1ombre s. f. (on-br')
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1Espace privé de lumière par interposition d'un corps opaque.
- Et déjà les vallonsVoyaient l'ombre en croissant tomber du haut des monts La Fontaine, Phil. et Bauc.
Le soldat est trop lâche, qui veut toujours être à l'ombre
Bossuet, 1er serm. quinquagés. 2L'ombre de la terre, ainsi que celle de la lune, est conique, parce que le diamètre du soleil est plus grand que celui de ces planètes
CONDILL., Art de rais. V, 9Si, faisant passer la lumière d'une bougie par un petit trou, vous placez à un pied de distance la surface A d'un pouce carré, cette surface jettera sur B qui est à deux pieds, une ombre de quatre pouces carrés ; sur E qui est à trois pieds, une ombre de neuf pouces ; sur D qui est à quatre pieds, une ombre de seize pouces ; sur cinq, une ombre de 25 ; sur six, une ombre de 36 ; en un mot l'ombre augmentera comme le carré des distances
CONDILL., id. III, 3L'ombre que tout corps jette à la lumière a pu donner naissance à la peinture, celle-ci à l'écriture
Bonnet, Ess. psychol. ch. 18La terre étant éclairée par le soleil, c'est-à-dire par un corps plus grand qu'elle, et son ombre ayant une forme conique, la partie de cette ombre que traverse la lune doit être d'autant plus large que la lune sera plus près de la terre
BAILLY, Hist. astron. mod. t. I, p. 179Les ombres à midi sont plus courtes en été qu'en hiver
BRISSON, Traité de phys. t. II, p. 280, dans POUGENSOn marchait dans la chambre ; ce qui formait de grandes ombres fugitives qui passaient avec rapidité devant les fenêtres
Mme de Genlis, Mlle de Clermont. p. 106, dans POUGENS
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Ombre droite, celle que jette un corps opaque sur le plan horizontal auquel il est perpendiculaire ; ombre renversée, celle qu'il jette sur un plan vertical, ainsi dite parce qu'elle suit, pour sa longueur, des lois inverses de celles de l'ombre droite.
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Ombre absolue, celle qui est projetée dans l'espace absolu, par exemple l'ombre de la terre ; ombre relative, l'ombre absolue rencontrée par une surface quelconque.
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L'ombre et la lumière, l'ombre considérée dans son contraste avec l'espace lumineux qui l'entoure.
Il y a des objets que l'ombre fait valoir, d'autres qui deviennent plus piquants à la lumière
Diderot, Essai sur la peint. ch. 3
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Fig.
Un même caractère a aussi ses traits d'ombre et de lumière qui s'embellissent par leur mélange
Marmontel, Élém. litt. Œuv. t. VII, p. 427, dans POUGENS
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Fig. Jeter une ombre sur, obscurcir.
- Cet hymen jetterait une ombre sur sa gloire Corneille, Nic. IV, 5
Il me semble, comme à vous, ma bonne, que rien ne peut plus jeter des ombres et des chagrins sur notre société
Mme de Sévigné, 17 juill. 1680
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On dit dans un sens analogue : mêler de l'ombre.
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Les grandeurs du monde ne sont qu'ombre et que fumée, c'est-à-dire elles n'ont rien de solide ni de permanent.
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Passer comme l'ombre, comme une ombre, être de courte durée, locution prise de la rapidité avec laquelle l'ombre change dans une journée.
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Fig. Mettre un homme à l'ombre, le mettre en prison.
Bon ; je vois mon fripon ; nous l'allons mettre à l'ombre,
les Deux arlequins, III, 6, dans le Théât. ital. de Gherardi, t. III, p. 313
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Mettre à l'ombre, tuer.
- Il en mit encor vingt à l'ombre ;Mais bientôt, accablé du nombre,La camarde allait le faucher, la Henr. trav. IV
Il cherchera querelle à ce drôle qui n'envoie pas seulement cent sous à sa pauvre sœur, et.... - Ici Vautrin se leva, se mit en garde, et fit le mouvement d'un maître d'armes qui se fend, " Et à l'ombre ! " ajouta-t-il
H. DE BALZAC, le Père Goriot.
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Être dans l'ombre, être dans un espace que l'ombre couvre, et fig. ne pas paraître, ne pas figurer.
Le rôle qu'on fait jouer à Antoine est peu de chose.... c'est une figure dans l'ombre, qui ne sert, à mon avis, qu'à faire sortir le personnage d'Octave
Voltaire, Triumvirat, Notes.Chez nous, où les hommes ont une carrière active, il faut que les femmes soient dans l'ombre ; et ce serait bien dommage d'y mettre Corinne
Mme de Staël, Corinne, VIII, 1
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Fig. Tout lui fait ombre, c'est-à-dire tout lui fait peur, tout excite sa défiance ; par comparaison avec le cheval ombrageux.
- Des prêtres, des enfants lui feraient-ils quelque ombre ? Racine, Athal. V, 2
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Faire ombre à quelqu'un, obscurcir le mérite, le crédit de quelqu'un.
Je trouve qu'on l'a voulu chasser proprement de l'hôtel de Condé, parce qu'il faisait ombre aux autres
Mme de Sévigné, 165Celui-là fait sa fortune innocemment, et il nous rend ses ennemis par ses bons succès : ou sa vertu nous fait ombre, ou sa réputation nous offusque
Bossuet, 4e serm. Passion, 1
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Fig. Jeter de l'ombre, inquiéter, rendre jaloux.
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2Dans le style élevé, la nuit.
- Dans l'ombre de la nuit cache bien ton départ Corneille, Cid, III, 4
- Les ombres, les flambeaux, les cris et le silence Racine, Brit. II, 2
- Mes soldats presque nus, dans l'ombre intimidés Racine, Mithr. II, 3
- Les ombres par trois fois ont obscurci les cieux Racine, Phèdre, I, 3
- Et, sans me rappeler des ombres des enfers Racine, Théb. V, 4
La nuit vint m'envelopper de ses ombres
Fénelon, Tél. IX- Dès que la nuit plus sombreAux crimes des mortels viendra prêter son ombre Voltaire, Zaïre, IV, 7
L'ombre diminue, Et comme une nue S'élève et s'enfuit ; Le jour la poursuit Et par sa présence Chasse le silence, Enfant de la nuit
BERNIS, Poésies diverses, Description poét. mat. p. 96
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Ombre donnée par les feuillages, ombrage.
- Déjà moins plein de feu, pour animer ma voixJ'ai besoin du silence et de l'ombre des bois Boileau, Épître VI
- ....Du mont Cithéron vous recherchiez les ombres M. J. CHÉNIER, Œdipe roi, IV, 4
- Du flanc de ces coteaux pendent des bois épais,Qui, courbant sur mon front leur ombre entremêlée,Me couvrent tout entier de silence et de paix Lamartine, Médit. I, 6
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Fig.
Que de leur feuillage sans nombre à jamais ils puissent faire ombre [donner protection] Aux peuples de tout l'univers
Malherbe, II, 3
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Fig. L'ombre considérée comme ce qui protége.
Depuis que son courage [de Sertorius] à nos destins préside, Un bonheur si constant de nos armes décide, Que deux lustres de guerre assurent nos climats Contre ces souverains [les Romains] de tant de potentats, Et leur laissent à peine, au bout de dix années, Pour se couvrir de nous l'ombre des Pyrénées
Corneille, Sert. II, 1
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L'ombre de la mort, les ténèbres qui accompagnent la mort.
La mort à laquelle vous nous avez condamnés, n'est point une véritable mort ; ce n'est qu'une ombre de la mort dont vous nous avez couverts, pour nous faire porter des marques de votre justice
Bourdaloue, 15e dim. après la Pentecôte, Dominic. t. III, p. 451
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Les ombres de la mort, l'ombre du tombeau, la mort même.
La grandeur de la foi éclate bien davantage lorsque l'on tend à l'immortalité par les ombres de la mort
Pascal, Lett. sur la mort de son pèreAu plus haut point de sa gloire, sa joie [de Mazarin] est troublée par la triste apparition de la mort ; intrépide, il domine jusqu'entre ses bras et au milieu de son ombre
Bossuet, le Tellier.Ô grandeur humaine.... de quelque côté que je te tourne, je trouve toujours la mort en face qui répand tant d'ombres de toutes parts sur ce que l'éclat du monde voulait colorer
Bossuet, Serm. Mort, 1Quoique environné des ombres de la mort, il avait encore quelque connaissance
Lesage, Gil Blas, X, 2- Des ombres du trépas ses yeux s'enveloppèrent Voltaire, Henr. VIII
- Il faut que nos mystères sombresSoient cachés dans la mort, et couverts de ses ombres Voltaire, Fanat. IV, 1
- Déjà tout se noircit des ombres de la mort Delille, Én. X
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Fig. L'ombre de la mort, les ombres de la mort, l'ignorance de Dieu, de la vraie religion.
Vous attendrez la lumière, et Dieu la changera en une ombre de mort, en une profonde obscurité
Saci, Bible, Jérém. XIII, 16Combien de fois, déplorant l'aveuglement de tant de peuples qui vivent dans les ténèbres, à l'ombre de la mort....
Fléchier, Aiguill.- Hâte-toi d'éclairer, ô lumière éternelle,Des malheureux assis dans l'ombre de la mort Racine, Hymn. le Mercr. à laudes.
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3Terme de peinture. Les endroits les plus bruns et les plus obscurs d'un tableau qui servent à rehausser l'éclat des autres.
[Chez Poussin] une manière plus ronde qui ne l'est que par l'adoucissement du terme de l'ombre avec une teinte qui l'unit à la plus prochaine du jour,
NOEL COYPEL, Discours sur la peinture (1670)
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Ombre portée, toute ombre qu'un corps projette sur une surface, et l'imitation qu'on en fait dans un dessin, dans un tableau.
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Fig. C'est une ombre au tableau, se dit d'un léger défaut qui n'efface point les beautés d'un ouvrage, les bonnes qualités d'une personne.
- C'est une ombre au tableau qui lui donne du lustre Boileau, Sat. IX
Ce sont des ombres à un beau tableau
Voltaire, Candide, 22
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On dit aussi en ce sens, ombre absolument.
Je vous prie de ne plus dire de mal de votre humeur : votre cœur et votre âme sont trop parfaits pour laisser voir ces légères ombres
Mme de Sévigné, 26 janvier 1680
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Ombre se dit, dans un dessin, dans une carte, dans un plan, de ce qui imite l'ombre, de ce qui est en noir.
La glacière de ce pôle, qui en occupe toutes les régions adjacentes jusqu'au 80 ou 81e degré, comme nous l'avons représenté en jetant une ombre sur cette portion de la terre à jamais perdue pour nous
Buffon, Explic. cart. géogr. Œuv. t. XIII, p. 355
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Fig. Terme de musique. Ombre, nuance de la voix.
C'est ainsi qu'on appelle en italien les différentes gradations des fortés et des pianos, dont on doit alternativement faire usage dans les cantilènes pour leur donner un peu de relief, comme les ombres et les demi-teintes servent en peinture à faire ressortir les couleurs,
ESCUDIER
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4Fig. Ce qui obscurcit l'âme.
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5Fig. Le secret qui cache les choses.
- Tout ce que l'homme fait, il le fait à leurs yeux,Même les actions que dans l'ombre il croit faire La Fontaine, Fabl. IV, 19
- Chacun s'en aperçut ; car d'enfermer sous l'ombreUne telle aise, le moyen,... La Fontaine, Pet. ch.
Les ombres sont encore répandues sur le procédé de Montgobert
Mme de Sévigné, 441- Dans l'ombre du secret ce feu s'allait éteindre Racine, Mithr. IV, 4
- Nos feux, toujours brûlants dans l'ombre du silence,Trompaient de tous les yeux la triste vigilance Voltaire, Adél. I, 2
- Faible, marchant dans l'ombre, humble dans sa naissance Voltaire, Henr. I
L'injustice et la tyrannie aiment à se renfermer dans l'ombre ; elles se cachent à ceux qu'elles oppriment
Raynal, Hist. phil. IV, 21
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Les ombres du mystère, l'obscurité qui couvre les choses secrètes.
- Jamais l'amour ne fut moins imprudent,Ne sut mieux se voiler dans l'ombre du mystère Voltaire, Tancr. II, 1
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Être, rester dans l'ombre, être, demeurer ignoré. La cause de cet événement reste dans l'ombre.
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6Fig. Retraite, solitude, tranquillité.
Dans l'ombre de la paix
Corneille, Sert. III, 1Venise ne le laissa pas longtemps dans les exercices tranquilles et dans l'ombre d'une université
Fontenelle, Guglielmini.- La timide infortune aime à gémir dans l'ombre DORAT, dans GIRAULT-DUVIVIER
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7Image, ressemblance du corps qui projette l'ombre. L'ombre à une certaine heure est l'image du corps ; cette ombre grandit à mesure que le jour baisse.
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Particulièrement. L'ombre jetée par le corps d'une personne.
- Cadediou, ce coquin a marché dans mon ombre,Il s'est fait tout vaillant d'avoir suivi mes pas Corneille, l'Illus. com. III, 10
- Après t'être immolé chez toi ton général,Toi, que faisait trembler l'ombre d'un tel rival Corneille, Sertor. V, 4
C'est là qu'il [Sénèque] dit de la gloire, qu'elle est à la vertu ce que l'ombre est au corps
Diderot, Claude et Nér. II, 28Philippe s'en plaignit [aux Lacédémoniens] avec hauteur, et reçut pour toute réponse ces mots : Si tu te crois plus grand après ta victoire, mesure ton ombre ; elle n'a pas augmenté d'une ligne
Barthélemy, Anach. ch. 82
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Il le suit comme l'ombre fait le corps, il le suit partout.
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On dit aussi : il ne le quitte pas plus que son ombre.
[Il] La faisait suivre [sa femme] à toute heure, en tous lieux, Par une vieille.... Qui la quittait aussi peu que son ombre
La Fontaine, On ne s'avise.Il y a là une femme de chambre qui ne me quitte non plus que mon ombre
Diderot, Père de famille, IV, 13
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On dit encore dans le même sens : c'est son ombre, c'est une ombre attachée à ses pas.
Je le rencontre partout ; c'est exactement une ombre attachée à mes pas
Mme de Genlis, Théât. d'éduc. la Bonne mère, II, 3
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C'est l'ombre et le corps, se dit de deux personnes qui ne se quittent pas.
Mme de Coulanges est toujours obsédée de notre cousin ; il ne paraît plus qu'elle l'aime ; et cependant c'est l'ombre et le corps
Mme de Sévigné, 6 avr. 1680
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Avoir peur de son ombre, avoir peur des moindres choses.
Je ne vous dirai point combien de fois elle broncha, et eut peur de son ombre
Scarron, Rom. com. II, 1Ce même fond me fait craindre mon ombre, toutes les fois que votre amitié est cachée sous votre tempérament
Mme de Sévigné, 440Morgué ! que tu es défiant, Colin ! tu as peur de ton ombre
Dancourt, l'Opéra de village, SC. 1Je crains toujours de commettre quelque indiscrétion ; mon ombre me fait peur ; c'est apparemment depuis que j'ai été sur le point de n'être plus qu'une ombre
Voltaire, Lett. Richelieu, 11 avr. 1773
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Fig. Courir après une ombre, se livrer à une espérance chimérique.
Chacun se trompe ici-bas ; On voit courir après l'ombre Tant de fous qu'on n'en sait pas La plupart du temps le nombre
La Fontaine, Fabl. VI, 17Ils courent après une ombre trompeuse
Fénelon, Tél. XI
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Fig. Prendre l'ombre pour le corps, prendre une chose vaine pour une chose solide.
Ah ! ma chère enfant.... rien n'est bon que d'avoir une belle et bonne âme : on la voit en toute chose comme au travers d'un cœur de cristal.... vous n'avez point vu de dupes là-dessus : on n'a jamais pris longtemps l'ombre pour le corps
Mme de Sévigné, 9 sept. 1675
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On dit de même : l'ombre d'une chose, par opposition à cette chose même, à son existence réelle.
Ils avaient l'ombre de la sévérité, mais ils n'en avaient pas le corps, bien loin qu'ils en eussent l'esprit
Bourdaloue, Sévér. évang. 2e avent, p. 426L'erreur qui nous a fait prendre l'ombre pour la vérité
Massillon, Myst. Résurr.
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Chez les anciens Romains, les personnes que les convives invités amenaient avec eux.
Chaque convié [au festin de Crassus] avait la sienne [robe de festin], et on en a encore trouvé de reste pour toutes les ombres
Fénelon, t. XIX, p. 294
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8Selon la doctrine des anciens païens, apparence, simulacre du corps après la mort, soit qu'elle habite les régions de l'enfer, soit qu'elle apparaisse aux vivants.
- Comme s'il importait, étant ombres là-bas,Que notre nom vécût ou qu'il ne vécût pas Régnier, Sat. IV
- Une ombre est toujours ombre, et des nuits éternellesIl ne sort point de jours qui ne soient infidèles Corneille, Tois. d'or, I, 3
- Son ombre vers mon lit a paru se baisser ;Et moi je lui tendais les mains pour l'embrasser Racine, Athalie, II, 5
Il y a deux vers dans le 6e livre de l'Énéide, qui ont été fort estimés... : On voyait là, dit la traduction, le cocher Tydacus, Qui tenant l'ombre d'une brosse Nettoyait l'ombre d'un carrosse
CH. PERRAULT, Mémoires, Avignon, 1759, p. 9J'y voyais des images plus terribles pour moi que les pâles ombres
Montesquieu, Temple de Gnide, ch. 6Si vous voulez, chemin faisant, voir des ombres, comme faisait le capitaine de dragons Ulysse dans ses voyages, vous ne pouvez mieux vous adresser que chez moi : je suis la plus chétive ombre de tout le pays, ombre de quatre-vingts ans ou environ, ombre très légère et très souffrante
Voltaire, Lett. Delisle, capitaine de dragons, 12 juill. 1773- Trois fois l'ombre divine échappe à ses transports Delille, Énéide, VI
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Il se dit, dans un sens plus général, de la personne considérée après sa mort.
- Quoi ! viens-tu jusqu'ici braver l'ombre du comte ? Corneille, Cid, III, 1
- ....Jouissons, en dépit de l'envie,Des restes glorieux de son illustre vie ;Sa mort me laissera pour ma protectionLa splendeur de son ombre et l'éclat de son nom Corneille, Sert. II, 1
Nous avons trouvé tous ses gens en pleurs : l'ombre de ce bon évêque n'a pas laissé de nous donner un très bon souper et de nous loger
Mme de Sévigné, 549Dieu veuille que ces prospérités continuent ! ce serait l'ombre de M. de Turenne qui serait encore dans cette armée
Mme de Sévigné, Lett. 5 août 1675Je voudrais bien avoir causé seulement deux heures avec l'ombre de M. de Turenne, pour prendre la suite de ses desseins
Paroles de Condé allant prendre le commandement de l'armée de Turenne, dans SÉVIGNÉ, 26 août 1675Enfin, après sa mort [de Mazarin], son ombre était encore la maîtresse de toutes choses, et il paraissait que le roi ne pensait à se conduire que par les sentiments qu'il lui avait inspirés
Mme DE LA FAYETTE, Hist. de Mme Henriette, 1re partie.Voilà celui qui nous menait dans les hasards ; son ombre eût pu encore gagner des batailles
Bossuet, Louis de Bourbon.- De morts et de mourants noblement entouré,Que, vengeant sa défaite et cédant sous le nombre,Ce héros a forcés d'accompagner son ombre Racine, Baj. V, 11
La satire est pour leur personne et la gloire pour leur ombre
D'ALEMBERT, Liberté de la musique, Œuvres, t. III, p. 389, dans POUGENS.
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9Fig. Légère apparence.
- Ces ombres de santé cachent mille poisons Corneille, Rodog. III, 6
- Cette feinte douceur, cette ombre d'amitiéVint de ta politique, et non de ta pitié Corneille, Héracl. I, 2
- Et vous l'avez tous deux trop grand, trop magnanimePour souffrir sans horreur l'ombre même d'un crime Corneille, Héracl. V, 6
- Mais aux ombres du crime on prête aisément foi Molière, Mis. III, 5
Vos mines et vos cris aux ombres d'indécence Que d'un mot ambigu peut avoir l'innocence
Molière, ib.Du Chesne [un médecin] m'a dit d'aller toujours dans le carême jusqu'à l'ombre de la moindre incommodité
Mme de Sévigné, 17 mars 1680Je lui demandai [à Ch. de Sévigné qui voulait vendre sa charge] au moins d'attendre un prétexte, l'ombre d'un dégoût, enfin quelque chose qui pût cacher le fond du terrain
Mme de Sévigné, 14 févr. 1680Il est bien dur à M. de Lavardin d'avoir acheté une charge quatre cent mille francs, pour obéir à M. de Fourbin ; car encore M. de Chaulnes a l'ombre du commandement
Mme de Sévigné, 2 août 1675La voilà, malgré ce grand cœur, cette princesse si admirée et si chérie, la voilà telle que la mort nous l'a faite ; encore ce reste tel quel va-t-il disparaître, cette ombre de gloire va s'évanouir....
Bossuet, Duch. d'Orl.Le nom même et l'ombre de division [dans l'Église] faisait horreur à la reine
Bossuet, Mar.-Thér.Ne donnera-t-il [Dieu] à ceux qu'il aime qu'une ombre de félicité ?
Bossuet, Hist. II, 6Il ne lui laissa qu'une ombre de puissance
Bossuet, ib. I, 9L'ombre d'une faute vous a fait peur
Bossuet, Lett. 160Des hommes superbes et artificieux qui, pour ne paraître pas dépourvus de la lumière de la vérité, se couvraient de l'ombre d'une trompeuse austérité
BOURDALOUE, 3e dim. après la Pentecôte, Dominic. t. II, p. 360Ombres et apparences du péché, madame la Dauphine vous poursuivait dans les plus secrets replis de son âme
Fléchier, Dauphine.M. de Montausier [même lorsqu'il se trompait] suivait du moins l'ombre de la vérité et de la justice
Fléchier, Duc de Mont.- Du reste, ou mon crédit n'est plus qu'une ombre vaine.... Racine, Mithr. I, 1
Si de tant de maux le funeste inventeur De quelque ombre de bien pouvait être l'auteur
Racine, Athal. III, 4- Les tyrans ont toujours quelque ombre de vertu Voltaire, Catilina, I, 5
Agités par l'ombre du plaisir qu'ils poursuivent sans cesse et qui leur échappe toujours
Diderot, Interprét. de la nature, n° 27- Il se lève, un long dard s'agite dans sa main,Une ombre de couronne est sur son front hautain Delille, Paradis perdu, II
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10Il se dit aussi pour exprimer que la chose dont on parle existe à peine.
Il passa en Italie avec quelque ombre de joie de songer qu'il sortait des mains de ses ennemis
Voiture, Œuvr. t. II, p. 328- Un courroux si constant pour l'ombre d'une offenseM'a trop bien éclairci de votre indifférence Molière, le Dép. IV, 3
Sans preuve, sans la moindre ombre et sans la moindre apparence
Pascal, Prov. XIl ne peut pas avoir l'ombre d'un chagrin
Mme de Sévigné, 476Je vous prie, mon cher comte, de recevoir ce petit présent.... voilà d'étranges présents, un ruban, une ceinture, un petit pigeon, une ombre, un souffle, un rien, c'est le denier de la veuve
Mme de Sévigné, 26 janv. 1689Il ne me paraît pas qu'il [M. Trouvé] ait l'ombre d'un tort
Mme de Sévigné, 9 avril 1683Je ne vis entre nous aucune ombre de difficulté
Bossuet, Var. 8- Et qu'étant loin de moi, quelque ombre d'amertumeVous fit trouver les jours plus longs que de coutume Racine, Théb. II, 1
- Vous devez à ses pleurs quelqu'ombre de pitié Racine, Phèdre, II, 3
Clérembault l'assura [Rouvroy] qu'il ne trouverait jamais ombre de la moindre preuve [de parenté avec Saint-Simon]
Saint-Simon, 194, 97- Mon cœur sans mouvement....D'aucune ombre d'espoir n'était plus secouru Voltaire, Fanat. II, 1
- Une ombre de respect pour son saint ministèrePeut-être adoucira ces vainqueurs forcenés Voltaire, Orphel. I, 1
C'est l'éloquence la plus vigoureuse sans l'ombre d'effort de rhétorique
Diderot, Lett. à Grimm.
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Pas l'ombre de, pas du tout.
De justice, il n'y avait pas l'ombre
Voltaire, Louis XIV, 5Mais franchement, tu n'as pas le sens commun, mais.... pas l'ombre
Mirabeau, Lett. orig. t. II, p. 259, dans POUGENS
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11Fig. Signe, figure d'une chose à venir ; en ce sens il ne se dit que de l'ancienne loi par rapport à la nouvelle. Les cérémonies et le sacrifice du vieux Testament n'étaient que les ombres des mystères et des vérités du nouveau.
- Quand sera le voile arrachéQui sur tout l'univers jette une nuit si sombre ?Dieu d'Israël, dissipe enfin cette ombre ;Jusqu'à quand seras-tu caché ? Racine, Esth. II, 9
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Par extension, image imparfaite.
Les règles de la justice humaine nous peuvent aider à entrer dans les profondeurs de la justice divine dont elles sont une ombre ; mais elles ne peuvent pas nous découvrir le fond de cet abîme
Bossuet, Hist. II, 1- Astre dont le soleil n'est que l'ombre grossière Racine, Hymnes, le lundi à laudes.
Ces établissements ne sont que l'ombre de ce que vous ferez un jour
Fénelon, Télém. XXIIDes figures vides et les ombres de l'avenir
MASSILLON, Carême, Temples.
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12Fig. Il se dit d'une personne ou d'une chose qui a perdu ce qui faisait sa grandeur, son éclat.
- Vous êtes aussi bien le véritable roi,Je n'en suis plus que l'ombre, et l'âge ne m'en laisseQu'un vain titre d'honneur qu'on rend à ma vieillesse Corneille, Nicom. II, 11
Qu'est-ce donc que l'homme ?... n'est-ce pas, si je puis parler de la sorte, un reste de lui-même, une ombre de ce qu'il était dans son origine ?
Bossuet, la Vallière.- Depuis ce coup fatal le pouvoir d'AgrippineVers sa chute à grands pas chaque jour s'achemine,L'ombre seule m'en reste Racine, Brit. I, 1
- L'audace d'une femme, arrêtant ce concours,En des jours ténébreux a changé ces beaux jours ;D'adorateurs zélés à peine un petit nombreOse des premiers temps nous retracer quelque ombre Racine, Ath. I, 1
Sémiramis n'est plus que l'ombre d'elle-même
Voltaire, Sémir. II, 3Le sénat, dont l'ombre subsistait, s'élevait souvent contre eux [ces papes]
Voltaire, Mœurs, 1- J'approche, hélas ! de la nuit sombreQui nous engloutit sans retour ;D'un homme je ne suis que l'ombre,Je n'ai que l'ombre de l'amour Voltaire, Lett. roi de Prusse, 29 août 1742
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13Terme de blason. Se dit d'une peinture si déliée, qu'on voit le champ de l'écu au travers.
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Ombre de soleil, représentation du soleil, qui n'a pas de visage, mais un disque d'une seule couleur.
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14À l'ombre de, loc. prép. Sous le couvert, à l'abri de. À l'ombre d'un toit.
Je me repose à cette heure à l'ombre d'une montagne dont cette ville est couverte
Voiture, Lett. 38Ces esclaves obscurs, Nourris loin de la guerre à l'ombre de ces murs
Racine, Bajaz. IV, 7- Dieux ! que ne suis-je assise à l'ombre des forêts ! Racine, Phèdre, I, 3
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Fig. Sous la protection, à la faveur de.
- Il te fait vivre en paix à l'ombre de ses palmes Régnier, Épître I
- Le prince à mes côtés ferait dans les combatsL'essai de son courage à l'ombre de mon bras Corneille, Cid, I, 6
- Je repose sans crainte à l'ombre de tes soins Rotrou, Bélis. I, 2
Je serai en sûreté et à couvert à l'ombre de vos ailes
Saci, Bible, Psaum. LX, 5Je souhaiterais que notre mariage se pût faire à l'ombre du leur
Molière, Bourg. gent. III, 7Ainsi l'on vit l'aimable Samuel Croître à l'ombre du tabernacle
Racine, Athal. II, 9- C'est à l'ombre de l'indigenceQue j'ai trouvé la liberté Béranger, Indép.
- Toujours échappé d'Athalie,Quelque enfant que le fer oublieGrandit à l'ombre du Seigneur Lamartine, Méd. I, 15
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15Sous l'ombre de, sous ombre de, loc. prép. Sous l'apparence, sous le prétexte.
Et sous ombre d'agir pour ses folles amours, Il a su pratiquer de si rusés détours....
Corneille, Illus. com. II, 8- Sous ombre de venger sa grandeur méprisée Corneille, D. Sanche, II, 1
Vous m'avez voulu faire passer pour simple traducteur, sous ombre de soixante et douze vers que vous marquez sur un ouvrage de deux mille, et que ceux qui s'y connaissent n'appelleront jamais de simples traductions
Corneille, Lett. apologétique.Elle [Mme de Grignan] se gouverne un peu à sa fantaisie, et, sous ombre de la philosophie de M. Descartes, qui lui apprend l'anatomie, elle se moque un peu des régimes et des remèdes communs
Mme de Sévigné, 13 juin 1679Tant d'âmes réprouvées, qui, par une simplicité pleine d'indiscrétion, ont adhéré aux sectes et aux hérésies, sous ombre d'une réforme imaginaire
Bourdaloue, 7e dim. après la Pentecôte, Dominic. t. III, p. 92Une mère mondaine qui, sous ombre de leur apprendre la science du monde, leur apprend à se damner
Bourdaloue, Avent, Scandale, 114On raille les dévotions de l'Église sous ombre de crédulité
Bourdaloue, Dominicales, III, Zèle pour l'honneur de la religion. 287
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Quand on dit sous l'ombre de.... il faut que le substantif suivant ait un article, par exemple : sous l'ombre de l'amitié ; quand on dit sous ombre, le substantif suivant ne prend pas d'article, par exemple : sous ombre d'amitié.
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Sous ombre que, loc. conjonct. signifiant sous prétexte que.
Regardez.... s'il n'eût pas été mal à propos, qu'en cette occasion, sous ombre que je suis de l'Académie, je me fusse allé piquer de parler bon français
Voiture, Lett. 94Mais, sous ombre que vous avez à cette heure une infinité d'affaires..., il vous semble que tous les autres ont du loisir
Voiture, Lett. 83- Sous ombre qu'elle est un peu belle Molière, Psyché, V, 6
Vous faites bien l'entendu, monsieur le comte ; sous ombre que vous écrivez comme un petit Cicéron, vous croyez qu'il vous est permis de vous moquer des gens
Mme de Sévigné, Lett. à Bussy, 25 nov. 1655
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16Sauter au delà de son ombre, tenter l'impossible.
Le tempérament de la France et vos dispositions ne le permettent pas, et je ne veux pas sauter au delà de mon ombre
Journ. offic. 23 juin 1874, p. 4256, 2e col.
Étymologie
Wallon, âbion, obion, contracté pour ombion, diminutif de ombre ; Berry, umbre ; provenç. ombra, umbra ; espagn. sombra ; ital. ombra ; du lat. umbra. Il semble naturel de rapporter umbra à ὄμϐρος, pluie, lat. imber ; ce serait le sanscr. ambhas, abhra, la pluie, le nuage qui obscurcit. Comme on voit à l'historique, ombre a été longtemps masculin et féminin.