nourrir v. a. (nou-rir)
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1Allaiter un enfant (ce qui est le premier sens de nutrire en latin).
- Et qui sous de feints noms, pour ne rien découvrir,Par son époux aux champs fut donnée à nourrir Molière, Éc. des f. V, 9
- Au sein qui m'a nourri cette main s'est plongée Voltaire, Sémiram. V, 8
- Le fils que j'ai nourri périrait à son tour Voltaire, Oreste, I, 5
Jeune femme, voulez-vous travailler à vous rendre heureuse, commencez d'abord par nourrir votre enfant
J.-J. Rousseau, Lett. à Mme B. Corresp. t. II, p. 206, dans POUGENS.
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Cette femme ne saurait nourrir d'enfants, c'est-à-dire elle a le malheur de perdre tous ses enfants dès le bas âge.
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Absolument. Cette femme nourrit.
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2Entretenir la vie par ce qui en répare les déperditions, alimenter. Les aliments les plus propres à nourrir l'homme. Les fruits de la terre nourrissent l'homme et les animaux.
Trois lapins.... qui.... Sentaient encor le chou dont ils furent nourris
Boileau, Sat. III
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N'être pas nourri, n'avoir pas des aliments en qualité ou quantité suffisante.
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Absolument. Il y a des aliments qui nourrissent trop. Le vin nourrit.
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3Entretenir d'aliments, fournir des aliments. Il ne nourrit pas ses domestiques, il leur donne leurs vivres en argent. On est bien nourri, on est mal nourri dans cette pension. Il nourrit tant de chiens, de chevaux.
Que Sibâ le [David] nourrissait
Bossuet, Reine d'Anglet.- Tous les jours je l'invoque ; et d'un soin paternelIl me nourrit des dons offerts sur son autel Racine, Ath. II, 7
Les chevaux que sa main a nourris
Racine, Phèdre, V, 5- On l'abandonne aux mains qui daignent le nourrir Racine, Bajaz. I, 1
La loi naturelle ordonne aux pères de nourrir leurs enfants, mais elle n'oblige pas de les faire héritiers
Montesquieu, Esp. XXVI, 6- Il a poussé si loin l'ardeur philanthropique,Qu'il nourrit tous ses gens de soupe économique ÉTIENNE, les Deux gendres, I, 1
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4Par extension, élever, mener au terme de la croissance.
- Attale qu'en otage ont nourri les Romains Corneille, Nicom. I, 1
- Rome, qui m'a nourri, vous parlera pour moi Corneille, ib. I, 2
Dieu lui nourrissait un vengeur
Bossuet, Hist. I, 6Il fut nourri par les ministres mêmes de l'erreur [le protestantisme]
Fléchier, Duc de Mont.Ô cher enfant que j'ai nourri, et qui m'as coûté tant de soins, je ne te verrai plus ; mais je verrai ta mère qui mourra de tristesse en me reprochant ta mort
Fénelon, Tél. XVII
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Nourrir à, élever dans.
J'ai été nourri aux lettres dès mon enfance
Descartes, Méth. I, 6
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Nourrir dans, donner, par l'éducation, certaines habitudes, certaines idées, etc.
Les pères nourrissaient leurs enfants dans cet espoir
Bossuet, Hist. III, 5Idoménée a été nourri dans des idées de faste
Fénelon, Tél. XIIl avait été nourri dans la mollesse
Fénelon, ib. IIIl est vrai, ma cruelle prudence, Dans une erreur coupable a nourri son enfance
BRIFFAUT, Ninus II, III, 7
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Fig. Il nourrit un serpent dans son sein, il protége, il assiste un ingrat, un méchant qui le perdra.
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Dans un sens analogue.
- Votre soin téméraireNourrit un ennemi dont il faut se défaire Voltaire, Orph. I, 4
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5Élever des bestiaux, en trafiquer. Nourrir des moutons, des bœufs, des chevaux.
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Nourrir des vers à soie, les élever jusqu'à ce qu'ils soient en cocons et en soie.
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6Il se dit de ce qui donne, fournit de quoi vivre. La Sicile nourrissait Rome. Ces provinces nourrissaient la capitale. Cette terre le nourrit, lui et toute sa famille. Je veux un métier qui me nourrisse.
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7Produire, porter. Ce pays nourrit une nombreuse population.
- Et tout ce que l'Espagne a nourri de vaillants Corneille, Cid, V, 1
- Son menton nourrissait une barbe touffue ;Toute sa personne velueReprésentait un ours, mais un ours mal léché La Fontaine, Fabl. XI, 7
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8Fig. Il se dit des aliments intellectuels et moraux.
