Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

muet dans le Littré

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muet, ette adj. (mu-è, è-t')

  1. 1Privé de l'usage de la parole. Sourd et muet de naissance. Il est muet comme un poisson.

    • On lui présenta un homme muet possédé du démon ; le démon ayant été chassé, le muet parla Saci, Bible, Évang. St Math. IX, 32
    • Qu'est-ce que notre être ! dites-le-nous, Ô mort ; car les hommes trop superbes ne m'en croiraient pas ; mais, ô mort, vous êtes muette, et vous ne parlez qu'aux yeux Bossuet, Sermons, Mort, 1
    • Familièrement. N'être pas muet, parler hardiment, ou parler beaucoup.

    • Fig. Carte muette, carte géographique où il n'y a rien d'écrit.

    • Personnages muets, se dit des figures qui, dans des dessins, des cartes à jouer, etc. ne portent pas d'inscription.

  2. 2Que des causes morales ou autres empêchent momentanément de parler.

  3. 3Fig. Il se dit des choses morales que l'on compare à un être humain qui se tait.

  4. 4Il se dit semblablement des choses inanimées.

  5. 5Se dit des choses qui ne font pas le bruit qui leur est ordinaire.

    • Fontaines muettes, fontaines qui n'ont pas d'eau.

      • Le comte de Vaux, qui avait su mon arrivée, et qui me donna un très bon souper ; et toutes les fontaines muettes, et sans une goutte d'eau, parce qu'on les raccommodait, ce petit mécompte me fit rire Mme de Sévigné, 291
    • Armes muettes, armes incapables de faire feu.

      • On voit, d'un côté, quatre-vingt-mille hommes... ; de l'autre côté, cinq mille soldats, une colonne traînante, morcelée, une marche incertaine, languissante, des armes incomplètes, sales, la plupart muettes et chancelantes dans des mains affaiblies Ségur, Hist. de Nap. X, 8
    • Vin muet, moût préparé de manière à ne pas fermenter.

  6. 6Au théâtre, jeu muet, la partie du jeu d'un acteur, par laquelle il exprime, sans parler, les sentiments dont il doit paraître affecté, ou par laquelle il feint certaines choses.

    • Scène muette, action d'un ou plusieurs personnages qui, sans parler, expriment leurs sentiments par les gestes, par les regards, ou feignent certaines actions.

    • Par extension.

      • De sorte qu'il se passa alors entre nous deux une petite scène muette qui fut la plus plaisante chose du monde Marivaux, Pays. parv. 1re part.
    • Personnages muets, personnages qui dans une pièce ne disent rien, et ne sont là que pour figurer ; tels sont les gardes dans une tragédie.

    • Fig.

      • Ce qui le fâchait, c'est que je ne lui donnais aucun rôle à jouer dans cette comédie ; il s'en plaignit à moi, et me demanda s'il n'y ferait qu'un personnage muet LE SAGE, Guzm. d'Alf. V, 1
    • Un muet langage, manière de se faire comprendre d'une manière expressive, mais sans parler. Le muet langage des yeux.

  7. 7Terme de grammaire. Lettre muette, toute lettre qui ne se prononce pas. La lettre p est muette dans compter, dompter.

    • H muette, celle qui n'est point aspirée, comme dans le mot honneur.

    • E muet, l'e féminin, tel qu'il se prononce dans les mots boire, flamme, etc. ; on donne aussi le nom d'e muet à l'e sans accent qui se prononce eu dans les monosyllabes je, me, que.

    • S. f. Une muette, une lettre muette.

      • Terme de grammaire grecque, les muettes, nom donné à neuf consonnes (β, γ, δ, π, ϰ, τ, φ, χ, θ), qui ne peuvent être articulées sans voyelle ; aujourd'hui, dans la grammaire comparée, ces lettres se nomment plutôt explosives.

  8. 8Semaine muette, la semaine sainte, ainsi dite parce qu'on ne sonne pas les cloches.

  9. 9S. m. et f. Un muet, une muette. L'institution des sourds et muets.

    • Les poissons.... forment un peuple de muets chez qui le langage des signes est peu abondant Bonnet, Contempl. nat. X, 30
    • Par antiphrase. Une muette des halles, une harengère, une femme qui n'épargne pas les injures.

      • Les femmes de la halle, qui sont les muettes de Paris, mais qui ne laissent pas de babiller plus que le reste du monde GUI PATIN, Lettres, t. II, p. 601
  10. 10Au plur. Muets, gens attachés au service des sultans, et qui, sans être privés de l'usage de la parole, ne s'expriment jamais que par signes. Le sultan lui envoya les muets, qui l'étranglèrent.

  11. 11Le muet, espèce de serpent à sonnettes.

  12. 12À la muette, loc. adv. Sans faire de bruit.

    • Celui-ci [l'épeiche] arrive toujours à la muette, c'est-à-dire, sans faire du bruit, et jamais d'un seul vol Buffon, Ois. t. XIII, p. 90

Remarque

Appliqué aux personnes, muet suit toujours le substantif : un homme muet, une femme muette. Appliqué aux choses, il peut le précéder : une muette horreur.

Étymologie

Diminutif de l'anc. franç. mu (voy. MUE 2) ; wallon, mouwai ; namur. moia ; Hainaut, muau ; ces formes sont parallèles à l'anc. français muel, muiaux, autre diminutif de mu, qui, à beaucoup près, était le plus usité.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander