noircir (noir-sir)
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1V. n. Devenir noir. Ces tableaux noircissent en vieillissant.
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2V. a. Rendre noir. Noircir une muraille. Se noircir les cheveux, les sourcils.
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Obscurcir.
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En serrurerie, faire chauffer des pièces d'ouvrage et les frotter avec de la corne de bœuf pour les garantir de la rouille.
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3Familièrement. Noircir du papier, écrire.
L'honneur.... Quel est-il ?... L'ambitieux le met souvent à tout brûler.... Ce poëte à noircir d'insipides papiers
Boileau, Sat. X
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4Fig. Faire naître de sombres idées, attrister.
La vie se passe sans jouir d'une présence si chère ; je ne puis m'accoutumer à cette dureté ; toutes mes pensées et toutes mes rêveries en sont noircies
Mme de Sévigné, 13 nov. 1675Vous vous vantez de ne rien faire dans votre cabinet ; il me semble pourtant que vous êtes une substance qui pense beaucoup ; que ce soit du moins d'une couleur à ne vous point noircir l'imagination
Mme de Sévigné, à Mme de Grignan, 3 juill. 1680Les sujets de chagrin qui ont noirci votre joie naturelle, et la gaieté et la vivacité de votre belle jeunesse
Mme de Sévigné, à du Plessis, 20 août 1690Voilà un des chagrins de l'absence ; c'est qu'elle noircit toutes choses
Mme de Sévigné, 11 oct. 1679Mais quoi ! ma goutte est passée, Mes chagrins sont écartés : Pourquoi noircir ma pensée De ces tristes vérités ?
CHAULIEU, Sur la goutte.Ce spectacle tout seul soulève tous les sens, trouble la raison, noircit l'imagination
Massillon, Carême, Mort.
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5Fig. Rendre noir, faire passer pour méchant, infâme.
- Et ce lâche attentat n'est qu'un trait de l'envieQui s'efforce à noircir une si belle vie Corneille, Nicom. III S.
- S'il m'a voulu noircir d'un opprobre éternel Corneille, ib. IV, 2
- Si vous pouviez savoir avec quel déplaisirJe vois qu'envers mon frère on tâche à me noircir Molière, Tart. III, 7
Et même selon notre célèbre père Lamy, il est permis aux prêtres et aux religieux de prévenir ceux qui les veulent noircir par des médisances, en les tuant pour les en empêcher
Pascal, Prov. VII- De ce même pinceau dont j'ai noirci les vices.... Boileau, Sat. IX
- J'ignore de quel crime on a pu me noircir Racine, Brit. IV, 2
- Moi, que j'ose opprimer et noircir l'innocence ! Racine, Phèdre, III, 3
De quoi te chargeais-tu ? pourquoi ta bouche impie A-t-elle, en l'accusant, osé noircir sa vie ?
Racine, ib. IV, 5C'est une mauvaise action de noircir dans l'esprit du prince le dernier de ses sujets
Montesquieu, Lett. pers. 127- Souvent d'affreux soupçons l'innocent est noirci BRIFFAUT, Ninus, III, 2
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Il se dit, dans le même sens, de choses auxquelles on donne une fâcheuse apparence.
.... Ses scrupules, ses relâchements, ses oppositions, en augmentant et noircissant les doses, on en ferait fort bien votre ami le scélérat
Mme de Sévigné, 22 janv. 1674On tenta tous les moyens de noircir sa conduite, ce qui n'était pas facile
MAIRAN, Éloges, Petit.C'est moi dont on blâmera la violence, dont on noircira le caractère
Mme de Staël, Delph. part. V, lett. 6
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6Se noircir, v. réfl. Devenir noir. Cela s'est noirci à la fumée.
Un fleuve y serpentait, et ses flots divisés Baignaient, dans cent canaux, les champs fertilisés ; Je le voyais briller à travers les campagnes, Se noircir quelquefois de l'ombre des montagnes
SAINT-LAMBERT, Saisons, II
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Le temps se noircit, le ciel se noircit, c'est-à-dire le temps devient obscur, le ciel se couvre de nuages.
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7Fig. Se faire tort, se rendre odieux, infâme.
- Mais que, sans se noircir, il ne puisse quitterLe fardeau que sa main est lasse de porter Corneille, Cinna, II, 1
- Après l'indigne amour dont son cœur s'est noirci !Je cherche à m'en venger, c'est tout ce que j'espère QUIN., Mère coq. IV, 7
- Je ne me noircis pas pour le justifier Racine, Bajaz. V, 6
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Se diffamer l'un l'autre.
Les calomnies atroces dont les chrétiens se noircissaient réciproquement
Voltaire, Dict. phil. Zèle.
Synonymes
NOIRCIR, DÉNIGRER. Quoique ces deux mots aient le même radical (niger, noir), cependant le sens en est différent : noircir, c'est imputer des actions noires ; dénigrer, c'est détracter. De là résulte que noircir ne peut se dire que des personnes ou de leurs actes, tandis que dénigrer se dit et des personnes et des choses : on dénigre un homme, mais aussi on dénigre un tableau, une œuvre, etc. Noircir se dit surtout des actions ou des sentiments que l'on attribue à quelqu'un ; et dénigrer, du jugement qu'on en porte : je dénigre un tel, en disant que j'en ai mauvaise opinion, ce qui est mon jugement ; je le noircis, en lui attribuant des actes ou des pensées cruelles, envieuses, etc.
Étymologie
Dérivation irrégulière de noir, semblable à celle qui de clair a fait le terme technique claircir ; Hainaut, noirchir. Le wallon neûrî est régulièrement fait, et répond au latin nigrire. Noircir ne peut venir de nigrescere, qui ferait neraître, comme naître, de nascere, paraître, de parescere, etc.