1nu, nue adj. (nu, nue)
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1Qui n'est point vêtu.
- Les cheveux flottants, le bras et le pied nu Corneille, Médée, IV, 2
Et je vous verrais nu du haut jusques en bas, Que toute votre peau ne me tenterait pas
Molière, Tart. III, 2- Mes soldats presque nus, dans l'ombre intimidés Racine, Mithr. II, 3
- On peut, avec un art extrême,Offrir à la sagesse mêmeL'amour qui rougit d'être nu BERNIS, Épît. IX
Ils [les premiers hommes] étaient nus, et c'est chose très claire Que qui n'a rien n'a nul partage à faire, Sobres étaient
Voltaire, Mondain.Les auteurs arabes prétendent que Tamerlan se faisait verser à boire par l'épouse de Bajazet à demi nue ; et c'est ce qui a donné lieu à la fable reçue, que les sultans turcs ne se marièrent plus depuis cet outrage fait à une de leurs femmes
Voltaire, Mœurs, 88Ils [les Moscovites prisonniers au nombre de 30 000] marchèrent tête nue, soldats et officiers, à travers moins de sept mille Suédois
Voltaire, Charles XII, 2- L'être que Dieu fit nu dut inventer les arts,Il file ses habits, il bâtit des remparts Delille, Trois règnes, VIII
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Fig.
Adieu, ma très chère ; je me trouve toute nue, toute seule, de ne vous avoir plus
Mme de Sévigné, 11 juin 1677
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Nu est invariable, lorsqu'il précède le substantif, et alors on met le trait d'union.
Il était nu-tête et nu-jambes, les pieds chaussés de petites sandales
Voltaire, l'Ingénu. 1Éveillés à minuit au cœur de l'hiver par l'ennemi dans leur ville, les Génevois trouvèrent plutôt leurs fusils que leurs souliers ; si nul d'eux n'avait su marcher nu-pieds, qui sait si Genève n'eût point été prise ?
J.-J. Rousseau, Ém. II
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Les nu-pieds, nom donné à des hommes qui se révoltèrent en 1639 dans la Normandie contre le gouvernement.
Les nu-pieds s'étaient barricadés dans les faubourgs d'Avranches, et s'y défendirent avec fureur
H. MARTIN, Hist. de France, t. XI, p. 506
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Il est accoutumé à cela comme un chien d'aller nu-tête, se dit d'une chose à laquelle un homme est tout à fait accoutumé.
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Fig. et familièrement. Un va-nu-pieds, un gueux, un misérable.
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S'enfuir un pied chaussé, l'autre nu, se dit de celui qui s'enfuit en grande hâte.
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Demi-nu, à moitié vêtu.
- Près du temple sacré les Grâces demi-nues Voltaire, Henr. IX
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Nu comme la main, nu comme un ver, ou comme il est sorti du ventre de sa mère, se dit de quelqu'un qui n'a aucun vêtement.
Il [Job] se jeta par terre, et adora Dieu, et dit : je suis sorti nu du ventre de ma mère
Saci, Bible, Job, I, XX, 21- Jamais aucuns profits, et souvent en hiverIl me laissait aller presque aussi nu qu'un ver Destouches, Glorieux, I, 3
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On dit dans le même sens : nu comme un singe.
Il [un fakir] était nu comme un singe, et avait au cou une grosse chaîne qui pesait plus de soixante livres
Voltaire, Bababec.
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Mettre quelqu'un nu comme la main, le dépouiller de ses habits ; et fig. le priver de ce qu'il possède.
L'intérêt de l'humanité demanderait que la puissance spirituelle fût mise nue comme la main
D'Alembert, Lett. à Voltaire, 6 avril 1773
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Être nu en chemise, n'avoir sur soi qu'une chemise.
Guitaut était nu en chemise, avec des chausses
Mme de Sévigné, 20
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2Par exagération. Être tout nu, avoir de méchants habits, ou n'être pas vêtu comme l'exigerait la saison ou la bienséance.
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Fig. Il est arrivé tout nu, se dit d'un homme qui était dans le dénûment, et à qui l'on a prodigué les bienfaits.
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3Cheval nu, cheval vendu ou acheté sans selle ni bride. Ce cheval-là tout nu me coûte mille francs.
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4Fig. Nu de, qui n'est pas pourvu de.
- Un homme qui tout nu de glaive et de courage Malherbe, I, 4
- Dieu, notre Dieu n'est pas un Dieu nu de puissance DU BARTAS, Semaine, 7e jour.
- Mes ouvrages sont trop vulgairesEt trop nus de science et d'art MENARD, Épigramme à Henri IV
Les ports sont comblés, les villes sont détruites, et la terre, nue d'habitants, n'est plus qu'un lieu désolé
VOLNEY, Ruines, 2
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5Terme de jurisprudence. Nue propriété, propriété d'un fonds dont un autre a l'usufruit.
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Fig. et par plaisanterie.
J'ai la nue propriété d'un des plus jolis objets qui soient sortis des mains de la nature
Paul-Louis Courier, Lett. I, 135
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Nu propriétaire, celui qui a une nue propriété.
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Titre nu, charge, par exemple de commissaire, achetée sans clientèle qui y soit jointe.
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6Terme d'astronomie ou de physique. Œil nu, œil qui n'est pas armé de verres grossissants. Observer à l'œil nu.
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7Terme de chimie. Feu nu, celui dont l'action se dirige immédiatement sur une substance.
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8Terme de botanique. Se dit d'une partie quelconque, lorsqu'elle est privée des appendices qui l'accompagnent souvent ou ordinairement. Le réceptacle est nu quand il ne porte pas de paillettes, d'écailles. Les fleurs sont nues quand elles n'ont ni bractées, ni involucres. L'amande est nue quand ses enveloppes propres se sont soudées aux parois de la loge.
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Se dit des ailes des insectes, quand on ne voit à leur surface ni poussière farineuse, ni poils.
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Se dit aussi de quelques poissons privés d'écailles.
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Enfin il se dit de la peau des quadrupèdes, là où elle est découverte de poils.
Il a les oreilles courtes et non pas nues comme le rat domestique
Buffon, Quadrup. t. III, p. 376Le dessous est en peau nue
Buffon, ib. p. 185
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Métal nu, métal dégagé de toute substance étrangère.
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9Qui n'a pas l'enveloppe, la couverture, l'ornement ordinaire. Les arbres sont nus en hiver.
Représentez-vous un homme né dans les richesses, mais qui les a dissipées par ses profusions.... ces murailles nues, cette table dégarnie, cette maison presque abandonnée....
Bossuet, la Vallière.- Et je tremble de peur quand une épée est nue Regnard, Joueur, II, 11
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Une maison nue, une maison dégarnie de meubles.
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Pays nu, pays sans arbres, sans verdure.
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Qui manque des ornements convenables. La façade de ce bâtiment est trop nue. Sans dentelles ni rubans une robe est nue. Une reliure nue.
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10Fig. Il se dit ce qui est sans ornement intellectuel ou moral. Un style nu. Une composition trop nue.
- Ah ! regret qui me tueDe n'avoir pas aimé la vertu toute nue ! Corneille, Poly. I, 4
- Une bonne action se produit toute nue Rotrou, Bélis. II, 19
- Une morale nue apporte de l'ennui La Fontaine, Fabl. VI, 1
Je vois bien qu'on n'aime ici que la vaine apparence, et qu'on n'y considère point la vertu toute nue
Molière, Préc. 18- L'un n'est point trop fardé, mais sa muse est trop nue Boileau, Art p. I
Quelques métaphysiciens modestes ont dit que le même pouvoir qui a fait croître l'herbe dans les campagnes de l'Amérique y a pu mettre aussi des hommes ; mais ce système nu et simple n'a pas été écouté
Voltaire, Dict. phil. Population.
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Terme de peinture. Tableau nu, tableau dont la composition est pauvre, qui a besoin d'être garni de figures, de meubles, etc.
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11Fig. Qui est sans déguisement, sans fard. C'est la vérité toute nue.
- Voilà, pour vous montrer mon âme toute nue,Ce qui m'a fait bannir Didyme de ma vue Corneille, Théodore, II, 2
- Mais je t'expose ici mon âme toute nue Racine, Brit. II, 2
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12Substantivement, au pluriel, en langage de dévotion. Les nus, les pauvres qui n'ont pas de vêtements. Vêtir les nus.
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13S. m. Le nu, les parties nues du corps.
Le nu des bras et des jambes montre un homme fort et nerveux
Fénelon, t. XIX, p. 333Le pied et le nu de la jambe sont couverts d'une peau noire, dure et écailleuse
Buffon, Ois. t. XIV, p. 208
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Terme de sculpture et de peinture. Les figures et les parties des figures non drapées. On dessine les figures sur le nu avant que de les draper. Le nu de cette figure n'est pas correct.
Peignez-vous d'après le nu, madame, et avez-vous des modèles ? quand vous voudrez peindre un vieux malade emmitouflé, avec une plume dans une main et de la rhubarbe dans l'autre....
Voltaire, Lett. Mme de Fontaine, 23 nov. 1753- Grand Dieu ! que ses formes sont belles !Surtout les beaux nus que voilà ! Béranger, Éduc.
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Le nu ne se dit pas du visage et des mains que l'usage veut qui soient découverts.
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Par extension.
Le paysage doit être dessiné sur le nu, si on le veut faire ressemblant
Chateaubriand, Dessin.
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Fig.
C'est peu d'avoir étudié dans l'homme moral ce que les peintres appellent le nu ; il faut s'instruire des différents modes que l'institution a pu donner à la nature, selon les lieux et les temps
Marmontel, Œuv. t. VIII, p. 385
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On dit en parlant des parties des figures que les draperies recouvrent, mais sans empêcher de voir les formes : Ces figures sont bien dessinées, la draperie suit bien le nu.
La draperie de cette maussade figure est bien jetée et dessine le nu
Diderot, Salon de 1767, Œuvr. t. XIV, p. 300, dans POUGENS
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14Il se dit, en architecture, de l'absence d'ornements. Il y a trop de nu dans cette décoration.
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Le nu du mur, la partie du mur qui est plane, où il n'y a point de ressaut, d'ornements qui excèdent. Le nu du mur extérieur. Un pilastre excède le nu d'un mur.
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Terme de menuiserie. Le devant d'une partie quelconque.
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15À nu, loc. adv. À découvert.
- Et, laissant voir à nu deux têtes sans cheveux,Ont rendu le combat risiblement affreux Molière, l'Ét. V, 14
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Monter un cheval à nu, ou à dos nu, monter dessus sans selle.
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Fig.
- Librement te montrer à nu mes passions Régnier, Sat. VI
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16En chimie, à nu se dit d'un corps qui se montre hors de toute composition.
Sa découverte [de Berthollet] de l'acide phosphorique à nu dans l'urine humaine
FOURCROY et VAUQUELIN, Inst. Mém. scienc. t. II, p. 451Il se forme très peu de sulfure de potassium.... et du charbon est mis à nu
SÉRULLAS, Inst. Mém. acad. scienc. t. XI, p. 227
Remarque
1. Nu est invariable quand il précède le substantif, sans être lui-même précédé d'un article, et alors il se joint au substantif par un trait d'union : nu-pieds, nu-jambes, nu-tête. Il s'accorde, au contraire, quand il les suit : aller pieds nus ; je me promène tête nue. 2. Quelques grammairiens croient que nu-pieds est pour nu par les pieds ; et ils expliquent ainsi le non-accord de ces mots ; mais cette explication n'est pas bonne ; car alors il faudrait dire qu'une fille est nue-pieds, nue-tête ; et l'on n'écrit pas ainsi. Nu est ici simplement un adjectif pris à la forme absolue, comme cela arrive souvent en français dans des locutions de même genre, JULLIEN., Autrefois cet usage, car ce n'est qu'un usage, n'était nullement observé. 3. On écrit souvent, avec un trait d'union, nu-propriétaire, et on fait alors nu invariable : des nu-propriétaires ; mais ni l'un ni l'autre de ces usages ne doit être suivi. Il faut écrire nu propriétaire sans trait d'union, puisqu'on écrit nue propriété ; et dès lors nu doit s'accorder : les nus propriétaires ; une nue propriétaire.
Étymologie
Wallon, nou, nowe au féminin ; namur. nu, neuve au féminin ; provenç. nud, nut ; catal. nu ; anc. espagn. nudo ; portug. nu ; ital. nudo ; du lat. nudus ; comparez le sanscrit nagda, nu ; anglo-saxon, nacod ; angl. naked ; le latin serait pour nŭgdus, a affaibli en ŭ.