- ....Notre plus grand soin, notre première instanceDoit être à le nourrir du suc de la science Molière, Femmes sav. II, 7
Quand je veux nourrir mon esprit et ma pauvre âme
Mme de Sévigné, 14 juill. 1680Vous dites que l'espérance est si jolie ; hélas ! il faut qu'elle le soit encore au delà de ce que vous dites, pour nourrir plus de la moitié du monde comme elle fait
Mme de Sévigné, 11 sept. 1675Vous m'occupez toute la semaine ; le lundi au matin je les reçois [vos lettres], je les lis.... le jeudi j'attends le vendredi matin ; en voilà encore : cela me nourrit de la même sorte jusqu'au dimanche
Mme de Sévigné, 12 juin 1680Le troupeau que je dois nourrir de la parole de vie
Bossuet, Louis de Bourbon.Aimez-donc la vertu, nourissez-en votre âme
Boileau, Art p. IV
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En un sens défavorable. Nourrir son imagination de chimères.
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9Entretenir, faire profiter. La bonne terre nourrit les plantes, les arbres. Mettre du fumier auprès d'un arbre pour le nourrir. La pommade nourrit les cheveux.
Je vous souhaite souvent à l'air de ces bois [aux Rochers], qui nourrit le teint comme à Livry
Mme de Sévigné, 11 déc. 1675Assur, dit le saint prophète, s'est élevé comme un grand arbre ; le ciel l'a nourri de sa rosée, la terre l'a engraissé de sa substance
Bossuet, Serm. Ambition, 2
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10Particulièrement, entretenir, faire durer, en parlant de choses matérielles qui consument ou se consument.
Ils lancent des torches ardentes et telles autres choses propres à nourrir le feu
Vaugelas, Q. C. IV, 3Il est probable que des comètes tombent dans le soleil ; les newtoniens conjecturent même que cela arrive, et ils le croient nécessaire pour nourrir cet astre, qui s'épuiserait insensiblement, puisqu'en répandant la lumière il perd continuellement de sa substance
Condillac, Art de rais. III, 5
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Nourrir le feu, entretenir une canonnade, une fusillade non interrompue.
[À Fontenoy] la masse anglaise, faisant face de tout côté.... nourrissait ce feu continu quand elle était attaquée
Voltaire, Louis XV, 15
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11Fig. Faire durer en soi des sentiments, des passions, etc.
- Et nourrissait ainsi d'éternelles douleurs Corneille, Hor. I, 1
- Et l'accueil gracieux qu'il recevait de vousLui permet de nourrir un espoir assez doux Corneille, ib. I, 3
Souvenez-vous de votre dernière fin, et cessez de nourrir de l'inimitié contre personne
Saci, Bible, Ecclésiastiq. XXVIII, 6Tu nourrissais dans ton cœur une secrète estime de toi-même
Bourdaloue, Serm. 24, Dim. après la Pentecôte, Domin. t. IV, p. 429Cette vive et constante tendresse qu'elle nourrissait pour lui [le roi] dans son cœur
Fléchier, Mar.-Thér.- Pourquoi nourrissez-vous le venin qui vous tue ? Racine, Brit. I, 1
- Qui, dans l'obscurité nourrissant sa douleur,... Racine, ib. II, 3
- Je nourrissais encore un malheureux amour Racine, Mithr. I, 2
- Vous nourrissez un feu qu'il vous faudrait éteindre Racine, Phèdre, III, 1
La haine qu'il avait nourrie dans son cœur contre Ulysse
Fénelon, Tél. XNourrir des envies, des animosités
Massillon, Avent, Disp.Des passions que vous nourrissez dès l'enfance
Massillon, Carême, Impén.- J'ai nourri mes chagrins sans les manifester Voltaire, Sémir. I, 5
- Je nourris dans mon cœur le mépris des richesses ST-LAMB., Sais. II
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Il se dit des personnes ou des choses qui entretiennent, font durer un sentiment, une chose morale en quelqu'un.
- Toujours pour nourrir mon souciS'offrira-t-il à ma pensée ? Régnier, Ode.
- Son humeur satirique est sans cesse nourriePar le coupable encens de votre flatterie Molière, Mis. II, 5
C'est [Issy] un lieu où je vous ai vue ; cela nourrissait fort la tendresse
Mme de Sévigné, 13 mai 1671Perte de temps et lettres inutiles, qui ne sont bonnes qu'à nourrir la lenteur et la nonchalance de mes yeux
Mme de Sévigné, 20 juillet 1694Je connais les manières des provinces, et je sais le plaisir qu'on y prend à nourrir les divisions
Mme de Sévigné, 28 nov. 1670- Ma douceur a nourri son criminel espoir Thomas Corneille, Cte d'Ess. II, 2
Il [Jurieu] n'oublie rien pour nourrir en eux [les protestants réfugiés] ces sentiments qui les poussent à la révolte
Bossuet, 5e avert. § 11Puisse le juste ciel dignement te payer, Et puisse ton supplice à jamais effrayer Tous ceux qui, comme toi, par de lâches adresses, Des princes malheureux nourrissent les faiblesses !
Racine, Phèdre, IV, 6- C'est ma mère, et je veux ignorer ses caprices ;Mais je ne prétends plus ignorer et souffrirLe ministre insolent qui les ose nourrir Racine, Brit. II, 1
- Ces lits où la mollesseS'unit avec les maux, Nourrissent la paresse,Sans donner le repos FAVART, Annette et Lubin. sc. 8
- Ses périls nourrissaient ma tendresse inquiète Voltaire, Mérope, I, 1
Et qu'elle serait assez heureuse pour se guérir d'un amour que rien ne nourrirait plus
Voltaire, Cosi sancta.- Ici votre indulgence et le nom de son pèreNourrissent son orgueil au sein de la misère Voltaire, Oreste, II, 4
Mme de Maintenon, qui blâmait Louis XIV, le laissait faire et l'a même excité plus d'une fois à être sévère ; elle nourrissait donc en lui des défauts qu'elle condamnait
CONDILLAC, Art d'écrire, II, 5Sa passion préparerait votre malheur et le sien, si vous la nourrissiez
Diderot, Père de famille, II, 4
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12Nourrir une action, fournir un supplément de finance au capital d'une action.
Soit honneur, soit raison, soit impuissance, un grand nombre de personnes ne nourrissaient pas leurs actions, qui perdaient alors les trois quarts de leur prix originaire
Raynal, Hist. phil. IV, 16
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Nourrir un numéro à la loterie, mettre sur le même numéro à chaque tirage, en augmentant toujours la mise.
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13Terme de peinture. Nourrir un tableau de couleurs, mettre les couleurs assez abondamment pour qu'on puisse les mêler aisément et les empâter.
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Nourrir le trait, éviter la maigreur, la sécheresse.
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Terme de calligraphie. Nourrir ses lettres, faire que les traits soient suffisamment chargés d'encre, pour qu'ils ne soient pas trop maigres.
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En termes de musique, nourrir les sons, faire qu'ils soient pleins et retentissants, et les soutenir exactement pendant leur durée.
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14Nourrir le style, le fortifier soit par des expressions abondantes, soit par des citations, etc.
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15Nourrir ses grades, en matière bénéficiale, c'était renouveler l'insinuation dans le temps prescrit pendant le carême (voy. INSINUATION, n° 2).
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16Se nourrir, v. réfl. Prendre pour aliment. Se nourrir de pain.
Maintenant, pour nous nourrir, il faut répandre du sang malgré l'horreur qu'il nous cause naturellement
Bossuet, Hist. II, 1C'est un personnage illustre dans son genre, et qui a porté le talent de se bien nourrir jusques où il pouvait aller ; on ne reverra plus un homme qui mange tant et qui mange si bien
La Bruyère, XILes hommes qui ne se nourrissent que de chair crue ou de poisson sec, de sagou ou de riz, vivent aussi longtemps que ceux qui se nourrissent de pain ou de mets préparés
Buffon, Hist. nat. Homme, Œuvr. t. IV, p. 357
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Cet enfant, cet animal se nourrit bien, se nourrit mal, les aliments lui profitent bien, ne lui profitent pas.
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Cet arbre n'a pas de quoi se nourrir, il est planté dans une mauvaise terre.
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17Fig. Il se dit des aliments intellectuels et moraux.
Votre frère est tout à fait tourné du côté de la dévotion.... il viendra un jour [la mort] où l'on sera bien heureux de s'être nourri dans ces sortes de pensées chrétiennes
Mme de Sévigné, 27 déc. 1684Il fait un carême éternel ; et, durant ce carême, il semble qu'il ne se nourrisse que d'oraisons et de jeûnes
Bossuet, 2e panég. St Franç. de Paule, 1- Me nourrissant de fiel, de larmes abreuvée Racine, Phèdre, IV, 6
Il apprit à se nourrir de la vérité
Fénelon, Tél. XXCet édifice et le terrain qui l'entoure appartenait jadis au célèbre Lebrun, qui se plut à le bâtir et le décorer avec ce goût exquis d'ornement et d'architecture dont le grand peintre s'était nourri
J.-J. Rousseau, Confess. X
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18Terme de marine. Se nourrir, se dit de l'état du ciel qui annonce quelque tempête. Le ciel commence à se nourrir.
Synonymes
NOURRIR, ALIMENTER. Nourrir, c'est proprement fournir l'aliment à l'enfant, au petit qui vient de naître. Alimenter est plus général ; il se dit de toute espèce de choses qui entretiennent la vie. Mais, quand nourrir passe à son sens plus général, il devient alors tout à fait synonyme d'alimenter ; seulement, alimenter en ce sens a toujours quelque chose de technique.
Proverbes
Il n'y a point de petit métier, il n'y a si petit métier qui ne nourrisse son maître
, c'est-à-dire le travail, quelque peu lucratif qu'il soit, donne de quoi vivre. Une besace bien promenée nourrit son maître
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Étymologie
Bourg. norri ; picard, norir ; wallon, noûri ; Hainaut, norir ; provenc. nurir, noirir ; cat. nudrir ; esp. nutrix ; ital. nutrire ; du lat. nutrire, nourrir. Selon la conjecture de Corssen (Nachtraege, p. 293), nutrire est le verbe dénominatif de nulrix, comme pistrire de pistor ; il explique nutrix par chute de l's initiale, comme étant snutrix, du radical sanscrit snu, couler, goutter : celle qui fait couler [le lait], la nourrice. Snu a déjà perdu son s dans νέω, nare, etc.