Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

nu dans le Littré

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1nu, nue adj. (nu, nue)

  1. 1Qui n'est point vêtu.

    • Fig.

      • Adieu, ma très chère ; je me trouve toute nue, toute seule, de ne vous avoir plus Mme de Sévigné, 11 juin 1677
    • Nu est invariable, lorsqu'il précède le substantif, et alors on met le trait d'union.

      • Il était nu-tête et nu-jambes, les pieds chaussés de petites sandales Voltaire, l'Ingénu. 1
      • Éveillés à minuit au cœur de l'hiver par l'ennemi dans leur ville, les Génevois trouvèrent plutôt leurs fusils que leurs souliers ; si nul d'eux n'avait su marcher nu-pieds, qui sait si Genève n'eût point été prise ? J.-J. Rousseau, Ém. II
    • Les nu-pieds, nom donné à des hommes qui se révoltèrent en 1639 dans la Normandie contre le gouvernement.

      • Les nu-pieds s'étaient barricadés dans les faubourgs d'Avranches, et s'y défendirent avec fureur H. MARTIN, Hist. de France, t. XI, p. 506
    • Il est accoutumé à cela comme un chien d'aller nu-tête, se dit d'une chose à laquelle un homme est tout à fait accoutumé.

    • Fig. et familièrement. Un va-nu-pieds, un gueux, un misérable.

    • S'enfuir un pied chaussé, l'autre nu, se dit de celui qui s'enfuit en grande hâte.

    • Demi-nu, à moitié vêtu.

    • Nu comme la main, nu comme un ver, ou comme il est sorti du ventre de sa mère, se dit de quelqu'un qui n'a aucun vêtement.

    • On dit dans le même sens : nu comme un singe.

      • Il [un fakir] était nu comme un singe, et avait au cou une grosse chaîne qui pesait plus de soixante livres Voltaire, Bababec.
    • Mettre quelqu'un nu comme la main, le dépouiller de ses habits ; et fig. le priver de ce qu'il possède.

      • L'intérêt de l'humanité demanderait que la puissance spirituelle fût mise nue comme la main D'Alembert, Lett. à Voltaire, 6 avril 1773
    • Être nu en chemise, n'avoir sur soi qu'une chemise.

      • Guitaut était nu en chemise, avec des chausses Mme de Sévigné, 20
  2. 2Par exagération. Être tout nu, avoir de méchants habits, ou n'être pas vêtu comme l'exigerait la saison ou la bienséance.

    • Fig. Il est arrivé tout nu, se dit d'un homme qui était dans le dénûment, et à qui l'on a prodigué les bienfaits.

  3. 3Cheval nu, cheval vendu ou acheté sans selle ni bride. Ce cheval-là tout nu me coûte mille francs.

  4. 4Fig. Nu de, qui n'est pas pourvu de.

  5. 5Terme de jurisprudence. Nue propriété, propriété d'un fonds dont un autre a l'usufruit.

    • Fig. et par plaisanterie.

      • J'ai la nue propriété d'un des plus jolis objets qui soient sortis des mains de la nature Paul-Louis Courier, Lett. I, 135
    • Nu propriétaire, celui qui a une nue propriété.

    • Titre nu, charge, par exemple de commissaire, achetée sans clientèle qui y soit jointe.

  6. 6Terme d'astronomie ou de physique. Œil nu, œil qui n'est pas armé de verres grossissants. Observer à l'œil nu.

  7. 7Terme de chimie. Feu nu, celui dont l'action se dirige immédiatement sur une substance.

  8. 8Terme de botanique. Se dit d'une partie quelconque, lorsqu'elle est privée des appendices qui l'accompagnent souvent ou ordinairement. Le réceptacle est nu quand il ne porte pas de paillettes, d'écailles. Les fleurs sont nues quand elles n'ont ni bractées, ni involucres. L'amande est nue quand ses enveloppes propres se sont soudées aux parois de la loge.

    • Se dit des ailes des insectes, quand on ne voit à leur surface ni poussière farineuse, ni poils.

    • Se dit aussi de quelques poissons privés d'écailles.

    • Enfin il se dit de la peau des quadrupèdes, là où elle est découverte de poils.

      • Il a les oreilles courtes et non pas nues comme le rat domestique Buffon, Quadrup. t. III, p. 376
      • Le dessous est en peau nue Buffon, ib. p. 185
    • Métal nu, métal dégagé de toute substance étrangère.

  9. 9Qui n'a pas l'enveloppe, la couverture, l'ornement ordinaire. Les arbres sont nus en hiver.

    • Représentez-vous un homme né dans les richesses, mais qui les a dissipées par ses profusions.... ces murailles nues, cette table dégarnie, cette maison presque abandonnée.... Bossuet, la Vallière.
    • Et je tremble de peur quand une épée est nue Regnard, Joueur, II, 11
    • Une maison nue, une maison dégarnie de meubles.

    • Pays nu, pays sans arbres, sans verdure.

    • Qui manque des ornements convenables. La façade de ce bâtiment est trop nue. Sans dentelles ni rubans une robe est nue. Une reliure nue.

  10. 10Fig. Il se dit ce qui est sans ornement intellectuel ou moral. Un style nu. Une composition trop nue.

    • Terme de peinture. Tableau nu, tableau dont la composition est pauvre, qui a besoin d'être garni de figures, de meubles, etc.

  11. 11Fig. Qui est sans déguisement, sans fard. C'est la vérité toute nue.

  12. 12Substantivement, au pluriel, en langage de dévotion. Les nus, les pauvres qui n'ont pas de vêtements. Vêtir les nus.

  13. 13S. m. Le nu, les parties nues du corps.

    • Le nu des bras et des jambes montre un homme fort et nerveux Fénelon, t. XIX, p. 333
    • Le pied et le nu de la jambe sont couverts d'une peau noire, dure et écailleuse Buffon, Ois. t. XIV, p. 208
    • Terme de sculpture et de peinture. Les figures et les parties des figures non drapées. On dessine les figures sur le nu avant que de les draper. Le nu de cette figure n'est pas correct.

    • Le nu ne se dit pas du visage et des mains que l'usage veut qui soient découverts.

    • Par extension.

      • Le paysage doit être dessiné sur le nu, si on le veut faire ressemblant Chateaubriand, Dessin.
    • Fig.

      • C'est peu d'avoir étudié dans l'homme moral ce que les peintres appellent le nu ; il faut s'instruire des différents modes que l'institution a pu donner à la nature, selon les lieux et les temps Marmontel, Œuv. t. VIII, p. 385
    • On dit en parlant des parties des figures que les draperies recouvrent, mais sans empêcher de voir les formes : Ces figures sont bien dessinées, la draperie suit bien le nu.

      • La draperie de cette maussade figure est bien jetée et dessine le nu Diderot, Salon de 1767, Œuvr. t. XIV, p. 300, dans POUGENS
  14. 14Il se dit, en architecture, de l'absence d'ornements. Il y a trop de nu dans cette décoration.

    • Le nu du mur, la partie du mur qui est plane, où il n'y a point de ressaut, d'ornements qui excèdent. Le nu du mur extérieur. Un pilastre excède le nu d'un mur.

    • Terme de menuiserie. Le devant d'une partie quelconque.

  15. 15À nu, loc. adv. À découvert.

  16. 16En chimie, à nu se dit d'un corps qui se montre hors de toute composition.

    • Sa découverte [de Berthollet] de l'acide phosphorique à nu dans l'urine humaine FOURCROY et VAUQUELIN, Inst. Mém. scienc. t. II, p. 451
    • Il se forme très peu de sulfure de potassium.... et du charbon est mis à nu SÉRULLAS, Inst. Mém. acad. scienc. t. XI, p. 227

Remarque

1. Nu est invariable quand il précède le substantif, sans être lui-même précédé d'un article, et alors il se joint au substantif par un trait d'union : nu-pieds, nu-jambes, nu-tête. Il s'accorde, au contraire, quand il les suit : aller pieds nus ; je me promène tête nue. 2. Quelques grammairiens croient que nu-pieds est pour nu par les pieds ; et ils expliquent ainsi le non-accord de ces mots ; mais cette explication n'est pas bonne ; car alors il faudrait dire qu'une fille est nue-pieds, nue-tête ; et l'on n'écrit pas ainsi. Nu est ici simplement un adjectif pris à la forme absolue, comme cela arrive souvent en français dans des locutions de même genre, JULLIEN., Autrefois cet usage, car ce n'est qu'un usage, n'était nullement observé. 3. On écrit souvent, avec un trait d'union, nu-propriétaire, et on fait alors nu invariable : des nu-propriétaires ; mais ni l'un ni l'autre de ces usages ne doit être suivi. Il faut écrire nu propriétaire sans trait d'union, puisqu'on écrit nue propriété ; et dès lors nu doit s'accorder : les nus propriétaires ; une nue propriétaire.

Étymologie

Wallon, nou, nowe au féminin ; namur. nu, neuve au féminin ; provenç. nud, nut ; catal. nu ; anc. espagn. nudo ; portug. nu ; ital. nudo ; du lat. nudus ; comparez le sanscrit nagda, nu ; anglo-saxon, nacod ; angl. naked ; le latin serait pour nŭgdus, a affaibli en ŭ.

2nu s. m. (nu)

  1. La treizième lettre de l'alphabet grec ; elle répond à notre N ; c'est le noun phénicien.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander