Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

mouton dans le Littré

1 article· 30 citations· rimes· synonymes

mouton s. m. (mou-ton ; l'n ne se lie pas : un mouton en chair ; au pluriel, l's se lie : des mou-ton-z en chair)

  1. 1Bélier châtré que l'on engraisse.

    • Populairement. Mouton de Berry, homme qui a quelque marque sur le nez.

    • Fig. Il cherche cinq pieds à un mouton, se dit d'un homme qui veut tirer d'une chose plus qu'elle ne peut fournir.

    • Se laisser égorger comme des moutons, n'opposer aucune résistance contre les gens qui tuent.

      • On se disait les uns aux autres [entre protestants durant les premières persécutions] que se laisser égorger comme des moutons sans se défendre, ce n'était pas le métier de gens de cœur Bossuet, Var. X
  2. 2La viande de mouton. Le mouton est une viande noire.

    • Les Egyptiens de Thèbes ne mangeaient point de mouton, parce qu'ils adoraient Ammon sous la figure d'un bélier FLEURY, Mœurs des Israél. tit. VIII, 2e part. p. 134, dans POUGENS.
    • Sentir l'épaule de mouton, se dit de ceux dont les aisselles sentent mauvais ; locution tirée de ce que les épaules de mouton, et, en général, la viande de mouton a une odeur de bouc, quand les béliers ont été châtrés trop tard.

    • Il ne jette pas les épaules de mouton toutes rôties par les fenêtres, se dit d'un avare.

  3. 3En un sens plus général, béliers, brebis, et agneaux, réunis en troupeau. Troupeau de moutons.

    • Hélas ! petits moutons que vous êtes heureux ! Vous paissez dans nos champs, sans souci, sans alarmes DESHOULIÈRES, les Moutons
    • Qu'est-ce donc que ce drôle de fou qui traite le public comme Ajax traitait ses moutons, et qui tombe sur lui en furieux ? Voltaire, Lett. Damilaville, 6 déc. 1762
    • Les moutons vivent en société fort douce, leur caractère passe pour très débonnaire.... la république des moutons est l'image fidèle de l'âge d'or Voltaire, Dict. phil. Lois, 3
    • Robert, enfant de mon village,Retourne garder tes moutons Béranger, Vieux caporal
    • Fig. Revenons à nos moutons, revenons à notre sujet ; locution tirée de la farce de Patelin, où M. Guillaume embrouille sans cesse son drap et ses moutons.

      • Or, laissant tout ceci, retourne à mes moutons Régnier, Sat. II
      • Laissez-là ce drap et cet homme, et revenez à vos moutons BRUEYS, Avoc. Pat. III, 2
      • Il ne s'agit pas, monsieur, des idylles et des moutons de Mme Deshoulières ; revenons aux nôtres, s'il vous plaît Mme de Genlis, Ad. et Théod. t. I, p. 282, dans POUGENS
    • Sauter comme les moutons de Panurge, se dit des gens qui font une chose par esprit d'imitation ; locution tirée de Rabelais, représentant Panurge, qui, pour se venger de Dindenault, lui achète un mouton et le fait sauter par-dessus bord dans la mer : tous les autres moutons sautent après lui et le marchand de moutons se trouve ruiné.

    • Fig. En vrais moutons, comme des moutons, en imitant niaisement ce que font les autres.

      • Quelques imitateurs, sot bétail, je l'avoue, Suivent en vrais moutons le pasteur de Mantoue La Fontaine, Poés. mêl. LXX.
      • On fut sans ordre et comme des moutons, chez les princes et princesses du sang Saint-Simon, 324, 242
  4. 4Terme de zoologie. Genre de mammifères ruminants à cornes creuses.

  5. 5Peau de mouton préparée. Reliure en mouton.

  6. 6Fig. Personne douce, traitable.

    • Les commissaires d'aujourd'huiSont des moutons auprès de lui Scarron, Virg. VI
    • Par lui les loups deviennent des moutons La Fontaine, Court.
    • Angélique : Il est fâcheux d'être contrainte d'oublier de telles injures ; mais, quelque violence que je me fasse, c'est à moi de vous obéir. - Claudine : Pauvre mouton ! Molière, Georg. Dandin, III, 14
    • J'ai trouvé le moyen d'apprivoiser le diable ; j'en ai fait un mouton Destouches, Homm. sing. II, 2
    • Je veux croire que ton docteur est un homme de bien ; mais l'Éternel nous permet de nous défier de ces étrangers ; s'ils sont moutons à Bénarès, on dit qu'ils sont tigres dans les contrées où les Européens se sont établis Voltaire, Amabed, Réponse de Shastasid.
  7. 7Fig. Homme aposté par la police près d'un prisonnier, pour gagner sa confiance et découvrir son secret. On mit près de lui un mouton pour le faire parler.

    • Cet éloquent tribun n'était autre chose qu'un mouchard, ce qu'on nomme en langage d'argot un mouton, chargé de faire jaser les détenus CH. DE BERNARD, un Homme sérieux, § X
  8. 8Masse de fer, ou gros billot de bois armé de fer, qui se lève à bras ou à machine, et qui, retombant, sert à enfoncer des pilotis, des pieux ; ainsi dit parce que le mouton donne des coups avec sa tête ; c'est l'analogue du bélier.

    • Terme d'architecture hydraulique. Eau qui tombe rapidement par une rigole et qui, trouvant tout à coup un obstacle, se relève en bouillonnant.

  9. 9Pièce de bois dans laquelle on fait entrer les anses d'une cloche, pour la suspendre.

    • Moutons d'un carrosse, se disait, avant l'usage des ressorts, des pièces de bois, posées d'aplomb sur l'essieu, auxquelles on suspendait la caisse de la voiture.

      • Bois de charronnage.... pour une voie composée de 75 moutons de trois pieds et demi de long entrant par eau, est dû 10tt 12s 1d Déclar. 22 oct. 1715, tarif
    • Pièce qui descend avec la vis de la presse à papier.

    • Terme de marine. Arbre en fer qui supporte la cloche du bord.

    • Ancien terme de marine. Nom d'un cordage servant à manier l'antenne.

  10. 10S. m. plur. Vagues écumantes, ainsi dites à cause de la blancheur de l'écume, comparée à une toison blanche.

  11. 11Terme de pêche. Petit tas de morues qui ont reçu 4 ou 5 soleils.

  12. 12Mouton du Pérou, nom donné autrefois au lama.

    • Mouton du Cap, ou, simplement, mouton, nom vulgaire donné aux albatros parce que, aux environs du Cap de Bonne-Espérance, à la surface de la mer, leur plumage blanc les fait ressembler à la frisure de la laine (diomedea exulans, Linné, palmipèdes).

    • Mouton marin, espèce de poisson.

  13. 13Terme d'architecture. Queue de mouton, ornement en forme de grosse guirlande autour des médaillons.

  14. 14Nom donné par les ouvriers à des congestions locales qui se forment quand des hommes font, sans y être habitués, pendant longtemps de grands efforts musculaires, et qui dessinent les muscles les plus fatigués ; par exemple, quand un apprenti forgeron cogne toute une journée sur son enclume, le mouton survient à l'épaule ; quand un apprenti terrassier se courbe et se redresse successivement toute une journée, le mouton survient au dos.

  15. 15Nom d'une ancienne monnaie d'or de France, qui portait d'un côté l'image de saint Jean-Baptiste, et de l'autre celle d'un agneau, avec Ecce Agnus Dei pour légende ; dans le courant du XVe siècle, elle valait 7 fr. 95.

  16. 16Pain de mouton, très petit pain dont la surface était couverte de grains de blé, et que l'on donnait aux enfants comme une friandise.

  17. 17Adj. Mouton, moutonne, qui appartient aux moutons. Caractère mouton.

    • Elle a l'air doux, je crois qu'elle n'a pas de malice, elle a une figure moutonne Mme de Genlis, Théât. d'éduc. le Bal d'enfants, II, 3
    • La gent moutonne, les moutons.

    • S. f. Moutonne, se dit comme terme familier de caresse à une jeune femme.

      • Me voilà de retour, moutonne ; et tu seras mariée dès ce soir, comme tu le souhaites Dancourt, Colin-maillard, sc. 23
    • S. f. Moutonne, coiffure de femmes qui a été longtemps en usage, et qui consistait dans une tresse de cheveux frisés et fort touffus, qu'elles se mettaient sur le front.

  18. 17Ajoutez :

    • Fig. Qui est doux, docile comme le mouton.

      • Et la foule tumultueuse en un instant deviendrait moutonne Lett. du P. Duchêne, 68e lettre, page 2
  19. 18

    • En Normandie, poire de mouton, poire précoce bonne à manger DELBOULLE, Gloss. de la vallée d'Yères, le Havre, 1876, p. 234

Étymologie

Bourg. môton ; provenç. molto, multo, moto ; cat. moltó ; ital. moltone et montone ; bas-lat. multonem, moltonem, mutilonem. La forme primitive a une l : molt.... On a dans le celtique : gaël. mult ; kimry, mollt ; irl. molt ; bas-breton, maoud, bélier ; Cornouailles (texte du IXe siècle), molt. On objecte à cette étymologie que molt paraît isolé dans les langues celtiques, et n'a rien qui l'explique. Diez cherche une étymologie latine : le dialecte des Grisons a mult, châtré, qu'on tire, par inversion des lettres, du latin mutilus, mutilé ; il rapproche le provençal moderne cabro mouto, chèvre à laquelle on a enlevé les cornes (toutefois, pour ce mot, voy. MUTÉ). À cela on objecte que multon s'est dit constamment pour bélier, avant l'introduction de bélier, laquelle est assez récente ; ce qui va mal avec le sens de mutilé. De plus toutes les langues celtiques ont le même mot pour bélier ; c'est un indice pour croire que le mot y est indigène. Ainsi l'étymologie incline vers le celtique.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander