Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

offenser dans le Littré

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offenser v. a. (o-fan-sé)

  1. 1Faire une offense.

    • Absolument.

      • Si, dès que l'on offense, on ne pardonne point Tristan L'Hermite, Marianne, IV, 1
      • Un malheur continuel [au jeu] pique et offense ; on est honteux d'être houspillé par la fortune Mme de Sévigné, 9 mars 1672
      • Parler et offenser, pour de certaines gens, est précisément la même chose La Bruyère, V
  2. 2Offenser Dieu, pécher. Ne faites pas cela, c'est offenser Dieu.

    • Absolument.

      • S'ils n'offensaient que rarement Pascal, Prov. X
  3. 3Fig. Choquer, blesser.

    • Notre air étranger n'offense plus personne Montesquieu, Lett. pers. 48
    • Il se dit aussi des choses auxquelles on fait une sorte de tort. Il est facile d'offenser sa vanité.

      • Un roi peut oublier, sans offenser sa gloire,D'un sujet criminel la faute la plus noire DU RYER, Scévole, III, 2
      • Le petit homme est poli, et craignait d'offenser mes chastes oreilles Mme de Sévigné, 289
      • Il eût fallu éviter de lui écrire [au maréchal d'Estrées, pour ne pas lui donner le monseigneur] ; car de cette manière on n'offense pas sa gloire ou celle de son ami Mme de Sévigné, 26 mai 1681
      • Avouez que vous avez cruellement offensé l'amitié qui était entre nous, et je suis désarmée Mme de Sévigné, à Bussy, 26 juill. 1668
      • Il y a des puissances sur la terre dont le nom même s'attire un si grand respect, que c'est en offenser la majesté que de présumer qu'on puisse penser contre elles de certaines choses Bossuet, Signatures des docteurs.
      • Qui est-ce qui veut se priver de tant de choses superflues qui offensent la tempérance ou la modestie chrétienne ? Fléchier, Panég. II, p. 225
      • Tant de raisonnements offensent ma colère Racine, Andr. IV, 3
      • De Joad l'inflexible rudesse De leur superbe oreille [des princes] offensait la mollesse Racine, Ath. III, 3
      • Dois-je croire qu'assise au trône des Césars,Une si belle reine offensât ses regards ? Racine, Bérén. II, 1
  4. 4Pécher contre.

    • Je suis une sotte ; j'ai offensé la géographie : vous ne passez pas par Moulins, la Loire n'y va point Mme de Sévigné, 23 oct. 1676
    • Dieu de mes pères, qu'ai-je fait pour mériter une pareille récompense ? toute ma vie, j'ai offensé vos lois, et vous me comblez de félicité Chateaubriand, Mart. XII
  5. 5Faire une blessure à une personne (sens qui vieillit).

    • S'étant saisis de la puissance souveraine.... ils en usent comme les enfants se servent de leurs couteaux, qui s'en blessent le plus souvent, et en offensent leurs mères et leurs nourrices Guez de Balzac, 2e disc. sur la cour.
    • Faire une lésion à quelque organe. La balle a offensé le poumon.

      • La blessure de M. de Marsillac est un coup de mousquet dans l'épaule et dans la mâchoire, qui n'offense pas l'os Mme de Sévigné, 17 juin 1672
    • Terme de manége. Blesser la bouche d'un cheval.

    • Par analogie.

      • La petite poitrine [de Mme de Coulanges] est fort offensée de cette fièvre Mme de Sévigné, 18 sept. 1676
      • Je me suis fort bien portée et comportée par les chemins ; la contrainte offense un peu mes genoux ; mais en marchant elle se passe Mme de Sévigné, 24 mars 1676
      • Comme la lumière offense les yeux des animaux qui ont accoutumé de ne sortir de leurs retraites que pendant la nuit Fénelon, Tél. XVIII
      • Le froid n'offense point son corps sans vêtement ST-LAMB., Saisons, IV
  6. 6S'offenser, v. réfl. Se faire à soi-même une offense.

    • Je m'offenserais moi-même, si je pouvais un moment me défier de vous J.-J. Rousseau, Hél. IV, 5
  7. 7Se fâcher, se piquer. S'offenser d'un rien.

    • Il se dit aussi des choses.

      • Notre amour s'en offense Corneille, Rodog. III, 4
    • S'offenser contre quelqu'un, se fâcher, s'irriter contre lui. M. de Vaugelas remarque qu'il faut dire s'offenser contre quelqu'un, au lieu de s'offenser de quelqu'un, Acad. Obs. sur Vaugel. p. 409, dans POUGENS.

Étymologie

Offense. L'ancienne langue disait ofendre, qui s'est perpétué jusque dans le XVIe siècle, mais qui ne l'a pas dépassé.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander