Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

nuire dans le Littré

1 article· 24 citations· rimes· synonymes· conjugaison

nuire v. n. (nui-r')

  1. 1Causer un tort, un dommage.

    • Absolument.

      • Parlez-moi d'élever et non pas de détruire ;Je n'ai pas de pouvoir quand il s'agit de nuire BOURSAULT, Ésope à la cour, IV, 2
      • Il eût voulu pouvoir attaquer sans nuire, se défendre sans offenser, et réduire au droit et à la justice ceux à qui il était obligé par devoir de faire violence Fléchier, Turenne.
      • L'on désirerait de ceux qui ont un bon cœur, qu'ils fussent toujours pliants, faciles, complaisants, et qu'il fût moins vrai quelquefois que ce sont les méchants qui nuisent, et les bons qui font souffrir La Bruyère, XI
      • Ce qui m'étonne, c'est qu'on fasse de ces horreurs sans aucun intérêt que celui de nuire, et sans y pouvoir rien gagner Voltaire, Lett. Mme du Deffant, 20 sept. 1769
      • Il ne suffit pas de nuire, il faut surtout amuser ; sans quoi, le discours le plus méchant retombe plus sur son auteur que sur celui qui en est le sujet Duclos, Consid. mœurs, ch. 8
      • Il n'est point de sujet où l'intention de nuire trouve plus de prétextes à s'exercer qu'en matière de religion D'Alembert, Abus de la crit. Œuvr. t. VI, p. 253
      • Allons, plats écoliers, maîtres dans l'art de nuire,Divisant pour régner, isolant pour détruire M. J. CHÉN., la Calomnie.
    • Impersonnellement.

      • Si je vous avais déjà dit tout ceci, il ne vous nuira de rien de l'entendre encore une fois Mme de Sévigné, 19 mai 1677
  2. 2Se nuire, faire du mal à soi, ou s'en faire l'un à l'autre. Il s'est nui à lui-même. Ils se sont nui l'un à l'autre. Ces arbres se nuisent.

    • Ce commerce continuel de mensonges ingénieux pour se tromper, injurieux pour se nuire, officieux pour se corrompre Fléchier, Duc de Mont.
    • L'expérience ne permet pas aux hommes d'ignorer combien ils se nuiraient, si chacun, voulant s'occuper de son bonheur aux dépens de celui des autres, pensait que toute action est suffisamment bonne dès qu'elle procure un bien physique à celui qui agit CONDILLAC, Trait. anim. part. 2e, ch. 7
  3. 3Ne pas nuire, signifie quelquefois aider, servir, être utile. Vos bons offices n'ont pas nui à mon succès.

    • Je n'ai point nui à vous faire recevoir ce cordon Mme de Sévigné, 515
    • Le joli portrait ! j'aime fort la bonne peinture, mais je vous avoue que votre ressemblance ne nuit pas à me le faire aimer Mme de Sévigné, 20 sept. 1675
    • J'ai une robe de chambre ouatée, j'allume du feu tous les soirs.... cela ne nuit pas à me faire trouver les jours aussi longs que ceux du mois de mai Mme de Sévigné, 19 juin 1680
    • Nous venons de faire un empereur, et pour ma part je n'y ai pas nui Paul-Louis Courier, Correspond. mai 1804

Proverbes

Abondance de bien ou de biens ne nuit pas. Surabondance de droit ne nuit pas. Ce qui nuit à l'un, nuit à l'autre. Tel nuit qui ne peut aider. Trop gratter cuit, trop parler nuit.

Étymologie

Provenç. nozer ; anc. espagn. nocir ; ital. nuocere ; du lat. nocere. Au moment de la formation, il y avait pour nocere deux accentuations, l'une bonne, nocēre, qui a donné le français nuisir, le provenç. nozer et l'anc. espagn. nocir ; l'autre fautive, nocĕre, qui a donné le français nuire, et l'ital. nuocere.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander