Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

non dans le Littré

1 article· 59 citations· rimes· synonymes

non (non ; l'n ne se lie jamais : non ici, mais là)

  1. 1Particule négative opposée à oui, particule affirmative. L'avez-vous fait ? - Non. Répondez par oui ou par non.

    • Si vous répondez que non Pascal, Prov. XI
    • Les langues sont des chiffres où non les lettres sont changées en lettres, mais les mots en mots ; de sorte qu'une langue inconnue est indéchiffrable Pascal, Pens. VII, 23, éd. HAVET.
    • Hippocrate dit out, mais Galien dit non Regnard, Folies amour. III, 7
    • Pour moi, j'aime les gens dont l'âme se peut lire,Qui disent bonnement oui pour oui, non pour non Gresset, le Méch. I, 5
    • Non, en métaphysique, ne me paraît guère plus sage que oui ; non liquet [la chose n'est pas claire] est la réponse raisonnable à presque tout D'Alembert, Lett. à Voltaire, 4 août 1770
    • Familièrement. Je ne dis pas non, je ne refuse pas.

    • Dans quelques cas, la phrase interrogative est telle, qu'il y peut être répondu par non ou par oui, sans que le sens soit changé.

      • Dorante : Vous n'avez seulement qu'à dire une parole. - Philiste : Qu'une ? - Dorante : Non ; cette nuit j'ai promis de la voir Corneille, Suite du Ment. III, 4
  2. 2Non s'emploie pour nier une proposition entière qui est sous-entendue.

  3. 3Il peut remplacer un substantif, un adjectif. Malice, ou non, le mal est fait. Sage ou non.

    • Enfin les uns sont contents, les autres non, c'est le monde ; il n'y a rien de nouveau à cela Mme de Sévigné, 27 févr. 1679
    • On te propose pair ou non ; tu choisis pair et tu n'en vois pas le motif Voltaire, Newt. I, 4
  4. 4Il se met dans le cours du discours pour nier quelque chose, très souvent avec une reprise par mais. Il a fait cela non par méchanceté, mais pour jouer.

  5. 5Il se joint souvent avec pas, mais non avec point (du moins ce n'est pas l'usage ; car il n'y aurait pas de faute). Prendrai-je cela ? non pas, s'il vous plaît.

    • Après le que qui suit un comparatif, les anciens ajoutaient souvent non pas ; tournure qui tombe en désuétude.

      • Mes jours Devaient plutôt finir que non pas son discours Régnier, Sat. VIII
      • Quand il a fallu qu'il [Dieu] ait paru [dans l'incarnation], il s'est encore plus caché en se couvrant de l'humanité ; il était bien plus reconnaissable quand il était invisible, que non pas quand il s'est rendu visible Pascal, Lett. à Mlle de Roannez, 2
    • Quand, dans une tournure semblable, la phrase finale a un verbe, la construction demanderait deux que qui seraient intolérables, par exemple : il vaut mieux que vous y alliez, que que j'y aille. Aujourd'hui on tourne autrement la phrase pour les éviter ; autrefois entre les deux que on intercalait non pas ; tournure fort recommandable et à reprendre.

      • Ils [les apôtres] jugent plus sûr que Dieu approuve ceux qu'il remplit de son esprit, que non pas qu'il faille observer la loi Pascal, Pens. XXIV, 14
  6. 6Il s'emploie devant sans, loin, etc. pour en changer le sens restrictif.

  7. 7Il se met au commencement d'une phrase négative pour en annoncer le caractère. Non, je n'en ferai rien.

  8. 8Il se joint aux adverbes certes, certainement, vraiment, qui rendent la négation plus formelle. Non certes, non vraiment, je ne le ferai pas.

  9. 9Il se joint à des adjectifs, à des substantifs, à des verbes. Non solvable. Non-activité. Fin de non-recevoir. (Pour le tiret, voy. la Rem. 2.)

  10. 10Non-seulement, loc. adv. qui est ordinairement suivie de la conjonction adversative mais (on met un tiret à non-seulement, mais non à mais encore).

    • L'Église traite non-seulement de criminels, mais d'hérétiques tous ceux qui emploient de l'argent pour obtenir les ministères ecclésiastiques Pascal, Réfutation de la réponse à la 12e lettre
    • Toujours prêts à donner à leur troupeau non-seulement leurs veilles et leurs travaux, mais leur propre vie Bossuet, Hist. II, 7
    • Ainsi l'art de se détruire est non-seulement tout autre de ce qu'il était avant l'invention de la poudre, mais de ce qu'il était il y a cent ans Voltaire, Louis XIV, 18
    • Ayant déclaré non-seulement hérétique mais absurde le mouvement de la terre Voltaire, ib. 31
    • On disait que cela me faisait du mal ; je crois, moi, que cela me fit du bien, et non-seulement à mon âme, mais à mon corps J.-J. Rousseau, Conf. VI
  11. 11Non plus que, loc. adv. Ne.... pas plus que.

    • Quel malheur, si l'amour de sa femme Ne peut non plus sur lui que le mien sur ton âme ! Corneille, Hor. II, 5
    • Ah ! si non plus que vous je n'ai point le cœur bas Corneille, Attila, III, 4
    • Cette impiété de Luther.... que nous ne coopérons en aucune sorte à notre salut, non plus que des choses inanimées Pascal, Prov. XVIII
    • On ne serait non plus en peine de son salut [d'un homme mort subitement] que de celui de M. de Turenne Mme de Sévigné, 220
    • Je suis assurée qu'elle [Mme de Guitaut qui venait d'accoucher] a reçu des visites.... et ne s'est non plus ménagée sur le bruit que si elle était reine ou dauphine Mme de Sévigné, 26 mai 1681
    • On ne doute non plus de sa volonté que de son être Bossuet, Libre arb. 1
    • Il y sera décidé qu'on ne tient non plus devant les Français en Allemagne qu'en Flandre Bossuet, Louis de Bourbon.
    • Il [Maximien] ne voulait non plus pour compagnons de l'empire ses enfants que les étrangers Bossuet, Hist. I, 10
    • Un être éternel incréé aussi bien qu'incorruptible, et qui n'avait non plus de commencement que de fin Bossuet, ib. II, 6
    • L'humilité non plus que la foi n'est ni timide, ni raisonneuse Fléchier, Panég. I, 301
    • Chassez un chien du fauteuil du roi, il grimpe à la chaire du prédicateur, il regarde le monde indifféremment, sans embarras, sans pudeur ; il n'a pas, non plus que le sot, de quoi rougir La Bruyère, II
    • Ils [les criminels du Tartare] ont horreur d'eux-mêmes, et ils ne peuvent non plus se délivrer de cette horreur que de leur propre nature Fénelon, Tél. XVIII
    • Non plus signifie quelquefois pareillement, mais seulement dans une phrase négative. Vous ne le voulez pas, ni moi non plus.

  12. 12Non que, avec le subjonctif, ce n'est pas que. Non qu'il ne soit fâcheux de le mécontenter.

  13. 13S. m. Un non. Des non.

    • Que le non prononcé soit un mur d'airain, contre lequel l'enfant n'aura pas épuisé cinq ou six fois ses forces, qu'il ne tentera plus de le renverser J.-J. Rousseau, Ém. II
    • Ma fierté naturelle est assez satisfaite de quelques non bien fermes que j'ai prononcés dans ma vie Ducis, Correspondance, 7 novembre 1806
    • Pour un oui ou pour un non, pour peu de chose. Il se fâche pour un oui ou pour un non.

Remarque

1. Dans cet exemple : Non-seulement tous ses honneurs et toutes ses richesses, mais encore toute sa vertu s'évanouit, on met s'évanouit au singulier, à cause de mais qui interrompt la phrase C'est là l'usage le plus ordinaire. Cependant, si quelque chose l'exigeait, rien n'empêcherait de mettre s'évanouirent. 2. Le tiret se met après non quand il s'agit d'un substantif composé : non-sens, non-usage, etc. ; il ne se met pas, en tout autre cas : les artisans non maîtres pouvaient travailler....

Étymologie

Bourguig. nain daime [non dame] ; picard, nein, naie, na ; provenç. non, no ; espagn. no ; portug. não ; ital. no, non ; du lat. non, anciennement noenu, noenum, que les étymologistes tirent de ni, non, et oenum, ancienne forme de unus, un.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander