mortel Bourdaloue, Myst. Très St Sacrem. t. I, p. 542
    • Le coup mortel, le coup qui donne ou paraît devoir donner la mort.

    • Fig. Coup mortel, ruine, perte.

      • La plus puissante de toutes [les monarchies formées de l'empire d'Alexandre], après avoir été ébranlée par la mollesse et le luxe de la nation, reçut enfin le coup mortel par la division de ses princes Bossuet, Hist. III, 5
    • Péché mortel, péché qui fait perdre la grâce de Dieu et qui donne une espèce de mort à l'âme.

      • Chrétien, tu sais trop la distinction des péchés véniels d'avec les mortels Bossuet, Mar.-Thér.
      • Ce n'est pas que je veuille ici confondre les fautes vénielles avec les fautes mortelles Massillon, Carême, Fautes légères.
    • Mortel ennemi, ennemi mortel, ennemi jusqu'à vouloir la mort.

  4. 4Fig. Fatal, funeste.

    • Rechercher un trépas si mortel à ma gloire Corneille, Cid, I, 9
    • Cette mode [une sorte de coiffure] durera peu ; elle est mortelle pour les dents Mme de Sévigné, 4 avr. 1671
    • La gloire, qu'y a-t-il pour les chrétiens de plus pernicieux ou de plus mortel ? Bossuet, Duch. d'Orl.
    • Jamais jour n'a paru si mortel à la Grèce Racine, Iph. V, 6
    • Cherchons des remèdes contre les maladies de l'âme, non moins funestes et non moins mortelles [que celles du corps] Voltaire, Dict. phil. Ana, anecdotes.
  5. 5Excessif dans son genre ; il ne se dit jamais qu'en mal.

  6. 6Dans le style familier, mortel se dit de ce qui fatigue par sa longueur, de ce qui paraît excessivement long, ennuyeux ; alors il se met devant son substantif.

    • On nous dit qu'il y avait deux mortelles lieues Mme de Sévigné, 363
    • En moins de rien, il eut fait cinquante mortelles lieues Hamilton, Gramm. 9
    • Quinze mortels jours se passèrent de la sorte Mme de Genlis, Mlle de Clermont, p. 63, dans POUGENS

Remarque

À propos de ces vers de Racine : Plus qu'à mes ennemis la guerre m'est mortelle, Théb. III, 6 ; L. Racine dit : Mortelle pour funeste, expression qui n'est pas exacte. L. Racine se trompe, la locution est bonne et employée avant son père.

Étymologie

Provenç. et espagn. mortal ; ital. mortale ; du latin mortalis, de mors, mortis, la mort.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander