Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

nature dans le Littré

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1nature s. f. (na-tu-r')

  1. 1Ensemble de tous les êtres qui composent l'univers.

    • Au lieu de cette philosophie spéculative qu'on enseigne dans les écoles, on en peut trouver une pratique, par laquelle, connaissant la force et les actions du feu, de l'eau, de l'air, des astres, des cieux et de tous les autres corps qui nous environnent aussi distinctement que nous connaissons les divers métiers de nos artisans, nous les pourrions employer en même façon à tous les usages auxquels ils sont propres, et ainsi nous rendre comme maîtres et possesseurs de la nature Descartes, Méth. VI, 2
    • Que l'homme contemple la nature entière dans sa haute et pleine majesté.... que la terre lui apparaisse comme un point.... si notre vue s'arrête là, que l'imagination passe outre : elle se lassera plutôt de concevoir que la nature de fournir ; tout ce monde visible n'est qu'un trait imperceptible dans l'ample sein de la nature Pascal, Pens. I, 1, éd. HAVET.
    • Qu'est-ce que l'homme dans la nature ? un néant à l'égard de l'infini, un tout à l'égard du néant ; un milieu entre rien et tout Pascal, ib. I, 1
    • Je regarde de toutes parts, et ne vois partout qu'obscurité ; la nature ne m'offre rien qui ne soit matière de doute et d'inquiétude Pascal, ib. XIV, 2
    • Non-seulement parce que je ne me sentirais pas assez fort pour trouver dans la nature de quoi convaincre des athées endurcis, mais encore parce que cette connaissance, sans Jésus-Christ, est inutile et stérile Pascal, ib. X, 5
    • C'est une chose étrange qu'ils [les hommes] aient voulu comprendre les principes des choses, et de là arriver jusqu'à connaître tout par une présomption aussi infinie que leur objet ; car il est sans doute qu'on ne peut former ce dessein sans une présomption ou sans une capacité infinie comme la nature Pascal, ib. I, 1
    • Il savait parler à chacun selon ses talents.... aux voyageurs curieux de ce qu'ils avaient découvert ou dans la nature, ou dans le gouvernement, ou dans le commerce Bossuet, Louis de Bourbon.
    • Multipliez vos jours, comme les cerfs et les corbeaux, que la fable ou l'histoire de la nature fait vivre durant tant de siècles Bossuet, Sermons, Mort, 1
    • L'homme de la nature est le chef et le roi BOIL., Sat. VIII
    • Votre nature n'est qu'un mot inventé pour signifier l'universalité des choses Voltaire, Dialog. XXIX, 2
    • La nature est le trône extérieur de la magnificence divine Buffon, Quadrup. t. IV, p. 12
    • Virgile en de riants vallons A célébré l'agriculture ; Vous, l'abbé, c'est dans les salons Que vous observez la nature M. J. CHÉNIER, Épître à Delille.
    • On ne rencontre point le nom de ses ancêtres [de l'homme sauvage d'Amérique] dans les fastes des empires ; les contemporains de ses aïeux sont de vieux chênes encore debout ; monuments de la nature et non de l'histoire, les tombeaux de ses pères s'élèvent inconnus dans des forêts ignorées Chateaubriand, Itin. 3e part.
    • Ah ! c'est là qu'entouré d'un rempart de verdure, D'un horizon borné qui suffit à mes vœux, J'aime à fixer mes pas, et, seul dans la nature, à n'entendre que l'onde, à ne voir que les cieux Lamartine, Méd. I, 6
    • Mais la nature est là qui t'invite et qui t'aime ; Plonge-toi dans son sein qu'elle t'ouvre toujours ; Quand tout change pour toi, la nature est la même, Et le même soleil se lève sur tes jours Lamartine, ib. I, 6
    • Dieu, pour le concevoir, a fait l'intelligence ;Sous la nature enfin découvre son auteur Lamartine, ib. I, 6
    • L'impassible nature a déjà tout repris Victor Hugo, Rayons et ombres, XXXIV
    • Il n'y a rien de meilleur, de plus mauvais, de plus beau, de plus laid dans la nature, dans toute la nature, se dit d'une personne très bonne, très mauvaise, etc.

    • La nature inorganique, l'ensemble des substances qui n'ont ni organisation ni vie.

    • La nature végétale, l'ensemble des végétaux.

      • Tout ce que vous voyez, c'est la nature végétale et inanimée ; et, quoi qu'on puisse faire, elle laisse toujours une idée de solitude qui attriste J.-J. Rousseau, Hél. IV, 11
    • La nature animale, l'ensemble des animaux.

    • Système de la nature, titre du grand ouvrage de Linné, où tous les objets de la nature, minéraux, végétaux et animaux, sont classés suivant leurs affinités.

    • Le système de la nature de d'Holbach, système d'athéisme et de matérialisme.

      • Il y avait là [dans le système de Spinosa] de la philosophie ; mais je suis forcé de dire que je n'en trouve aucune dans le Système de la nature Voltaire, Dict. philos. Dieu, 4
  2. 2Ordre établi dans l'univers, ou système des lois qui président à l'existence des choses et à la succession des êtres. Les merveilles de la nature. Les lois de la nature.

    • Il ne faut pas juger la nature selon nous, mais selon elle Pascal, Pens. XXV, 19
    • La nature a des perfections pour montrer qu'elle est l'image de Dieu, et des défauts pour montrer qu'elle n'en est que l'image Pascal, ib. XXIV, 70
    • Notre âme est jetée dans le corps, où elle trouve nombre, temps, dimension ; elle raisonne là-dessus, et appelle cela nature, nécessité, et ne peut croire autre chose Pascal, ib. X, 1
    • Réaumur, dont la main si savante et si sûre A percé tant de fois la nuit de la nature Voltaire, 4e disc.
    • La nature est le système des lois établies par le créateur pour l'existence des choses et pour la succession des êtres ; la nature n'est point une chose, car cette chose serait tout ; la nature n'est point un être, car cet être serait Dieu ; mais on peut la considérer comme une puissance vive, immense, qui embrasse tout, qui anime tout, et qui, subordonnée à celle du premier être, n'a commencé d'agir que par son ordre Buffon, Quadrup. t. IV, p. 1
    • Il faut traduire la nature, comme elle s'offre aux sens ; et son interprète ne doit jamais être son commentateur J. SENNEBIER, Ess. sur l'art d'observer, t. II, p. 35, dans POUGENS.
  3. 3Sorte de personnification de l'ensemble des lois naturelles, puissance des choses naturelles, force active qui établit et conserve l'ordre naturel. Payer le tribut ou tribut à la nature, mourir.

    • C'est une œuvre où nature a fait tous ses efforts Malherbe, V, 2
    • Je dois définir ce que j'entends proprement, lorsque je dis que la nature m'enseigne quelque chose ; car je prends ici la nature en une signification plus resserrée que lorsque je l'appelle un assemblage ou une complexion de toutes les choses que Dieu m'a données Descartes, Médit. VI, 14
    • Souvent la nature nous dément, et ne s'assujettit pas à ses propres règles Pascal, Pens. III, 16
    • La nature recommence toujours les mêmes choses, les ans, les jours, les heures.... ainsi se fait une espèce d'infini et d'éternel Pascal, ib. XXV, 9
    • Pourquoi ma durée à cent ans plutôt qu'à mille ? quelle raison a eue la nature de me la donner telle, et de choisir ce nombre plutôt qu'un autre dans l'infinité ? Pascal, ib. XXV, 16 bis.
    • La nature s'imite : une graine jetée en bonne terre produit Pascal, ib. XXV, 65
    • Sous le nom de nature, nous entendons une sagesse profonde qui développe avec ordre et selon de justes règles tous les mouvements que nous voyons Bossuet, Conn. IV, 1
    • Quoique Dieu et la nature aient fait tous les hommes égaux, en les formant d'une même boue Bossuet, Gornay.
    • La simplicité d'une vie particulière qui goûte doucement et innocemment ce peu de biens que la nature nous donne Bossuet, Duch. d'Orl.
    • La nature, cruelle usurière, nous ôte tantôt un sens et tantôt un autre Bossuet, Bourgoing.
    • Toute la nature s'épuise pour la parer [une femme] Bossuet, la Vallière.
    • Tel en un secret vallon.... Croît à l'abri de l'aquilon Un jeune lis, l'amour de la nature Racine, Ath. II, 9
    • Il n'est pas surprenant que les effets de la nature donnent bien de la peine aux philosophes Fontenelle, Oracles, 1, Avant-propos.
    • Non que la nature ait été aussi soigneuse qu'on le dit quelquefois de mettre dans chaque pays les plantes qui devaient convenir aux maladies des habitants.... Fontenelle, Tournefort.
    • Ce sont [les goûts et dégoûts] des avis secrets de la nature, si cependant la nature a un soin de nous si exact et auquel on puisse tant se fier Fontenelle, Tschirnhaus
    • J'ai pris la nature sur le fait mot de Fonten. dans VOLT. Micromégas, 6
    • La nature agit toujours avec lenteur et, pour ainsi dire, avec épargne Montesquieu, Lett. pers. 114
    • Et si je vous disais qu'il n'y a point de nature, que tout est art dans l'univers, et que l'art annonce un ouvrier Voltaire, Dial. XXIX, 2
    • La nature, à un philosophe : Mon pauvre enfant, veux-tu que je te dise la vérité ? c'est qu'on m'a donné un nom qui ne me convient pas ; on m'appelle nature, et je suis tout art Voltaire, Dict. phil. Nature.
    • Tant la nature même en toute nationGrava l'être suprême et la religion Voltaire, Orphel. I, 1
    • La nature est comme ces grands princes qui comptent pour rien la perte de quatre cent mille hommes, pourvu qu'ils viennent à bout de leurs augustes desseins Voltaire, l'Homme aux 40 écus, Entretien avec un géomètre
    • La nature, libre au milieu des limites que nous pensons lui prescrire, est plus riche que nos idées et plus vaste que nos systèmes Buffon, Ois. t. XIV, p. 30
    • Lorsqu'on nomme la nature purement et simplement, on en fait une espèce d'être idéal, auquel on a coutume de rapporter, comme cause, tous les effets constants, tous les phénomènes de l'univers Buffon, ib. t. I, p. 3
    • Tout doit finir sans doute ; mais les grands ouvrages de la nature ont une vie si longue que nous vieillissons, nous mourons sans voir leurs progrès vers la décrépitude BAILLY, Hist. de l'astr. mod. t. III, p. 226, dans POUGENS
    • Le mot de nature est un de ces mots dont on se sert d'autant plus souvent que ceux qui les entendent ou qui les prononcent y attachent plus rarement une idée précise Condorcet, Tronchin.
    • La nature n'est point avare, la nature n'est point prodigue, la nature ne s'épuise point : ce sont des mots vides de sens Marmontel, Élém. litt. Œuv. t. IX, p. 298, dans POUGENS
    • Telle sur un rameau durant la nuit obscurePhilomèle plaintive attendrit la nature Delille, Géorg. IV
    • Combien la nature est fécondeEn plaisirs ainsi qu'en douleurs ! Béranger, la Nature
    • Tous deux s'étant trouvés différents pour la cure,Leur malade paya le tribut à nature La Fontaine, Fabl. V, 12
    • Philosophie de la nature, sorte de panthéisme de quelques philosophes allemands.

    • Terme de physique. Jeux de la nature, phénomènes qui, présentant quelque singularité, sont considérés comme des caprices de la nature.

  4. 4Dans un sens très lâche, l'ensemble des choses qui sont sous les yeux, sous la main de l'homme.

    • Rien n'est plus commun que les bonnes choses, il n'est question que de le discerner.... la nature, qui seule est bonne, est toute familière et commune Pascal, Géométr. II
    • La nature se perpétue par des reproductions ; elle se détruit par les jouissances Mirabeau, Collection, t. V, p. 410
  5. 5Ce qui constitue tout être en général, soit incréé, soit créé. La nature de Dieu. La nature angélique. La nature humaine.

    • Comme l'homme n'est pas une nature purement intelligente, et qu'il est, ainsi qu'il a été dit, une nature intelligente unie à un corps Bossuet, Connaiss. IV, 1
    • Il faudrait être de la nature des anges, pour se maintenir dans le monde et pour se sauver de la contagion Bourdaloue, 14e dim. après la Pentec. Dominic. t. III, p. 414
    • Terme de théologie. Les deux natures de Jésus-Christ, la nature divine et la nature humaine.

      • La foi embrasse plusieurs vérités qui semblent se contredire.... la source en est dans l'union des deux natures en Jésus-Christ Pascal, Pens. XXIV, 12
      • Le mystère du Rédempteur, qui, unissant en lui les deux natures, humaine et divine, a retiré les hommes de la corruption du péché pour les réconcilier à Dieu, en la personne divine Pascal, ib. XI, 10 bis.
      • L'hérésie des monothélites, qui, par une bizarrerie presque inconcevable, en reconnaissant deux natures en Notre-Seigneur, n'y voulaient reconnaître qu'une seule volonté Bossuet, Hist. I, 11
  6. 6L'essence, les attributs, la condition propre d'un être ou d'une chose. La nature du feu est de brûler.

    • Ô vraiment divine aventure,Que ton respect fasse marcherLes astres contre leur nature Malherbe, VI, 2
    • S'ils [les philosophes] vous ont donné Dieu pour objet, ce n'a été que pour exercer votre superbe : ils vous ont fait penser que vous lui étiez semblables et conformes par votre nature ; et ceux qui ont vu la vanité de cette prétention vous ont jetés dans l'autre précipice, en vous faisant entendre que votre nature était pareille à celle des bêtes Pascal, Pens. XII, 2
    • La vraie nature de l'homme, son vrai bien, et la vraie vertu, et la vraie religion, sont choses dont la connaissance est inséparable Pascal, ib. XI, 2
    • Notre nature est dans le mouvement ; le repos entier est la mort Pascal, ib. XXV, 7
    • La nature de l'amour-propre et de ce moi humain est de n'aimer que soi Pascal, ib. II, 8
    • Nous connaissons l'existence et la nature du fini, parce que nous sommes finis et étendus comme lui ; nous connaissons l'existence de l'infini, parce qu'il a étendue comme nous, mais non des bornes comme nous Pascal, ib. X, 1
    • Le temps, dont la nature est de n'être jamais que dans un moment qui s'enfuit d'une course précipitée et irrévocable Bossuet, Yol. de Monterby.
    • Encore que notre esprit soit de nature à vivre toujours Bossuet, Duch. d'Orl.
    • Voulez-vous savoir en un mot ce que c'est que l'homme ? tout son devoir, tout son objet, toute sa nature, c'est de craindre Dieu Bossuet, ib.
    • La mort ne nous laisse pas assez de corps pour occuper quelque place.... notre chair change bientôt de nature, notre corps prend un autre nom.... Bossuet, ib.
    • Il est impossible que nous ne rencontrions des objets qui ont des natures ou des qualités contraires aux nôtres FLÉCHIER, Sermons, I, 136
    • Ne nous emportons point contre les hommes, en voyant leur dureté, leur ingratitude, leur injustice... ils sont ainsi faits, c'est leur nature La Bruyère, XI
    • Fig.

      • C'est une grande querelle que celle de l'Angleterre avec ses colonies : savez-vous, mon ami, par où nature veut qu'elle finisse ? Par une rupture Diderot, Sur les lettres d'un fermier.
  7. 7La nature des choses, en général, la nécessité qui résulte de la constitution des choses.

    • Les lois, dans la signification la plus étendue, sont les rapports nécessaires qui dérivent de la nature des choses Montesquieu, Espr. I, 1
    • De la nature des choses, titre d'un poëme latin de Lucrèce, qui est une exposition du système d'Épicure.

    • Il est dans la nature des choses, il arrive naturellement, inévitablement. Il est dans la nature des choses que la faveur l'emporte souvent sur le mérite.

  8. 8Ensemble des propriétés qu'un être vivant tient de sa naissance, de son organisation, de sa conformation primitive, par opposition à celles qu'il peut devoir à l'art. Chaque animal obéit à sa nature.

    • Passer en nature, devenir le propre de.

      • Le parfait parmi les parfaits .... celui à qui la vertu a passé en nature Bossuet, États d'orais. VI, 10
      • La contagion du premier péché par lequel la source des hommes étant infectée, la corruption nous est passée en nature Bossuet, 1er sermon, Pentec. 1
  9. 9Il se dit, par extension, de ce qui est comparé à une espèce d'être vivant, tel qu'un peuple, un gouvernement, etc.

    • Chaque peuple a le sien conforme à sa nature Corneille, Cinna, II, 1
    • Polybe a très bien conclu que Carthage devait à la fin obéir à Rome par la seule nature des deux républiques Bossuet, Hist. III, 6
    • Il y a cette différence entre la nature d'un gouvernement et son principe, que sa nature est ce qui le fait être tel ; et son principe, ce qui le fait agir Montesquieu, Espr. III, 1
    • Les circonstances et la nature du gouvernement font les vices et les vertus des nations D'ALEMBERT, Éloges, Montesquieu.
  10. 10Nature humaine, ou, simplement, nature, la totalité des conditions physiques et morales de l'être humain. La nature pâtit à la vue d'un grand péril. Les besoins de la nature.

    • Alphabet de nature, alphabet considéré et distribué d'après les mouvements des organes de la parole, glotte, voile du palais, langue, dents, lèvres.

    • Fig. Les cinq sens de nature, toutes les forces dont on dispose. (On dit d'ordinaire mettre et non faire les cinq sens de nature.)

      • M. le duc d'Orléans lui avait dit franchement [à Mme de Saint-Simon] qu'il y faisait [à sa nomination de dame d'honneur] tous ses cinq sens de nature Saint-Simon, 273, 188
    • On dit qu'un homme est ennemi de nature, quand il se plaît à faire du mal à soi et à autrui, ou quand il condamne toute sorte de divertissements.

    • Forcer nature, vouloir faire plus qu'on ne peut.

    • La nature humaine, signifie aussi le genre humain.

    • La nature raisonnable, l'espèce humaine considérée en tant que douée de raison.

      • C'était la véritable grandeur de la nature raisonnable, lorsque, sans avoir besoin des choses extérieures.... elle faisait sa félicité par la seule innocence de ses désirs Bossuet, Sermons, l'Honneur, 1
  11. 11La condition de l'homme telle qu'on la suppose antérieurement à toute civilisation. L'homme dans l'état de nature.

    • Ah ! que dirait maître Pangloss, s'il voyait comme la pure nature est faite ? Tout est bien, soit ; mais j'avoue qu'il est bien cruel d'être mis à la broche par des Oreillons Voltaire, Candide, 16
    • Enfant de la nature, il est libre, bon et rude comme elle AL. DUVAL, Menuis. de Livonie, II, 5
    • Le frère d'Amélie s'était endormi l'homme de la société, il se réveillait l'homme de la nature Chateaubriand, Natch. livre II
    • Dans l'état de nature.... l'homme exempt de tout vice et de la corruption des temps où nous vivons, ne parlait point, mais criait, murmurait ou grognait, selon ses affections du moment Paul-Louis Courier, 9e lettre au censeur.
    • Familièrement. Être dans l'état de pure nature, être tout nu.

  12. 12Ce qui appartient d'origine à l'être humain, par opposition à coutume.

    • Elle [la coutume] contraint la nature, et quelquefois la nature la surmonte, et retient l'homme dans son instinct, malgré toute coutume, bonne ou mauvaise Pascal, Pens. III, 4
    • J'ai bien peur que cette nature ne soit elle-même qu'une première coutume, comme la coutume est une seconde nature Pascal, ib. III, 13
  13. 13Terme de théologie. Nature, l'état naturel de l'homme par opposition à l'état de grâce. Le baptême fait passer l'homme de l'état de nature à l'état de grâce. La loi de nature, se dit par opposition à l'ancienne loi et à la loi de grâce.

    • La foi chrétienne ne va principalement qu'à établir ces deux choses : la corruption de la nature et la rédemption de Jésus-Christ Pascal, Pens. IX, 1
    • Qui ne confesserait pas devant Dieu, dans l'humiliation de son âme, que vraiment notre maladie est extrême, et que les plaies de notre nature sont bien profondes ? Bossuet, 1er sermon, Pentec. 1
    • La nature, quoique impuissante, n'a jamais été sans flatteurs, qui l'ont enflée par de vains éloges, parce qu'en effet ils ont vu en elle quelque chose de fort excellent ; mais ils ne se sont point aperçus qu'il en était comme des restes d'un édifice autrefois très régulier et très magnifique Bossuet, ib.
    • Dompter par la pénitence la délicatesse des sens et de la nature Bossuet, Bourgoing.
    • Si, depuis la chute de la nature, tout ce qui est en nous ou autour de nous est pour nous un nouveau péril Massillon, Carême, prière 1
  14. 14La constitution du corps vivant, le principe qui le soutient. La nature commence à s'affaiblir en lui. Une nature défaillante. La médecine tantôt aide la nature, tantôt la laisse agir.

    • Des douleurs vives et longues tout ensemble.... les forces de la nature usées par le soin même qu'on prend de la soutenir Fléchier, Dauphine.
    • Il [Hercule] conserva, par l'ordre de Jupiter, cette nature subtile et immortelle, cette flamme céleste qui est le vrai principe de vie et qu'il avait reçue du père des dieux Fénelon, Tél. X
    • Ceux qui parlent de médecine font souvent de la nature une espèce d'être moral qui a des volontés, qui supporte impatiemment la contradiction, qui a quelquefois assez de sagacité pour sauver le malade et bien diriger ses efforts, mais qui, malgré les bonnes intentions qu'on lui suppose, est sujet à se tromper presque aussi souvent que les médecins Condorcet, Tronchin.
    • Nature médicatrice, ensemble des actions dérivant des propriétés inhérentes aux tissus et aux humeurs, qui font qu'un organe lésé dans de certaines limites revient peu à peu à son état naturel.

  15. 15La complexion, le tempérament de chaque individu. Il est de nature bilieuse, sanguine. Sa nature est sèche, robuste.

  16. 16L'ensemble des sentiments innés.

  17. 17Une certaine disposition ou inclination de l'âme. Une nature heureuse. Il est enclin de sa nature à tel vice.

    • Il y a des coups de miséricorde et de grâce qui renversent la nature la plus fière Fléchier, Serm. t. I, p. 291
    • Vos inégalités ne viennent que d'une légèreté de nature Massillon, Carême, Inconst.
    • Malgré les frémissements secrets de votre nature, accoutumez votre délicatesse à ces œuvres de religion Massillon, Panégyr. Ste Magdeleine
  18. 18L'ensemble des affections du sang, de la famille. Pour aimer un mari l'on ne hait pas ses frères.

  19. 19Sorte, espèce. Considérer, quand on plante, la nature du terrain.

    • ....Une grande offense est de cette nature Que toujours l'offenseur impute à l'offensé Un vif ressentiment dont il le croit blessé Corneille, Rodog. I, 7
    • Car enfin cet effet est de telle natureQue sa source en doit être à nos yeux toute pure Corneille, Perthar. II, 5
    • Un prêtre de Tyane alla demander à ce faux prophète Alexandre si les oracles qui se rendaient alors à Claros, à Delphes, étaient véritablement des réponses d'Apollon ; Alexandre eut des égards pour ces oracles qui étaient de la nature du sien Fontenelle, Oracl. II, 3
    • La chaîne du couchant appartient aux montagnes de Judée ; moins élevée et plus inégale que la chaîne de l'est, elle en diffère encore par sa nature Chateaubriand, Itin. 3e part.
    • Terme d'alchimie. Nature fuyante au feu, le mercure.

  20. 20Nature se dit des opérations, des productions de la nature, par opposition à celles de l'art. L'art perfectionne la nature.

    • Ô maison d'Aristippe, ô jardins d'Épicure, Vous qui me présentez, dans vos enclos divers, Ce qui souvent manque à mes vers, Le mérite de l'art soumis à la nature Voltaire, Ép. 76
    • J'avais vu les grands fleuves de l'Amérique avec ce plaisir qu'inspirent la solitude et la nature Chateaubriand, Itin. 3e part.
  21. 21La nature soit physique soit morale considérée comme modèle des arts d'imitation.

  22. 22Particulièrement, en peinture et en sculpture, l'objet réel qu'on se propose de représenter.

    • Quelqu'un n'a-t-il point vu Comme on dessine sur nature ? La Fontaine, Cas.
    • Que dirait-on d'un peintre qui ne représenterait les hommes que comme ils sont faits communément, petits, mal tournés, mal proportionnés, de mauvais air ? Ce serait là pourtant la nature Fontenelle, Réfl. poét. Œuv. t. V, p. 144, dans POUGENS
    • Si vous prenez des natures énormes, que votre scène soit presque immobile ; si vous prenez des natures petites, que votre scène soit tumultueuse et troublée Diderot, Salon de 1767, Œuv. t. XIV, p. 63, dans POUGENS
    • Peindre d'après nature, peindre d'après les objets mêmes qu'on veut représenter.

      • D'un côté du tableau c'est Madame Royale peinte en miniature.... vis-à-vis de la princesse est le jeune prince, beau comme un ange, d'après nature aussi Mme de Sévigné, 372
    • Fig. D'après nature, conformément à la réalité.

    • Belle nature, en termes d'art et de poésie, la nature imitée seulement dans les objets agréables à l'œil, à l'imagination, à l'oreille.

    • Nature idéale, celle dont le modèle absolument parfait n'existe que dans l'imagination de l'artiste.

    • Figures plus grandes, plus petites que nature, figures qui sont au-dessus, au-dessous des proportions naturelles.

      • Les dieux d'Homère sont des hommes plus grands et plus forts que nature, soit au physique, soit au moral Marmontel, Élém. litt. Œuv. t. VIII, p. 371, dans POUGENS
    • Figures de demi-nature, ou figures demi-nature, figures qui n'ont que la moitié des proportions naturelles.

    • Nature morte, se dit des animaux tués et, particulièrement, du gibier, dont l'imitation exclusive forme un genre particulier de peinture. Ce sont des natures mortes. Peintre de nature morte.

    • Nature s'emploie quelquefois adjectivement dans le langage familier. Comme cela est nature ! c'est-à-dire comme cela est naturel !

  23. 23Les parties qui servent à la génération, surtout dans les femelles des animaux. La nature d'une jument.

    • Nature de baleine, nom donné quelquefois au sperma ceti.

  24. 24État matériel de certaines choses, par opposition à l'argent qu'elles peuvent valoir.

    • Une dîme qui se lèverait en nature sur la récolte J.-J. Rousseau, Pologne, 11
    • Payer en nature, payer avec les productions naturelles du sol.

  25. 25Terme de métallurgie.

    • Prendre nature, se dit de l'acier qui, dans les fours à puddler, est rouge, poreux et à l'état naissant Comptes rendus, Acad. des sc. t. LII, p. 632
  26. 26Terme de musique. Chanter par nature, se disait pour passer de bémol en bécarre, parce que l'on quitte le bémol pour la note naturelle.

  27. 27Bœufs de nature, expression impropre dont on se sert pour caractériser les animaux de l'espèce bovine plus aptes à être soumis à l'engraissement qu'au travail.

  28. 28En cuisine, bœuf nature, côtelettes nature, c'est-à-dire sans sauce, sans apprêt.

  29. 29Contre nature, loc. adv. D'une manière contraire à l'ordre moral, aux sentiments. Il est contre nature qu'un père persécute ses enfants.

    • Vice contre nature, la pédérastie.

Proverbes

L'habitude est une seconde nature. L'accoutumance est une autre nature. Nature passe nourriture, ou, inversement, nourriture passe nature, c'est-à-dire que tantôt la nature prévaut sur l'éducation, tantôt l'éducation sur la nature.

Étymologie

Provenç. espagn. et ital. natura ; du lat. natura, qui vient du radical na, pour gna, sanscr. jan, lat. gignere, du suffixe turus, tri, tor, qui fait des noms d'agent ; natura signifie donc l'engendrante, la force qui engendre.

2naturé, ée adj. (na-tu-ré, rée)

  1. Terme de la philosophie de Spinosa. Nature naturée, la nature considérée dans son état passif, par opposition à nature naturante.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander