Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

orgueil dans le Littré

1 article· 54 citations· rimes· synonymes

orgueil s. m. (or-gheull', ll mouillées)

  1. 1Sentiment, état de l'âme où naît une opinion trop avantageuse de soi-même.

    • L'orgueil n'est pas toujours la marque des grands cœurs Corneille, Suréna, V, 1
    • L'orgueil se dédommage toujours et ne perd rien, lors même qu'il renonce à la vanité LA ROCHEFOUC., Max. 33
    • L'orgueil ne veut pas devoir, et l'amour-propre ne veut pas payer LA ROCHEFOUC., ib. 228
    • La nature, qui a sagement pourvu à la vie de l'homme par la disposition admirable des organes du corps, lui a sans doute donné l'orgueil pour lui épargner la douleur de connaître ses imperfections et ses misères LA ROCHEFOUC., ib. Prem. pens. n° 12
    • L'orgueil qui naît des qualités spirituelles est de même genre que celui qui est fondé sur des avantages extérieurs NICOLE, Ess. de mor. 1er traité, ch. 1
    • Tout ce qui est au monde ou concupiscence de la chair, ou concupiscence des yeux, ou orgueil de la vie Pascal, Pens. XXIV, 32, éd. HAVET.
    • Jésus-Christ est un Dieu dont on s'approche sans orgueil, et sous lequel on s'abaisse sans désespoir Pascal, ib. XVII, 7
    • La misère persuade le désespoir, l'orgueil persuade la présomption ; l'incarnation montre à l'homme la grandeur de sa misère par la grandeur du remède qu'il a fallu Pascal, ib. XII, 14
    • Ils n'ont pu fuir ou l'orgueil ou la paresse, qui sont les deux sources de tous les vices Pascal, ib. XII, 11
    • Ô hommes.... vos maladies principales sont l'orgueil qui vous soustrait de Dieu, la concupiscence qui vous attache à la terre Pascal, ib. XII, 2
    • Orgueil contre-pesant toutes nos misères : ou il cache ses misères, ou, s'il les découvre, il se glorifie de les connaître Pascal, ib. II, 2
    • M. d'Aix doit être bien content que M. d'Arles lui quitte la place ; appelle-t-on cela de l'orgueil ? c'en est un au moins qui contente fort celui de M. l'archevêque d'Aix : ces deux orgueils, dont l'un demeure et l'autre s'en va, s'accommoderont fort bien ensemble Mme de Sévigné, 4 déc. 1689
    • Les enfers où il [Alexandre] porte la peine éternelle d'avoir voulu se faire adorer comme un Dieu soit par orgueil, soit par politique Bossuet, la Vallière.
    • Elle croyait voir partout dans ses actions un amour-propre déguisé en vertu.... ainsi Dieu l'humiliait par ce qui a coutume de nourrir l'orgueil Bossuet, Anne de Gonz.
    • L'œil qui monte toujours Bossuet, Marie-Thér.
    • Vous allez voir une reine qui, à l'exemple de David, attaque de tous côtés sa propre grandeur et tout l'orgueil qu'elle inspire Bossuet, ib.
    • Saint Augustin définit l'orgueil une perverse imitation de la nature divine Bossuet, 1er sermon, Nativité, fragment d'un autre sermon
    • L'âme regarde ces honneurs que le monde vante ; et aussitôt elle en voit le fond, elle voit l'orgueil qu'ils inspirent, et découvre dans cet orgueil et les disputes et les jalousies et tous les maux qu'il entraîne Bossuet, la Vallière.
    • L'orgueil est l'endroit le plus vif du cœur ; pour peu qu'on y touche, la douleur nous fait jeter de hauts cris Bourdaloue, Pensées, t. II, p. 106
    • Cet homme qui défendait les villes de Juda, qui domptait l'orgueil des enfants d'Ammon et d'Esaü Fléchier, Turenne.
    • Mais, pour un vain bonheur qui vous a fait rimer,Gardez qu'un sot orgueil ne vous vienne enfumer Boileau, Art p. II
    • Je l'ai trouvé couvert d'une affreuse poussière,Revêtu de lambeaux, tout pâle ; mais son œilConservait sous la cendre encor le même orgueil Racine, Esth. II, 1
    • Dois-je au superbe Achille accorder la victoire ?Son téméraire orgueil, que je vais redoubler,Croira que je lui cède Racine, Iph. IV, 8
    • C'en est fait : mon orgueil est forcé de plier Racine, Esth. III, 5
    • Que son farouche orgueil le rendait odieux ! Racine, Phèdre, III, 1
    • Il faut définir l'orgueil une passion qui fait que, de tout ce qui est au monde, l'on n'estime que soi La Bruyère, Théophraste, XXIV
    • L'orgueil, qui vous tient lieu de raison, fait peut-être que les mœurs au dehors paraissent égales et uniformes Massillon, Carême, Inconst.
    • C'est le chef-d'œuvre de la plus sincère modestie que d'avouer de l'orgueil et les imprudences de cet orgueil Fontenelle, Saurin.
    • Notre orgueil nous met si vite au fait de celui des autres Marivaux, Marianne, XIe part.
    • Nous nous connaissons tous si bien en orgueil, que personne ne saurait nous faire un secret du sien Marivaux, Pays. parv. part. 4
    • L'orgueil, joint à une vaste ambition, à la grandeur des idées, produisit chez les Romains les effets que l'on sait Montesquieu, Esp. XIX, 9
    • L'orgueil des petits consiste à parler toujours de soi ; l'orgueil des grands est de n'en jamais parler Voltaire, Dict. phil. Quisquis, Langleviel.
    • Il se peut que Cicéron, qui d'ailleurs avait souvent vu le peuple romain, le peuple roi, lui applaudir et lui obéir, et qui était remercié par des rois qu'il ne connaissait pas, ait eu quelques mouvements d'orgueil et de vanité Voltaire, Dict. phil. Orgueil.
    • Piron seul eut raison, quand dans un goût nouveau Il fit ce vers heureux digne de son tombeau : Ci-gît qui ne fut rien ; quoi que l'orgueil en dise, Humains, faibles humains, voilà votre devise Voltaire, la Vanité.
    • L'orgueil est le premier des tyrans ou des consolateurs Duclos, Consid. mœurs, 10
    • L'orgueil humilié et rampant est toujours de l'orgueil Duclos, ib. 13
    • On a bien raison de dire : quand l'orgueil arrive, la pauvreté n'est pas loin PICARD, Manie de briller, III, 18
  2. 2En bonne part, sentiment noble, élevé, qui inspire une juste confiance en son propre mérite.

  3. 3Il se dit aussi des choses qui ont le caractère de l'orgueil.

  4. 4Faste, pourpre.

    • Le luxe qui l'entoure, dont les pauvres et ses créanciers ont souffert ; l'orgueil de ses édifices, que le bien de la veuve et de l'orphelin, que la misère publique a peut-être élevés Massillon, Avent, Mort du péch.
  5. 5Terme de construction. Cale de bois, de pierre, ou de toute autre matière dure, qui fait dresser la tête d'un levier employé à soulever un corps quelconque et en soutient l'effort.

    • On peut trouver aussi que l'Académie, en prodiguant les proverbes, a trop épargné certains termes usités des artisans, et qui font des images ou peuvent en fournir.... Furetière avait raison de regretter le nom énergique d'orgueil, employé par les ouvriers pour désigner l'appui qui fait dresser la tête du levier, et que les savants appelaient du beau mot d'hypomochlion VILLEMAIN, Préface du Dict. de l'Académie, 1835

Remarque

Scribe a employé le pluriel dans sa comédie du Puff, II, 3 : " J'aurais mieux aimé ne voir chez moi que de bonnes gens, et mon salon est le rendez-vous de tous les orgueils, de tous les ressentiments littéraires. " C. Delavigne avait déjà employé ce pluriel dans le Paria : " Que d'orgueils révoltés ! " et Duviquet, dans l'examen critique de cette pièce, disait : " C'est la première fois que j'ai vu le mot orgueil employé au pluriel ; et je doute qu'il fût possible à M. Delavigne d'autoriser ce pluriel par quelques exemples. " Duviquet se trompait ; on voit dans une phrase de Mme de Sévigné, qu'il est question de deux orgueils. Le pluriel est aussi dans J. Marot.

Synonymes

ORGUEIL, VANITÉ. L'orgueil fait que nous nous estimons nous-mêmes au delà de ce qui est. La vanité fait que nous voulons être estimés d'autrui.

Étymologie

Wallon, orgou, ôrgou ; anc. liégeois, orgowe ; provenç. orguelh, erguelh, orguoil, orgoil, argull ; catal. orgull ; espagn. orgullo ; portug. orgulho ; ital. orgoglio ; anc. ital. argoglio ; de l'anc. haut allem. urguol, remarquable, insigne, urgilo, orgueilleux ; anglo-sax. orgel, orgueilleux. L'anc. haut all. se décompose en ur, us, répondant au lat. ex, et guol, gil, gal, pétulant, luxuriant.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander